Le Rapport 2026 du CNCD-11.11.11 sur la Coopération belge dévoile le prix humain des coupes dans la Coopération internationale
À quelques semaines du conclave budgétaire, le CNCD-11.11.11 sort son Rapport annuel sur la Coopération belge au développement. Celui-ci documente les conséquences des coupes budgétaires opérées par les États-Unis et l’Europe dans l’aide au développement. Le gouvernement belge, qui a décidé de réduire le budget de la coopération au développement de 25%, suit cette trajectoire — au risque de sacrifier des vies humaines et sa propre sécurité collective.
Des millions de vies déjà menacées
L’aide au développement mondiale a connu en 2025 la chute la plus brutale jamais enregistrée : -23 % en un an, annulant 10 années de progrès. Cette dégringolade a été déclenchée par le démantèlement de l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID), puis amplifiée par une vague de coupes budgétaires en Europe, dont la Belgique.
Les conséquences ne sont plus des hypothèses lointaines : elles sont déjà à l’œuvre. Une étude publiée dans The Lancet Global Health estime que la prolongation de ces coupes d’ici 2030 entraînerait jusqu’à 22,6 millions de décès évitables, dont plus de 5 millions d’enfants de moins de cinq ans. Sur le seul plan sanitaire en République démocratique du Congo et en Ouganda, la prolongation de l’épidémie d’Ebola en cours est liée notamment à l’affaiblissement des capacités de surveillance épidémiologique consécutif à la fermeture de l’USAID. En outre, les tests de dépistage du VIH ont chuté de 22 % dans les zones les plus touchées, et l’agence onusienne ONUSIDA évoque le risque de 4 millions de décès supplémentaires liés au sida entre 2025 et 2029.
Ces coupes aux effets dramatiques dans les pays à faible revenu ne sont pas sans effet pour les pays riches. En fragilisant les systèmes de santé du Sud, les pays donateurs — Belgique comprise — s’exposent eux-mêmes à un risque sanitaire accru, car la solidité du système de santé mondial dépend de tous les maillons de la chaîne.
La Belgique suit la même tendance
Le Rapport du CNCD-11.11.11 montre que la Belgique n’est pas épargnée par cette logique de repli sur soi — elle enregistre même une des plus fortes baisses. Selon l’OCDE, l’aide belge au développement s’est effondrée de 21 % en 2025, retombant de 0,48 % à 0,37 % du revenu national brut (RNB), son niveau le plus bas depuis 2001, alors que le gouvernement Arizona prévoit de réduire de 25 % le budget de la Coopération belge au développement. L’année 2025 a déjà vu une réduction de 40 % des contributions volontaires belges aux organisations internationales — touchant notamment l’UNICEF, le PNUD et le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. La Belgique a également annoncé l’arrêt de sa Coopération gouvernementale en Guinée, au Mali et au Mozambique, trois pays parmi les plus fragiles au monde. Le budget de la coopération non gouvernementale sera lui amputé d’un quart en 2027.
Et pourtant, la Coopération au développement sauve des vies
Les résultats de plusieurs décennies de coopération internationale sont pourtant considérables : des millions de vies sauvées, la réduction drastique de la mortalité infantile, l’augmentation de la scolarité des enfants et de l’espérance de vie, etc. Au total, selon la Banque mondiale, le nombre de personnes vivant dans l’extrême pauvreté est passé de 2,3 milliards en 1990 à 831 millions en 2025 — un recul auquel l’aide au développement a largement contribué, en finançant les systèmes de santé, d’éducation et de protection sociale.
Les recommandations du CNCD-11.11.11
Face à ce constat, le CNCD-11.11.11 appelle le gouvernement fédéral belge à :
- Renoncer aux coupes budgétaires de 25 % annoncées dans le budget de la Coopération belge au développement et rétablir une trajectoire de croissance budgétaire ambitieuse permettant d’atteindre l’objectif international de 0,7 % du RNB en aide au développement. Cela permettrait à la Belgique de contribuer à des progrès mondiaux tels que : l’éradication complète de maladies, l’éradication de la faim, la scolarisation d’enfants, la stabilisation de notre climat et l’augmentation de notre espérance de vie collective.
- Rétablir la cohérence entre les choix budgétaires de défense et de développement, plutôt que de sacrifier le second au profit du premier.
Plusieurs pays montrent que ce choix reste possible, y compris dans le contexte budgétaire actuel : la Suède, le Danemark, le Luxembourg et la Norvège ont maintenu leur aide au-delà de l’objectif de 0,7 % du RNB en 2025, et l’Espagne, l’Italie et la Hongrie ont vu leur aide au développement augmenter la même année.
Un choix de société
« Au fond, la question posée ici dépasse la seule Coopération au développement, souligne le Secrétaire général du CNCD-11.11.11 Arnaud Zacharie Arnaud Zacharie . Elle interroge le type de société que nous voulons construire : une société ouverte basée sur la coopération et la solidarité internationale, et qui préserve ainsi ce qui fait notre humanité commune ; ou une société fermée qui repose sur la loi du plus fort et le chacun pour soi, et devra tôt ou tard affronter les conséquences dramatiques de ce repli. »





