Le CNCD-11.11.11 se mobilise contre les coupes dans le budget de la Coopération au développement
Le budget de la Coopération belge sera réduit d'un quart !
A l’occasion du mouvement de grève et de la manifestation nationale organisée le jeudi 13 février pour contester les mesures envisagées par le nouveau gouvernement belge, le secteur de la solidarité internationale se mobilise contre la décision de réduire d’un quart le budget de la Coopération belge au développement.
C’est officiel, le nouveau gouvernement Arizona a décidé de réduire d’un quart le budget de la Coopération belge. Le tableau budgétaire finalement publié confirme une coupe de 318 millions EUR sur le budget annuel de la Direction générale Coopération au développement - ce qui correspond à une coupe de 1,2 milliard € sur la période de 5 ans.
Comme le CNCD-11.11.11 l’a répété à plusieurs reprises : une telle coupe est complètement irresponsable, avec comme premières victimes les personnes les plus vulnérables des pays du Sud. Comme le prouve la récente décision du Président Trump de suspendre les programmes de l’agence de Coopération états-unienne (USAID), les coupes budgétaires dans le secteur de la coopération au développement coûtent des vies humaines. Par exemple, un hôpital dans un camp de réfugiés financé par USAID a dû fermer du jour au lendemain à la frontière entre la Thaïlande et la Birmanie, renvoyant tous les patients précédemment admis. En Ukraine, des organisations qui acheminaient du matériel médical ont dû suspendre leurs activités – tout comme un programme de lutte contre le paludisme en Ouganda.
Outre le fait qu’elle implique directement ou indirectement un coût en vies humaines, la décision de couper dans les budgets de la Coopération belge est aussi contre-productive pour les citoyen·nes belges eux-mêmes. Car si la coopération au développement est d’abord un moyen de réduire la pauvreté et les inégalités dans le monde, elle est aussi un moyen de rendre notre monde plus stable, plus prospère, plus sécurisant, pour toutes et tous, où que nous soyons.
Quand elle permet aux pays en développement de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre, elle stabilise notre climat. Quand elle éradique une maladie à l’autre bout du monde, elle protège notre santé à tous. Quand elle renforce la cohésion sociale, elle permet d’éviter de nouveaux conflits, des morts, des nouvelles migrations
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forcées et la nécessité d’envoyer une aide humanitaire. Réduire le budget de la coopération au développement, c’est donc choisir un monde encore plus instable, plus chaotique et plus insécurisant - ce qui n’est dans l’intérêt d’absolument personne.
Enfin, aux personnes qui remettent en cause l’efficacité même de la coopération au développement, il faut rappeler ceci : si elle ne peut à elle seule éradiquer la pauvreté et les inégalités mondiales, la coopération au développement a permis de drastiquement réduire la mortalité des enfants de moins de cinq ans et d’éradiquer complètement des maladies transmissibles telles que la variole ou la cécité des rivières [maladie parasitique] [1]. Par le seul Fonds mondial de lutte contre le SIDA, la tuberculose et la malaria, ce sont 65 millions de vies humaines qui ont été sauvées grâce à la coopération au développement. [2]. Depuis 2002, année de création du Fonds mondial, le taux de mortalité combiné du sida, de la tuberculose et du paludisme a été réduit de 61 %. [3]. La coopération au développement a également permis d’éradiquer presque entièrement la poliomyélite : l’initiative mondiale pour son éradication a permis d’éviter que 18 millions de personnes ne soient paralysées [4]. Les exemples en ce sens abondent.
L’on entend parfois aussi dire que la coopération au développement n’a jamais permis de sortir un pays de la pauvreté. Rappelons néanmoins que depuis 2001, le nombre de pays à faible revenu dans le monde a presque été divisé par deux, après que 31 d’entre eux soient passés dans la catégorie des pays à revenu intermédiaire. Nombre de pays aujourd’hui considérés comme “développés” ont pu bénéficier de quantités importantes d’aide au développement, à des moments-clés de leur histoire. La Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED) le rappelle : « Les pays où s’est produit le miracle économique est-asiatique, notamment la République de Corée et la Province chinoise de Taiwan, ont reçu d’énormes quantités d’aide au cours des étapes initiales de leur développement, bénéficiant encore de l’aide pendant une bonne partie des années 60. En Afrique, une aide considérable a été accordée tant au Botswana qu’à l’île Maurice à des moments clefs de leur développement, à l’instar de la Tunisie un peu plus tôt. Ces exemples montrent que d’importants apports d’une aide bien ciblée ont produit des cas exemplaires de réussite en matière de croissance et de développement global » [5]. Une bonne gestion de l’aide au développement peut donc conduire à la prospérité économique ; la clé est d’utiliser cette aide de manière stratégique pour renforcer des stratégies de développement appropriées.
Si l’on prend en particulier le cas de la Corée du Sud, celle-ci a effectivement reçu des montants très importants d’aide au développement (plus de 28 milliards USD entre 1960 et 1980 [6]), grâce auxquels elle a pu investir dans l’éducation, la formation d’une main d’œuvre qualifiée, et le développement des infrastructures et de secteurs stratégiques : des éléments qui ont par la suite permis une industrialisation rapide, une diversification économique et le développement de géants technologiques sud-coréens, tels que Samsung ou Hyundai. Aujourd’hui, la Corée du Sud est souvent citée comme un exemple saillant d’un développement réussi. Depuis 1996, elle fait partie des pays donateurs de l’OCDE.
Le Botswana a lui aussi utilisé l’aide au développement de manière stratégique, en l’investissant dans le développement des infrastructures, des institutions, du système financier et dans la diversification économique, afin de mieux gérer - mais aussi de sortir de la dépendance envers – ses ressources naturelles (surtout les diamants). Résultat : alors qu’il était parmi les pays les plus pauvres du monde dans les années 1960, il est aujourd’hui devenu un pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure [7].
En conclusion, la décision de réduire d’un quart les budgets de la Coopération belge au développement aura des implications majeures dans le monde. Des programmes aujourd’hui financés par cette Coopération devront tout simplement être supprimés.Le CNCD-11.11.11 appelle le gouvernement belge à revoir sa copie. Un bloc « Solidarité internationale » sera présent à la manifestation nationale ce jeudi 13 février.
[1] Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED), Le développement économique en Afrique, Doublement de l’aide : Assurer la grande poussée, New York et Genève, Nations unies, 2006.
[2] The Global Fund, Results Report 2024, 2024, www.theglobalfund.org/fr/....
[3] [The Global Fund, Results Report 2024, 2024, www.theglobalfund.org/fr/....
[4] OMS, Global polio eradication initiative applauds WHO African region for wild polio-free certification. News Release, 25 août 2020.
[5] Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED), Le développement économique en Afrique, Doublement de l’aide : Assurer la grande poussée, New York et Genève, Nations unies, 2006.
[6] World Bank Group. World Development Indicators, en ligne le 11 septembre 2024, 2024. (World Development Indicators | DataBank (worldbank.org))
[7] Groupe de la Banque mondiale, At a Crossroads : Reigniting efficient and inclusive growth. Botswana : systematic country diagnostic. Update, 2023.



