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Conférence des bailleurs ce 31 mars

La reconstruction d’Haïti doit partir du développement de la paysannerie et inclure le « pays en dehors »

30 mars 2010

Nous reproduisons ci-dessous la prise de position de la Coordination Europe Haïti à l’occasion de la conférence des bailleurs sur (la reconstruction d’) Haïti, à New-York le 31 mars prochain.

En vue de la reconstruction d’Haïti qui est en train de se discuter au sein des différentes conférences internationales de mars 2010 ensemble avec la participation de la société civile haïtienne, européenne et américaine, la Coordination Europe-Haïti, qui travaille en lien étroit avec les mouvements sociaux et ONG haïtiennes, aimerait souligner quelques priorités qui relèvent de la sécurité alimentaire et du secteur de la paysannerie en Haïti.

Dans la mesure où 60% au moins de la population haïtienne vit en milieu rural, toute stratégie de développement d’une économie locale solide en Haïti doit reposer sur le développement rural et agricole. Les activités agricoles peuvent avoir un impact direct sur le niveau de revenus des ménages en milieu rural et sur la construction d’une économie plus stable dans le pays. L’agriculture familiale est largement dominante en Haïti. Ce modèle est le plus indiqué pour créer de la richesse, de l’emploi, répondre aux besoins alimentaires locaux, pour stimuler une industrie alimentaire locale et offrir aux paysans une rémunération juste sur la base de leur travail, mais aussi pour offrir aux consommateurs urbains l’accès illimité à une alimentation saine et répondre aux défis du changement climatique dans le pays.

A l’heure où le séisme du 12 janvier a désorganisé les filières d’approvisionnement et provoqué un afflux de populations dans les campagnes, les réserves de nourriture arrivent à épuisement et des pénuries d’aliments sont à craindre. Pour éviter que le pays tombe dans une plus grande dépendance alimentaire, les stratégies de reconstruction en cours de définition doivent absolument considérer le développement rural et la relance agricole comme prioritaire. A la lumière de cela, le support à l’agriculture paysanne et à la production nationale est encore plus urgent.

  • A court terme il s’agit d’acheter la production agricole locale pour l’aide alimentaire et faciliter l’accès aux semences en évitant l’introduction de matériel génétique modifié. Cela permettrait aux paysans de reprendre la production et avoir un revenu, surtout que la saison de plantation s’annonce au mois d’avril.
  • A moyen et long terme, il s’agit d’investir massivement dans le développement des zones rurales. Cela implique la mise en œuvre d’une réforme agraire intégrale, par la promotion de techniques adéquates et par des systèmes de microcrédit. Il s’agit d’investir aussi dans les infrastructures rurales (routes, écoles, hôpitaux..), de favoriser la décentralisation et d’associer dans la réflexion sur ce nouveau modèle tous les acteurs concernés : collectivités territoriales, organisations paysannes, ONG locales, administrations, afin de créer des pôles secondaires de développement économique et de permettre aux personnes déplacées de rester dans les zones rurales.
  • A long terme, il s’agit de soutenir les filières porteuses grâce à l’investissement dans les infrastructures et le soutien aux organisations paysannes, principaux acteurs de la gestion de ces filières. Ces actions doivent être mises en place dans le respect de l’environnement et en valorisant le travail de femmes, actrices importantes de la gestion des ressources naturelles et du développement rural en Haïti.
  • Enfin, le développement de l’agriculture paysanne en Haïti exige une révision des Accords de Partenariat Economique (APE), et notamment celui signé récemment avec l’UE (APE), ainsi qu’une modification des règles du commerce international afin qu’Haïti puisse mieux se protéger des importations alimentaires.

La Coordination Europe-Haïti demande à la communauté internationale, et en particulier à l’Union européenne (UE), de prendre en considération ces priorités dans son document sur la Politique de sécurité alimentaire et dans le futur Document de Stratégie Pays pour Haïti. La Coordination demande de relier toutes les interventions de l’UE qui relèvent de la politique de développement en Haïti à cet objectif fondamental.

Tags: Haïti

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