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Le climat et les ressources naturelles. Quels enjeux pour 2010 ?

Le 15 juin 2010, le CNCD-11.11.11 et son homologue flamand 11.11.11 (kvnzb) organisaient le séminaire « Le climat et les ressources naturelles. Quels enjeux pour 2010 ? » ; ceci, à la veille de la présidence belge de l’Union européenne et en prévision d’une campagne (2011-2013) axée sur le climat et les ressources naturelles.

Introduction générale

Nicolas Van Nuffel, CNCD-11.11.11

Le séminaire s’inscrit dans un double cadre.

  • celui de la présidence belge de l’union européenne
  • celui de la préparation de la future campagne 11.11.11 qui, à partir de 2011, portera sur le thème du climat et des ressources naturelles.

Durant de trop longues années, les enjeux sociaux, les enjeux Nord-Sud et les enjeux environnementaux ont été portés séparément, comme si l’ont pouvait les cloisonner les uns par rapport aux autres.

Trois enjeux majeurs, trois mouvements, trois histoires ...

1. Les ressources naturelles du Sud : Quelles conséquences ?

Introduction

Jean-Pierre de Leener, 11.11.11 (Vlaanderen)

// Jean-Pierre de Leener, 11.11.11 //

Les changements climatiques sont un problème nord-sud. En effet, ce sont les pays en voie de développement qui sont les premières victimes des conséquences désastreuses des changements climatiques, provoqués par le modèle de développement occidental.

Le Sommet de Copenhague n’a pas permis d’atteindre les accords attendus ; quelques points positifs sont cependant à souligner : la conférence a réuni environ 100 000 personnes, a fourni le premier accord mondial réel visant à diminuer de moitié les émissions de gaz à effet de serre pour 2050, et a fixé l’objectif de réduire les émissions de CO2 à 1,6 tonne par personne par an.
Aujourd’hui, les États-Unis sont responsables de 20 % des émissions de CO2 par personne, l’Europe de 10 %, la Chine de 4,8 %, ...

Il est clair que ce mode de développement n’est pas viable à long terme. Ajoutez à cela la contraction des ressources en énergies fossiles et le fait que leur exploitation peut mener à des catastrophes naturelles comme celle que BP a provoquée aux États-Unis.

C’est pourquoi il est nécessaire de passer à un modèle de développement durable.

Le mouvement Nord-Sud et la coalition climat demandent donc :

  • La réduction des gaz à effet de serre
  • Que les pays développés prennent leurs responsabilités et aident les pays en voie de développement à s’adapter aux changements climatiques et à l’atténuation de ceux-ci.
  • De conserver les combustibles fossiles et d’investir dans les énergies renouvelables.

Film « De plein fouet : le climat vu du Sud »

Bande annonce du film de Geert de Belder

// Bande annonce du film de Geert de Belder //

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Plus d’infos sur www.cncd.be/depleinfouet // www.depleinfouet.be

« L’eau potable : entre rareté et privatisation »

Ricardo Petrella, directeur de l’IERPE
(Institut Européen de Recherche sur la Politique de l’Eau)

// Ricardo Petrella, directeur de l’IERPE (Institut Européen de Recherche sur la Politique de l’Eau) //

Comme nous pouvons le voir dans ce film, avec les changements climatiques, celui qui est vulnérable le devient encore davantage. Les grosses villes européennes investissent pour se préserver elles-mêmes des effets des changements climatiques (par exemple des inondations) mais les pays en voie de développement ne disposent pas des ressources financières nécessaires. Ils sont donc les premiers à subir les conséquences de la hausse des changements climatiques. En outre, ils ne peuvent investir dans des programmes de recyclage tels que “from toilet to tap water ” (recycler l’eau des toilettes en eau du robinet). Et s’il existe peut-être une limite à l’imbécibilité humaine, il n’y a aucune limite aux changements climatiques !

L’Union européenne propose trois mesures visant à faire face aux changements climatiques :

1. Utiliser les mécanismes du marché afin d’encourager l’adaptation aux changements climatiques par les pays en voie de développement et l’atténuation de ceux-ci.

2. Avoir une gestion privée de l’eau

Le 18 mai 2010, le porte-parole de la Commission a déclaré : « Nous considérons l’eau comme une denrée au même titre que n’importe quoi d’autre. », ce qui en un sens signifie donc que “anything else is a commodity”(n’importe quoi d’autre est une denrée). Cette phrase montre la culture idéologique de la Commission !

