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République démocratique du Congo

La reconstruction congolaise en panne de liquidités

Alors que la République démocratique du Congo fête son 49e anniversaire et que le président Kabila arrive à mi-mandat, l’enjeu de la reconstruction revient à l’agenda et devient même une priorité. Pourtant, de sérieux obstacles subsistent encore, à commencer par l’absence d’une armée et d’une justice dignes de ce nom, la persistance des miliciens incontrôlés qui provoque une catastrophe humanitaire à l’est du pays, les retards du processus de mise en place de nouvelles institutions politiques (notamment, les institutions politiques issues des élections locales) et de démobilisation et de réinsertion des groupes rebelles. L’opération militaire lancée avec l’appui de la MONUC pour neutraliser les rebelles hutus rwandais dans les deux Kivus n’a pas produit d’effets probants. Le gouvernement Muzito est mis sous-tutelle de manière inconstitutionnelle par le président Kabila pour mauvaise gestion des finances publiques. Mais plus fondamentalement, l’économie congolaise, un des éléments-clés de la reconstruction, est inlassablement au bord du gouffre financier et la reconstruction en panne de liquidités.

Le Congo a subi de plein fouet la chute des cours des matières premières suite à la crise économique mondiale. Ses réserves en devises étrangères s’envolent en fumée et le pays se retrouve menacé par une crise de paiement. Certes, le Congo est censé bénéficier d’un allégement de dette de 6,3 milliards de dollars, suite à son élection pour l’initiative d’allégement de la dette des pays pauvres et très endettés (PPTE). Mais cet allégement n’a cessé d’être reporté : de fin 2006 au second semestre 2007, puis à mi-2008 et une troisième fois à fin 2009. Mais cette nouvelle échéance risque d’être une nouvelle fois reportée. En décembre 2008, le FMI avait annoncé la sentence : l’allégement de dette promis au Congo ne sera octroyé que si le contrat signé avec la Chine est renégocié. Lors de sa visite à Kinshasa le 25 mai 2009, le directeur du FMI Dominique Strauss-Kahn a confirmé cette position : la signature d’un nouveau programme avec le FMI, condition de l’allégement de dette, est suspendue à « l’établissement d’une solution cohérente avec la soutenabilité de la dette dans le dossier de l’accord de coopération sino-congolais sur les mines et grands projets d’infrastructures ».

Les investissements chinois en question concernent le « contrat du siècle » de plus de 9 milliards de dollars finalisé entre le gouvernement congolais et un groupement d’entreprises chinoises en janvier 2008. Ce contrat repose sur une forme de troc : les entreprises chinoises investissent dans les infrastructures congolaises (routes, chemins de fer, voiries, hôpitaux, logements sociaux, universités) en échange de l’exploitation de ressources naturelles (cuivre, cobalt et or). C’est principalement une clause du contrat qui s’est retrouvée au cœur de la polémique : la garantie de l’emprunt par l’Etat congolais qui implique qu’en cas de chute des cours des matières premières, l’Etat congolais doit assurer le paiement du manque à gagner chinois. L’ambassadeur chinois au Congo a assuré qu’en cas de difficulté, l’Etat congolais n’est pas tenu de rembourser le moindre sou, mais de proposer des alternatives aux industriels chinois. Mais, l’exécution de ce contrat bute sur un certain nombre d’obstacles comme la vétusté des infrastructures de communication ralentissant l’acheminement des outils et autres matériels de chantiers, des lourdeurs administratives et une carence des ressources humaines qualifiées.

Le gouvernement congolais est ainsi pris entre deux feux : d’un côté, les bailleurs de fonds occidentaux rassemblés derrière le FMI font miroiter l’allégement de dette en contrepartie de la renégociation du contrat chinois. De l’autre côté, la Chine, malgré les difficultés, refuse que le contrat soit modifié, menaçant de retirer ses fonds. Chaque partie agite ainsi sa carotte et son bâton devant un gouvernement congolais au bord de la crise de liquidités.

Mais ce n’est pas tout : les « fonds vautours » rôdent autour du Congo à reconstruire. Et ils n’ont pas pour habitude de lâcher leur proie. Les pratiques de ces fonds sont simples : ils achètent au rabais sur le marché secondaire de vieilles dettes impayées de pays pauvres avant de les attaquer en justice et leur réclamer le prix fort une fois leur solvabilité retrouvée. La pratique est cynique. Les proies sont des pays très pauvres et très endettés qui voient les maigres bénéfices des allégements de dette s’envoler en fumée. Le comble est que le Congo n’a même pas pu attendre de bénéficier de son allégement avant d’être victime des fonds vautours.

Dès 2004, le fonds FG Hemisphere, dont le siège est situé dans le Delaware aux Etats-Unis, avait acheté pour 18 millions de dollars une créance impayée d’une valeur nominale de 104 millions de dollars à la SNEL (l’entreprise publique congolaise d’électricité). Restait à attendre que le Congo retrouve un peu d’oxygène financier. Une fois le contrat avec la Chine rendu public, FG Hemisphere est passé à l’attaque et, après une première tentative avortée devant le tribunal de Hong-Kong, a eu gain de cause en janvier 2009 devant un tribunal sud-africain qui l’autorise à saisir pendant les quinze prochaines années les recettes escomptées par la SNEL sur le courant vendu à l’Afrique du Sud, soit un montant de 105 millions de dollars qui représente deux fois et demi le budget congolais de la santé en 2009.

En définitive, la reconstruction congolaise risque la panne sèche : les fonds promis par les bailleurs internationaux ont tendance à se paralyser du fait de la nouvelle compétition entre la Chine et les Occidentaux pour l’exploitation des ressources naturelles. Sans la mise en place à court terme de mesures appropriées pour assurer le financement durable du développement congolais, cette reconstruction semble condamnée à rester un concept abstrait, au grand dam des populations locales dont les trois-quarts vivent, encore, avec moins d’un dollar quotidien et souffrent de malnutrition.

Tribune publiée par le quotidien belge La Libre Belgique (www.lalibre.be) le 3 juillet 2009.

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  • Arnaud Zacharie

    4 mars 2019
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