La règle du bâillon mondial ou la guerre de Trump contre les femmes du monde entier
Le samedi 25 janvier 2025, Trump a signé la « règle du bâillon mondial ». Cette mesure interdit le soutien financier des États-Unis aux organisations qui offrent, de par le monde, des soins d’avortement dans d’autres pays, qui y font référence ou même qui discutent simplement du sujet.
« Faites quelque chose ! » Le 29 octobre 2023, Candace Fails appelle à l’aide pour Nevaeh, sa fille enceinte de 18 ans, dans un hôpital du Texas. Malgré un empoisonnement du sang, deux autres hôpitaux ont refusé de lui administrer des soins vitaux. En raison de l’interdiction draconienne de l’avortement au Texas, ils ne voulaient pas pratiquer un avortement qui aurait pu sauver la vie de Nevaeh. Ce n’est que dans le troisième hôpital que les médecins ont accepté de l’aider. Mais les soins sont arrivés trop tard.
Ce n’est qu’un exemple parmi d’autres de femmes décédées à cause du durcissement ou de l’interdiction des soins liés à l’avortement dans des dizaines d’États américains.
Avec le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, la situation aux États-Unis va s’aggraver, par exemple avec l’interdiction d’envoyer des pilules abortives. Et pas seulement pour l’avortement. Ne plus rembourser la contraception par l’assurance maladie, limiter l’éducation relationnelle et sexuelle à la promotion de l’abstinence sont également à l’ordre du jour.
Empêcher toute discussion
Les politiques de Trump n’ont pas seulement un impact sur la santé sexuelle des personnes aux États-Unis, les implications pour d’autres pays sont également lourdes. Le meilleur exemple en est la réintroduction de la « règle du bâillon mondial » que Trump a signée samedi 25 janvier. Cette mesure interdit le soutien financier des États-Unis aux organisations du monde entier qui offrent des soins d’avortement dans d’autres pays, qui y font référence ou même qui discutent simplement du sujet. Même si elles ont reçu de l’argent américain pour des activités sans rapport avec l’avortement, comme le dépistage du VIH et du cancer du col de l’utérus.
Conséquences : non seulement le financement des soins liés à l’avortement s’arrête, mais aussi celui des services de santé sexuelle et des programmes d’éducation, tels que la lutte contre le VIH et les soins à la mère et à l’enfant. C’est le cas en Ouganda, où Reproductive Health Uganda (RHU), une organisation à but non lucratif proposant des services de santé sexuelle, a dû interrompre prématurément son projet visant à rendre la contraception moderne aussi accessible que possible. Ce projet formait et équipait des agents de santé communautaires pour offrir une contraception injectable, évitant ainsi aux femmes de devoir se déplacer jusqu’à une clinique.
La Belgique doit réagir
Lorsque Trump s’est installé à la Maison Blanche en 2017, l’un de ses premiers actes politiques a été de signer la règle du bâillon mondial. Détail cynique : il l’a fait entouré presque exclusivement d’hommes blancs privilégiés. Les principales victimes de cette mesure : des femmes du monde entier, souvent jeunes, issues de minorités et vivant dans une pauvreté disproportionnée.
La Belgique, la Suède, le Danemark et les Pays-Bas ont immédiatement réagi. Ils ont lancé « She Decides », une coalition de dizaines de pays et d’organisations internationales visant à soutenir les programmes de santé des femmes dans le monde entier. Au sein de cette coalition internationale, plusieurs pays européens – dont la Belgique – ont joué un rôle de premier plan.
Mais la situation est aujourd’hui bien différente. Certains partis au pouvoir en Europe sont enclins à la vision de Trump et des préoccupations très différentes sont en jeu en raison de l’imprévisibilité de sa politique internationale. Les droits des femmes dans le monde entier semblent relégués au second plan. Tout comme en 2017, l’Europe doit répondre aux politiques internationales néfastes de Trump. Le nouveau gouvernement belge doit à son statut de précurseur de montrer une nouvelle fois la voie. Il est essentiel de créer une coalition internationale pour garantir l’accès aux soins de santé et défendre les droits des femmes.
« Je ne vais pas commencer des guerres, je vais les arrêter », a déclaré Donald Trump dans son discours de victoire. La réalité est tout autre : Trump lance une nouvelle guerre contre les femmes du monde entier, contre leur santé et contre l’autodétermination des femmes sur leur corps. Nous comptons sur le nouveau gouvernement belge pour y répondre, en coopération avec la communauté internationale.
Signataires : Nico Bogaerts, Directeur Sensoa ; Els Hertogen, Directrice générale, 11.11.11 ; Arnaud Zacharie Arnaud Zacharie , Secrétaire général CNCD-11.11.11 ; Meron Knikman, Présidente, de Vrouwenraad ... La suite
Tribune publiée par La Libre le 27 janvier 2025 et, en néerlandais, par De Morgen le 25 janvier 2025.