Selon le consensus de Monterrey, le capital privé peut être utilisé si :

  • Une stabilité sociale est garantie
  • La solvabilité du pays est assurée (=afin d’être sûrs de faire des bénéfices)
  • Les droits de la propriété intellectuelle sont réformés (= les bénéfices peuvent être ramenés à domicile)

3. Encourager de nouvelles technologies

Le 10 juin 2009, à Bonn, les États-Unis, le Canada et l’Union européenne ont refusé, aux pays émergents comme le Brésil, l’Inde, etc, de modifier leurs droits de propriété intellectuelle. Ils n’ont même pas accepté de réduire la longueur (désormais 10 ans !) des droits de propriété intellectuelle. En lieu et place, ils ont encouragé les pays en voie de développement à investir dans les nouvelles technologies. Mais 48 % de toutes les énergies renouvelables sont créées et habilitées en Europe ! C’est la raison pour laquelle ils veulent garder le droit de propriété intellectuelle tel qu’il est ! Ils peuvent ainsi en profiter un maximum.

Il faut donc mettre le problème des droits de propriété intellectuelle à la table des négociations du Sommet de Cancún. Cette question doit se trouver au coeur du débat et nous devons demander davantage d’argent pour aider les pays en développement à faire face aux changements climatiques.

Nous devons lutter pour des biens publics tels que l’eau, la terre, etc. En effet, nous devons bannir l’achat de terres en Afrique et en Amérique latine. La terre est un bien public inaliénable qui ne peut être acheté, ni par le secteur public ni par le secteur privé ! Nous devons donc nous battre pour obtenir des fonds afin de gérer les biens publics.

« Forêts : entre déforestation et protection internationale »

Patrick Meyfroidt, chercheur auprès de l’Earth and Life Institute de l’UCL

// Patrick Meyfroidt, chercheur auprès de l’Earth and Life Institute de l’UCL //

Les émissions de gaz à effet de serre représentent 50 à 60 % des causes du réchauffement global alors que 20 % de ce phénomène doit son origine à la déforestation.

Les forêts sont importantes parce qu’elles absorbent une large part des émissions de CO2.

Les plus grandes forêts sont des forêts tropicales. Elles représentent 1600 millions d’hectares sur la surface terrestre (900 millions en Amérique du Sud, 500 millions en Afrique et 260 millions en Asie). Deux tiers de ces forêts se trouvent au Brésil (Amazonie), en République démocratique du Congo et en Indonésie. Les forêts tropicales sont un enjeu majeur pour la préservation de la biodiversité vu qu’elles détiennent 75 % de toutes les espèces végétales et animales.

Cependant, une déforestation importante a lieu pour l’utilisation des terres ou du bois. Cette déforestation nuit aux écosystèmes et renforce les changements climatiques parce que lorsqu’un arbre est coupé, il libère le CO2 qu’il a absorbé. C’est pourquoi la Réduction des Émissions dues à la Déforestation et à la Dégradation des forêts (REDD) doit être prise en considération ! La déforestation et la dégradation des forêts sont responsables de 17 à 20 % des émissions de gaz à effet de serre.

Le REDD a de prime abord été exclu par le Protocole de Kyoto. Ensuite, il a été remis sur la table en 2005, lors de la réunion de la convention-cadre des Nations Unies pour les changements climatiques (CCNUCC) à Montréal. Enfin, en 2007, lors de la Conférence COP 13 à Bali, un REDD+ a été convenu.

Aujourd’hui, il existe un fond REDD des Nations Unies (du FAO, UNDP & UNEP) : www.undp.org/mdtf/un-redd/overview.shtml

Différents problèmes se posent autour du REDD :

  • Des problèmes techniques
  • La question de l’impact réel du REDD : A-t-il vraiment un impact à long terme ? Comment pouvons-nous mesurer la valeur ajoutée du REDD dans la lutte contre les changements climatiques ?
  • Le problème de l’équité entre les pays du Nord et ceux du Sud dans la lutte contre les changements climatiques.
  • L’équité Nord-Sud en termes d’innovation, de développement, etc.
  • Sud-Sud : Vu les différents contextes politiques, économiques et sociaux des pays, la comparaison est difficile. Il est probable que ce soient les pays qui en font le moins qui sont ceux qui sont récompensés en premier en raison d’un meilleur contexte (on récompense les mauvais élèves).
  • Enfin, il y a le risque de la coupe illégale de bois et de son trafic.

