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La sélection des programmes 11.11.11 expliquée à ma mère 


Nicolas Van Nuffel Nicolas Van Nuffel
18 décembre 2013

L’édition 2013 de l’Opération 11.11.11 a vécu. Place maintenant au bilan financier de la récolte de fonds et à la sélection des programmes de développement qui bénéficieront de ces fonds. Nicolas Van Nuffel nous explique comment cette sélection se déroule.

Pour pouvoir financer des programmes, il faut des moyens ! La récolte d’argent est donc le nerf de la guerre. Les membres du CNCD-11.11.11, qui est la coupole de près de 90 organisations, s’impliquent donc tous ensemble dans cette grande action. Afin de se motiver les uns les autres à y prendre part, ils se sont mis d’accord, depuis 2006, de rendre leur accès aux fonds de l’Opération proportionnelle à leur participation à la vie de la coupole. C’est en fonction de la manière dont ils prennent part à la récolte, mais aussi à la vie interne et aux actions de sensibilisation et d’interpellation politique du CNCD-11.11.11, qu’ils peuvent réclamer une part de l’argent récolté. Cela signifie que lorsque vous croisez un volontaire qui vous propose de soutenir l’Opération 11.11.11 à travers l’achat d’un produit, il y a de fortes chances pour qu’il soit aussi volontaire de Solidarité mondiale, du LHAC ou d’Oxfam-Solidarité par exemple.

Plutôt deux fois qu’une !


A l’argent récolté dans la rue viennent s’ajouter deux autres importantes sources de fonds : d’une part, l’ensemble des dons reçus tout au long de l’année, notamment via des ordres permanents des donateurs les plus fidèles ; d’autre part, le « doublement » de Wallonie-Bruxelles international (WBI). En effet, cette institution publique s’est engagée depuis plusieurs années à doubler le montant de l’Opération 11.11.11. Ce qui signifie que pour un euro récolté en rue, un deuxième euro part dans le Sud grâce à l’appui des pouvoirs publics !

Trois programmes, un seul objectif


Formation d'Enda Pronat, Sénégal

Une fois l’argent récolté, il ne reste plus qu’à le distribuer ? Pas si vite ! L’Opération 11.11.11 n’est pas un distributeur de billets, mais un instrument pour lutter contre les inégalités. Au Sud et entre le Nord et le Sud. C’est pourquoi les membres du CNCD-11.11.11 ont décidé de répartir les fonds entre trois grands programmes, complémentaires entre eux, qui doivent contribuer à mettre en œuvre leur vision commune : le Programme « partenaires », qui finance les projets des organisations membres, et sur lequel la suite de cet article se concentrera ; le Programme « citoyenneté et démocratie », qui finance spécifiquement des réseaux et des coupoles du Sud, partant de l’idée que si on est plus fort en agissant ensemble ici en Belgique, alors on l’est aussi dans les pays en développement ; enfin, le Fonds permanent d’information, qui finance le travail de sensibilisation et d’interpellation ici en Belgique.

La réception des programmes


Au début du mois de décembre, un appel est lancé à l’ensemble des membres du CNCD-11.11.11 pour les inviter à envoyer leurs programmes. Ils disposent pour ce faire d’un peu moins de deux mois. ONG, syndicats et autres associations de solidarité internationales font donc parvenir leurs dossiers à la coupole pour la fin du mois de janvier. Au total, ce sont une cinquantaine de programmes qui sont soumis chaque année pour être financés par l’Opération 11.11.11. Ces dossiers font alors l’objet d’un premier traitement administratif par l’équipe des Programmes. Le but est de s’assurer que les documents fournis apportent les éléments nécessaires pour vérifier que l’organisation a bien pris part à la vie de la coupole tout au long de l’année, mais aussi pour juger de la qualité du projet, ce qui sera l’objet de l’étape suivante.

Des combats de pleins droits !

Pour juger de la qualité du projet, autant s’entourer des meilleures compétences ! Le CNCD-11.11.11 dispose donc d’une équipe de consultants bénévoles qui viennent chaque année mettre leurs compétences au service de l’Opération. Professeurs d’université, anciens coopérants, chercheurs venus du Sud, experts issus d’ONG qui n’ont pas recours à l’Opération 11.11.11, toute cette équipe regroupe des compétences à la fois sur les différentes régions du monde et autour des principaux domaines d’intervention des acteurs de la coopération : agriculture, santé, éducation, genre, etc. Ils se répartissent en quatre « collèges » qui analysent les dossiers en fonction de l’endroit du monde où ils sont menés.

Chacun de ces consultants va recevoir le dossier complet d’un des projets, ainsi qu’un résumé des autres demandes qui seront analysées par son collège. Il aura alors un mois pour préparer la sélection et juger de la qualité de ces projets, sur base d’une grille de critères définie par les organisations membres elles-mêmes. D’abord, on demande au consultant d’analyser la logique du projet : celui-ci tient-il bien compte du contexte de l’endroit où il est développé ? A-t-on bien défini quelles activités on veut mener, pour atteindre quels objectifs ? Le budget est-il réaliste et adapté aux besoins ? Et puis, et c’est là la spécificité de l’Opération 11.11.11, le consultant vérifie la compatibilité du projet avec la Charte politique à laquelle tous les membres ont adhéré : on ne finance pas n’importe quel projet, mais ceux qui visent à changer la société pour garantir les droits de toutes et tous ! Il s’agit donc de s’assurer que le partenaire du Sud est bien partie prenante dans le projet, en consultation étroite avec ses bénéficiaires, que ceux-ci sont accompagnés pour prendre en main eux-mêmes le combat pour faire reconnaître leurs droits etc.

L'association congolaise CADEFA en action

Après cette longue phase d’analyse, les collèges de consultants se réunissent à la mi-mars et rencontrent chacune des organisations membres pour lui poser les questions qui restent en suspens. Sur base de cette rencontre, ils décident ensemble si, oui ou non, le projet, est cohérent et compatible avec la Charte du CNCD-11.11.11. Que la décision soit positive ou négative, elle est toujours accompagnée de recommandations qui permettent à l’organisation d’envisager comment améliorer son action. Le but n’est en effet pas uniquement de cadenasser l’action des membres, mais aussi et surtout de leur permettre de mener une réflexion permanente sur leur manière de mener des projets.

Démocratie interne


Une fois remis l’avis des consultants, l’occasion est donnée à toute organisation qui verrait son projet refusé d’émettre un recours auprès de la Commission des programmes, qui relève du Conseil d’administration (CA). Celle-ci peut décider, si le motif lui semble recevable, de réexaminer le dossier en rencontrant l’organisation, ainsi que le consultant principal qui a analysé le dossier. Elle soumet ensuite un avis final au CA, qui dispose du pouvoir de décision final, sous contrôle de l’Assemblée générale (AG). Au mois de mai, le processus se termine justement par une présentation du tableau des projets financés aux membres présents à l’AG, sanctionné par un vote. La sélection est terminée, les projets peuvent alors être mis en œuvre, pendant un, deux, voire trois ans. Il n’y a plus qu’à... se préparer pour l’Opération 11.11.11 suivante !

Source : article publier le magazine du CNCD-11.11.11 dlm, Demain le monde, n22, novembre-décembre 2013.

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