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La privatisation de la filière café au Burundi

Pascale Bodinaux Pascale Bodinaux
23 mars 2011

La privatisation de la filière café au Burundi
Ou quand la Banque Mondiale met en péril l’agriculture paysanne et la souveraineté alimentaire

Le Burundi, 3e pays le plus pauvre de la planète, tire 80% de ses recettes d’exportation du café qui constitue la principale source de revenus pour près de 750 000 familles, soit près de 55% de la population burundaise. Les 145 usines de lavage du café constituent le principal tissu industriel du pays.

La filière café est longtemps restée entièrement contrôlée par l’Etat qui en gérait tous les maillons : production, transformation, commercialisation. Cependant cette gestion étatique ayant donné lieu à des abus, tous les acteurs, y compris les caféiculteurs, au début des années ‘90, se mettent d’accord pour privatiser la filière. La guerre civile qui éclate en 1993 gèle le processus jusqu’en 2005.
Cependant, dès 1997, les caféiculteurs s’organisent et récupèrent la filière qui leur est accordée par le gouvernement burundais. La Confédération nationale des associations des caféiculteurs du Burundi (CNAC) est créée en 2004. Ce système de gestion, qui fait pourtant ses preuves, ne satisfait pas la Banque mondiale qui, en 2005, exige le démantèlement total de la filière et la privatisation des 133 usines de dépulpage publiques, ce qui permettra de contrôler l’exportation du produit.

Précisons que, depuis des décennies, une taxe de 60 Fbu/kg de café-cerise est prélevée auprès des producteurs pour rembourser la dette contractée par l’Etat à l’époque de la construction des stations de lavage dans les années ’80. Les caféiculteurs considèrent donc que les stations dont ils ont remboursé le prêt leur appartiennent au moins partiellement, si ce n’est en totalité. Ils protestent auprès du gouvernement burundais. Celui-ci émet des réserves quand à la stratégie de privatisation proposée par la Banque mondiale et demande que soient organisées des concertations avec les paysans. Les caféiculteurs ne sont pas opposés à la privatisation mais contestent sa stratégie.

Ignorant cette recommandation, la Banque mondiale décide de conditionner ses aides prévues au budget national (51% du budget ordinaire burundais en 2009 !) et à divers programmes (notamment un don de 25 millions $ destinés à financer la gratuité des soins de santé pour les enfants de moins de 5 ans et les femmes enceintes) au lancement de l’appel d’offre tel que proposé par leur Bureau d’études.

Le gouvernement est bien obligé de se plier à ces injonctions et lance un premier appel d’offres. Malgré les protestations des caféiculteurs, le groupe suisse WEBCOR se voit attribuer trois lots, soit 13 stations de dépulpage et de lavage au prix d’un million de dollars, un prix d’achat dérisoire si on songe que l’Union européenne avait injecté en 2008 la somme de 19 millions d’euros pour la seule rénovation des 133 usines.

Dans les provinces où Webcor a acquis des stations, la situation est aujourd’hui au bord de l’implosion et de la révolte populaire, car la multinationale paie le café aux producteurs à un prix nettement inférieur que les usines contrôlées par les autres acteurs de la filière. La CNAC dénonce cette pratique d’achat à bas prix et alerte sur le risque non négligeable d’attiser un conflit armé dans un pays qui en sort à peine.

Rappelons que le 16 mars 2010, le Sénat belge adoptait une résolution relative à la privatisation de la filière café au Burundi dans le but de mettre en garde quant à la dépossession des agriculteurs burundais de la principale activité économique du pays, via un processus impulsé par la Banque mondiale. Rappelons également que le Burundi est un pays prioritaire pour la coopération belge.

Or, tout récemment, le ministre de la Coopération au développement, Monsieur Olivier Chastel, dans une réponse à une question parlementaire de la Sénatrice Olga Zrihen, vient de confirmer qu’il est dans l’intention des autorités burundaises de lancer prochainement un nouvel appel d’offre, prévu pour le mois d’avril.

C’est pourquoi la CNAC et ses partenaires appellent le soutien des décideurs politiques, des personnalités académiques et des organisations de la société civile pour que la voix des paysans soit prise en compte.

Ils revendiquent notamment :

  • Le gel du second appel d’offre pour l’achat de stations par des multinationales extérieures, tant que les acteurs concernés ne se sont pas concertés quant à la stratégie.
  • Que la Banque mondiale revoie les conditions de soumission aux appels d’offre, qui excluent de fait les caféiculteurs burundais, non seulement du processus de décision, mais aussi de l’acquisition de stations.
  • Que l’Etat burundais reconnaisse la propriété des stations aux caféiculteurs, qui les ont remboursées via la taxe prélevée par l’Etat sur leur café

La CNAC appelle également de ses vœux une stratégie alternative de la part de l’Etat burundais et de la Banque mondiale qui permettrait de dégager des moyens pour appuyer les paysans et notamment la productivité de la filière.

Nous vous invitons à soutenir les caféiculteurs burundais dans leurs revendications en adhérant à l’appel ci-joint
Faites connaître votre adhésion en écrivant à pbodinaux_at_solsoc.be
Il sera prochainement transmis aux autorités belges et burundaises ainsi qu’aux responsables concernés à la Banque Mondiale.

Vous trouverez en annexe le document complet ainsi que les points de revendication de la CNAC

Liste des premières organisations et personnalités signataires :

Solidarité Socialiste, Alain Coheur, Président
FOS , Annuschka Vandewalle, Secrétaire Générale
CNCD 11.11.11. Arnaud Zacharie, Secrétaire Général
SOS Faim, Jean-Jacques Grodent
Magasins du monde Oxfam Jérôme Chaplier,
Forum Social Sénégal/CONGAD (Sénégal), Mamadou Mignane Diouf, Coordonnateur
Plate-forme des Acteurs non étatiques (Sénégal), Maïmouna Isabelle Dieng, Secrétaire permanente
Réseau Femmes en Action (Burkina Faso), Françoise Bibiane Yoda
Broederlijk Delen, Pol De Greve, Directeur
CAD-Mali, Moctar Niantigui COULIBALY

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  • Mise en ligne : 23-03-11
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