Conclusion

Le REDD est très important et constitue définitivement un enjeu majeur dans la lutte contre les changements climatiques. Cependant, il existe nombre de problèmes liés au REDD en matière de mesures, d’équité et de comparabilité entre les pays. En outre, cela pourrait décourager les pays du Nord d’investir dans la lutte contre les changements climatiques.

« Le droit de se nourrir dans un monde aux ressources limitées »

Olivier De Schutter,
rapporteur spécial des Nations Unies pour le droit à l’alimentation

// Olivier De Schutter, rapporteur spécial des Nations Unies pour le droit à l’alimentation //

Ecoutez

La pression sur les terres est causée par :

  • La croissance démographique
  • Le développement des groupes agroindustriels (ils sont responsables de 30 % des expropriations)
  • La spéculation sur les terres
  • Les mécanismes de développement propre suite à KYOTO
  • La déforestation

Tous ces facteurs provoquent une pression sur les terres.

Dans de nombreux pays en voie de développement, principalement africains, le rendement par hectare est très faible en raison des conditions climatiques et parce que les investissements agricoles sont insuffisants.

Aujourd’hui, l’intérêt pour l’agriculture comme moyen de développement refait surface.

25 avril 2009 FAO & FIDA « Principes pour des investissements agricoles responsables »

Olivier De Schutter est très critique :

  • Ces principes sont présentés comme s’ils étaient choisis volontairement, mais en fait ils sont obligatoires vu qu’ils font partie du droit humain à l’alimentation !
  • Ils ne présentent que l’approche microéconomique, mais en fait, deux agricultures coexistent : l’agriculture intensive et l’agriculture familiale. L’agriculture intensive est très productive, mais ne tient pas compte des facteurs externes négatifs tels que les coûts sociaux, l’appauvrissement du sol, etc. L’agriculture familiale est moins concurrentielle, mais est mieux adaptée à l’environnement et à l’agroécologie (par exemple « riz-poisson-canard », agroforesterie). En fait, si on la considère par hectare, l’agriculture familiale est beaucoup plus productive que l’agriculture intensive vu que la surface de la terre est mieux utilisée, mais elle coûte beaucoup plus cher en main-d’oeuvre.
  • Ils ne présentent qu’une seule vision de l’agriculture !

La réforme agraire est importante pour plusieurs raisons :

  • Premièrement, il existe une corrélation entre distribution des terres et croissance économique.
  • Deuxièmement, il existe une corrélation entre distribution des terres et pauvreté. Si les petits producteurs possèdent leurs propres terres, ils sont moins dépendants de la fluctuation des prix à l’échelle mondiale.
  • La propriété foncière est très importante dans nombre de cultures.

Une solution suggérée serait de développer les droits de la propriété foncière pour protéger les petits producteurs des grosses industries. Cependant, O. De Schutter est très critique par rapport à la “titrisation ” (distribution de titres de propriété) des terres pour différentes raisons :

  • Il existe des risques de corruption
  • Elle n’est pas toujours bénéfique aux utilisateurs réels de la terre, mais à ceux qui ont les moyens financiers d’acheter des terres
  • Elle correspond à une vision occidentale de l’exploitation des terres
  • Elle représente la fin du bien public

Les solutions proposées seraient les suivantes :

  • Créer des lois anti-expropriation
  • Protéger l’usage collectif de la terre et laisser les communautés décider
  • Protéger les utilisateurs de la terre si le propriétaire veut vendre.

L’exemple de l’Indonésie

Fabi Tuniwa, de l’Institute for Essential Services Reform
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// Fabi Tuniwa, de l’Institute for Essential Services Reform //

L’IESR possède différents programmes :

  • Accès à l’énergie
  • Programme de justice climatique
  • Électricité
  • Transparence des salaires liés au gaz et au pétrole

L’Indonésie possède le tiers de la surface forestière mondiale. Mais elle est en train de subir une déforestation à grande vitesse. En 1950, il y avait 162 millions d’hectares de forêts et en 2003, il en restait 94 millions d’hectares.
Le taux de déforestation s’élève entre 1,2 et 2,6 millions d’hectares par an.

