Agrocarburants : le Parlement européen plie devant les lobbies
Plantation de huile de palme à Riau, Indonésie.
© Kemal Jufri/ Greenpeace

Communiqué de presse

Agrocarburants : le Parlement européen plie devant les lobbies

Ce mercredi 17 janvier, les députés européens ont approuvé la réforme de la directive sur les énergies renouvelables. Ce vote marque un recul : au lieu de réduire la quantité d’agrocarburants produits à partir de matière première agricole, comme le proposait la Commission, les eurodéputés ont proposé de la maintenir.

Les études scientifiques montrent que le recours aux matières premières agricoles dans la fabrication des agrocarburants comporte de nombreux risques, notamment le renforcement du réchauffement climatique et de l’insécurité alimentaire à travers le monde. En Europe, il augmente la dépendance alimentaire vis-à-vis des pays tiers et pousse le prix des matières premières agricoles à la hausse, au détriment des éleveurs notamment, obligés de payer cher leur fourrage. Hors d’Europe, la production d’agrocarburants pousse de nombreux agriculteurs et communautés locales à quitter leurs terres. Au Pérou, en Tanzanie ou en Indonésie, les cas d’expulsions pour créer de nouvelles plantations sont nombreux.

C’est donc à raison que la Commission européenne proposait de réduire la part des agrocarburants produits à partir de matière première agricole à 3,8% de la consommation de carburants. Mais, sous pression des lobbies, la majorité des députés a soutenu une réforme qui permettra aux États membres de relever ce seuil à 7% à l’horizon de 2030.

« Ce vote est un véritable recul, compte tenu des impacts néfastes des biocarburants sur l’environnement et la sécurité alimentaire », déplore Stéphane Desgain, chargé de recherche au CNCD-11.11.11

« Le puissant lobby des biocarburants a fait pression sur le Parlement européen pour l’amener à abandonner les réformes visant à arrêter de brûler des denrées alimentaires », affirme Brigitte Gloire d’Oxfam Solidarité.

« Les députés européens et les gouvernements de l’UE ont encore une chance de renverser la vapeur lorsqu’ils négocient la législation finale », souligne Noé Lecocq d’Inter-Environnement Wallonie.

Pour la société civile, la solution passe par l’arrêt total de l’utilisation de matières premières agricoles dans la fabrication de carburants d’ici 2030. L’UE ne doit pas répéter les erreurs du passé, lorsque des objectifs ont été imposés sans connaître les conséquences sociales et environnementales du recours aux agrocarburants.