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Le « charbon propre », un oxymore

Véronique Rigot Véronique Rigot
5 février 2014

C’est comme s’il ne salissait pas les mains de celui qui l’utilise ni les poumons de celui qui l’extrait ! Apposer le qualificatif « propre » au mot « charbon » a pour effet de donner bonne conscience aux pays qui continuent de construire des centrales à charbon… Comme la Pologne.

On connaissait l’amour de la Pologne pour le charbon. On n’imaginait pas toutefois que cet amour soit à ce point fusionnel. La préparation de la conférence des Nations Unies pour le climat nous a laissés pantois. En trois étapes, la Pologne nous a démontré que l’Europe n’a rien à lui dire… et qu’elle croit au mythe du charbon propre ! Car il s’agit bien d’un mythe dont les scientifiques remettent en cause l’efficience : les technologies développées pour la capture et le stockage du carbone - rejeté notamment par les centrales à charbon - sont actuellement encore très peu commercialisables tant elles sont inabordables, mais aussi extrêmement risquées.

Les trois étapes

Première étape de la démonstration : la Pologne accueille en novembre dernier la conférence des Nations Unies pour le climat. L’ayant déjà accueillie en 2008 à Poznan, elle remet donc le couvert dans sa capitale alors que de nombreux autres pays européens pouvaient prétendre à cet honneur. Rappelons que la Pologne est un des grands pays qui freinent le plus les ambitions climatiques de l’Union européenne et, en particulier, l’adoption d’un objectif de 30% de réduction des émissions d’ici 2020 (par rapport à 1990).

Deuxième étape : le gouvernement polonais annonce fièrement la liste de ses sponsors pour l’organisation de la conférence. Sur une liste où l’on trouve le constructeur automobile BMW ou le géant de l’acier ArcelorMittal, champion du monde de la spéculation sur les marchés du carbone, figure en première place Alstom, un géant de la production d’énergie qui se trouve être aussi un grand constructeur de centrales au charbon. Une conférence pour la paix peut-elle être financée par l’industrie de l’armement ?

Enfin, troisième étape : parallèlement à la conférence pour le climat, un sommet international pour la promotion du charbon était organisé à Varsovie. Soyons précis sur les termes : ce n’est pas la Pologne mais l’Association mondiale pour le charbon qui organisait ce sommet. Or, ce-dernier s’est tenu au ministère polonais de l’Economie et a débuté par un dialogue entre officiels sur le charbon propre et le climat.

Le charbon a la cote

Les centrales à charbon sont très dommageables à l’atmosphère. Et,pourtant, l’Agence internationale de l’énergie estime que la production de charbon va continuer sa tendance haussière des dernières décennies (entre 1970 et 2010, la part du charbon dans le total des énergies fossiles est passée de 35 à 43%). La Chine et l’Inde construiront, à elles deux, ¾ des 1200 projets de construction de centrales dans les mois à venir. [1] Les réserves de charbon sont encore importantes en de nombreuses régions de la planète et l’extraction se fait à bas prix : les technologies sont amorties, la main d’œuvre est bon marché et l’extraction ne tient pas compte des dommages environnementaux. Il ne faut pas attendre que ces coûts sociaux et environnementaux soient pris en compte pour repenser la consommation d’énergie. « Laissons le pétrole dans le sol, le charbon dans la mine et les sables bitumineux dans les terres… », déclamait le poème de Nnimmo Bassey au sommet de Cochabamba (Bolivie) en 2010. Laissons les énergies fossiles là où elles sont naturellement stockées et faisons place à une production plus propre.

[1Chiffres du World Resource Institute, nov. 2012.

Source : article publié dans le magazine du CNCD-11.11.11 dlm, Demain le monde, n°23, janvier - février 2014.

Les droits humains d’abord !



Disciplinons les multinationales, refusons une justice qui les privilégie.
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