Les causes de cette déforestation sont multiples :

  • Croissance démographique
  • Développement des infrastructures
  • Différentes utilisations de la terre : plantations, mines
  • Expropriation
  • Exploitation forestière illégale d’abattage
  • Production de charbon :

L’Indonésie est le second producteur mondial de charbon ! (mais le 15e en ce qui concerne les ressources !).
80 % du charbon produit est destiné aux exportations vers la Chine, Taiwan, la Corée, etc.

  • Les biocarburants
    70 % des plantations d’huile de palme se situent sur des forêts ancestrales. La demande en biocarburants, tant à l’échelle nationale qu’internationale, est en hausse ; l’objectif de l’Union européenne étant d’atteindre les 5, 75 % d’énergies renouvelables à l’horizon 2012.

C’est ce qui explique le gigantesque projet d’huile de palme sur 1, 8 million d’hectares de forêt (sur l’Île de Bornéo et partiellement, en Malaisie), forêts qui possèdent une biodiversité très élevée. Si ce projet a bel et bien lieu, cela constituerait une catastrophe écologique.

Questions et réponses

De Schutter : Les réformes agraires effrayent souvent les populations mais il existe d’autres alternatives telles que les taxes sur le droit du sol.

Brigitte Gloire (Oxfam) : Quels sont les niveaux standards d’importation vers l’Europe ? Existe-t-il une concurrence entre la production de nourriture et celle de biocarburants ?

Non, il n’existe aucune concurrence, car la production d’huile de palme n’a pas lieu dans les mêmes régions que la production de denrées alimentaires. Autrefois, l’huile de palme était considérée comme une denrée alimentaire bon marché, mais aujourd’hui, avec la production de biocarburants, les prix ont augmenté.

De Schutter : Une aide spéciale devrait être fournie aux petits producteurs pour leur permettre de développer leurs infrastructures, de s’organiser en coopératives et de se procurer les équipements de base.

2. Les négociations internationales sur les changements climatiques : Quelles conséquences pour 2010 ?

« L’après-Copenhague ? »

Peter Wittoeck, fonctionnaire de l’administration belge compétente
en matière d’environnement (SPF Environnement)

// Peter Wittoeck, fonctionnaire de l’administration belge compétente en matière d’environnement (SPF Environnement) //

Copenhague ne doit pas signifier la fin de la période de négociations.

Deux options s’offrent à nous : soit faire le suivi de Kyoto, soit travailler sur d’autres aspects et sur les problèmes futurs liés au climat qui peuvent se présenter. Cependant, Kyoto n’a pas mené à un accord contraignant, et après Copenhague, il faut restaurer la confiance entre les partenaires afin d’aller de l’avant.

Le Sommet de Copenhague n’a pas eu les résultats escomptés : aucun accord contraignant n’a été obtenu et aucun engagement n’a été pris pour réduire de moitié les émissions de gaz à effet de serre à l’horizon 2050.

Aujourd’hui, un accord politique a été atteint afin d’empêcher que la hausse de température ne dépasse les 2 °C par rapport à la période pré-industrielle. Les pays développés se sont engagés sur des objectifs spécifiques afin de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre d’ici 2020. Une révision de l’accord aura donc lieu en 2015 pour s’assurer que la limite des 2 °C soit respectée. C’est donc un accord plutôt ambitieux.

Le financement “fast start”(FFS) s’élevant à 30 milliards de dollars est prévu pour les trois prochaines années afin d’aider les pays en voie de développement à faire face aux effets des changements climatiques. S’y ajouteront des financements annuels de 100 milliards de dollars américains jusqu’à 2020. En outre, la priorité est donnée aux pays les plus vulnérables comme les pays africains et les petites îles. Ce financement vient de fonds publics, privés, bilatéraux et multilatéraux.

Le fonds vert de Copenhague pour le climat a été créé pour soutenir :

  • Le REDD plus les mécanismes destinés aux forêts
  • Le cadre d’adaptation
  • Le transfert de technologies

Tous les deux ans, les pays en voie de développement communiqueront (à la CCNUCC) leurs politiques nationales menées pour limiter les changements climatiques, rapport qui pourra faire l’objet d’un examen international.

Les efforts des pays industriels devront être mesurables, traçables et vérifiables.

Depuis 2008, la Belgique s’est engagée à réduire de 20 % ses émissions de gaz à effet de serre d’ici 2020, voire 30 % si les autres pays participent. Cependant, l’engagement ne s’élève qu’à la réduction de 18 % des émissions de gaz à effet de serre. Il nous faut donc attendre de voir.

Aujourd’hui, après Copenhague, dans quel contexte pouvons-nous négocier ?
Nous avons perdu beaucoup de temps à négocier le texte pendant les deux années qui ont précédé Copenhague et, finalement, ce n’est qu’une version allégée du texte qui a été adoptée. Cependant, cela a mené à un nouveau texte contenant des mesures légalement contraignantes.

L’Union a été accusée de vouloir saboter le Protocole de Kyoto. Ce n’est pas le cas ; l’UE voulait un accord légalement contraignant et commun. Les problèmes viennent principalement des Russes et des Japonais.

Les pays en voie de développement avaient des attentes plus élevées : ils voulaient fixer l’augmentation à 1,5°C, mais cette demande ne fut pas acceptée.

Pour le Sommet de Cancún, il faut être réaliste : il ne reste que peu de temps pour négocier, une semaine en août et deux en octobre.

Durant la Présidence belge, il faut insister sur les engagements pris pour le fonds “fast start” .

Les attentes des pays en voie de développement

Fabby Tumiwa, de l’IESR

// Fabby Tumiwa, de l’IESR //

Selon le rapport du Panel intergouvernemental sur les changements climatiques, aucun accord n’a été pris concernant des actions d’atténuation appropriées.

Le texte n’est pas clair en ce qui concerne le rôle des pays en voie de développement. En effet, les pays en voie de développement n’ont plus de ressources de carbone à faible coût à développer et en même temps, on leur demande d’atténuer les changements climatiques !

L’Indonésie a déjà dépensé la moitié de son budget carbone, donc, d’ici 2050, il l’aura facilement utilisé. Il existe un risque élevé que l’augmentation de la température dépasse les 2 °C en comparaison avec le niveau préindustriel et si c’est le cas, ce phénomène aura des conséquences dramatiques. Il est donc primordial de commencer à réduire les émissions de gaz à effet de serre dès maintenant.

Pour ce faire, les pays en voie de développement demandent différentes choses aux pays industriels :

  • Payer l’adaptation de la dette
  • Rembourser la dette due à leurs émissions de gaz à effet de serre
  • Fournir les ressources financières et la technologie nécessaire pour faire face aux coûts supplémentaires liés à l’atténuation et à l’adaptation

Les attentes des unions commerciales du Nord et du Sud

Sébastien Storme, service d’études fédéral,
département Economie et développement durable, FGTB

// Sébastien Storme, service d’études fédéral, département Economie et développement durable, FGTB //

Nous estimons que, chaque année, 268 millions de personnes souffrent des changements climatiques. Le nombre de réfugiés écologiques est en constante augmentation. Le Sud est une fois de plus en première ligne. Un obstacle supplémentaire à son développement.

C’est pourquoi nous demandons :

  • Une transition sociale équitable pour les travailleurs :
  • Une étude d’impact sur l’emploi et les conséquences sociales avant qu’une décision soit prise
  • La recherche et le développement
  • D’assurer la participation des unions commerciales
  • La formation des travailleurs
  • Une bonne protection sociale

La semaine prochaine aura lieu la Conférence internationale des syndicats à Montréal qui traitera égalemnet de la question du climat. Nous voulons des actions rapides afin de répondre aux objectifs de Copenhague.
De la part de l’Union européenne, nous demandons un accord ambitieux, rapide et équitable qui intègre la justice sociale. Nous demandons également à l’Union des stratégies européennes structurées et globalisantes visant à lutter contre les changements climatiques. Enfin, il faut trouver de nouvelles ressources financières innovantes.

Cependant, nous acceptons le fait que l’idée d’une “transition juste” ait été intégrée au texte de la Conférence des Nations Unies à Bonn.

La réduction des émissions de CO2

Brigitte Gloire, Oxfam Solidarité

// Brigitte Gloire, Oxfam Solidarité //

Aujourd’hui, la Chine est le plus gros producteur de gaz à effet de serre, mais en fait, cela représente cinq tonnes par personne et en Inde moins de deux ou trois tonnes par tête.

C’est pourquoi Oxfam demande à l’Union européenne une réduction de ses émissions de gaz à effet de serre de minimum 40 % d’ici 2020, et de 80 à 95 % d’ici 2050.

Le Protocole de Kyoto a introduit un système d’échange de crédits de carbone et des mécanismes de développement propre qui impliquent que des pays peuvent obtenir des quotas en mettant en place des projets écologiques dans le Sud. Cependant, il s’agit à nouveau d’une solution de marché ! Pourquoi n’est-ce pas purement et simplement interdit ?

En effet, les crédits de carbone posent différents problèmes :

  • Cohérence
  • Crédibilité
  • Déresponsabilisation
  • Effet de ricochet (ex. une taxe verte sur les avions)
  • Aucune responsabilité n’est prise par les politiques
  • Privatisation de l’atmosphère
  • Fraude
  • Déplacement de population
  • Aucun stimulant à des efforts nationaux

Dans l’Accord de Marrakech, il a été conclu que les crédits de carbone doivent s’ajouter aux efforts effectués par chaque pays afin de réduire les émissions de carbone et que maximum 30 % des crédits carbone peuvent être échangés avec les autres pays.

En effet, il est important d’évaluer quels auraient été les résultats sans ces mécanismes ! Les projets de développement propre (MDP) sont souvent plus chers que ceux mis en oeuvre par le pays et souvent inefficaces.

En fait, au lieu de faire payer aux pollueurs les coûts écologiques et sociaux, de nombreuses entreprises ont réalisé des bénéfices grâce aux MDP.

C’est pourquoi il importe de se focaliser sur les critères d’exclusion des MDP, sur la redirection des MDP vers les pays moins développés et sur le double comptage (par conséquent, les MDP ne sont pas comptés de la même façon que les efforts effectués pour réduire les changements climatiques).

Nouvelles ressources financières pour le financement du développement

Jean-Pierre De Leener, 11.11.11 (Vlaanderen)

// Jean-Pierre De Leener, 11.11.11 (Vlaanderen) //

Les pays industrialisés ont leurs responsabilités dans la rarification des ressources naturelles dans les pays en voie de développement. C’est pourquoi nous devons les aider.

Le Sommet de Copenhague fut un échec, mais il a cependant permis d’atteindre un accord. Les objectifs liés à la réduction des émissions des gaz à effet de serre ont été fixés et les ressources financières ont fait l’objet d’un accord dans le but de l’adaptation et la atténuation du changement climatique dans les pays en voie de développement.

À court terme, un fonds “fast start” s’élevant à 30 milliards (duquel 10 milliards proviendraient de l’Union européenne) a été fixé pour les trois prochaines années jusqu’à la fin du Protocole de Kyoto en 2012. Cependant, l’UE a, jusqu’à présent, seulement pu réunir 7,5 milliards de dollars. En outre, ce fonds est en fait constitué principalement de dépenses déjà existantes. Concluons donc que l’Union ne respecte pas ses promesses.

À long terme, 100 milliards de dollars seront nécessaires à partir de 2013 pour l’adaptation et l’atténuation si nous voulons limiter les changements climatiques à 2 °C par rapport à la période préindustrielle. L’Union devra donner 35 milliards de dollars et la Belgique 1 milliard de dollars.

Nous avons besoin de nouvelles ressources financières supplémentaires qui viendraient des pollueurs qui doivent payer les coûts de leurs activités. Nous pourrions ainsi :

  • Augmenter les taxes des vols
  • Introduire des droits de pollution : Il y a eu un accord sur ce point et à partir de 2013, les 10 000 entreprises belges qui polluent trop devront payer pour leurs émissions de gaz à effet de serre.
  • Le ministre Magnette a ainsi avancé l’idée de l’instauration d’un signal-prix sur le CO2 ou d’une taxe CO2.

Selon le Bureau du Plan, des fonds publics doivent être mis à disposition pour les mesures suivantes :

  • 2010 : 1,63 milliards non ETS (Système d’échange de quotas d’émission Trading system)
  • 2011 : 2,63-2,95 milliards ETS + non ETS
  • 2012 : 4,06-4,93 milliards ETS + non ETS

Cet argent doit être utilisé pour :

  • financer l’adaptation et l’atténuation au changement climatique dans le Sud
  • faire diminuer nos émissions de gaz à effet de serre
  • à créer des emplois verts et pour financer la sécurité sociale

Les conditions

  • Il doit s’agir de fonds publics et pas de fonds privés : les mécanismes de développement propre et les biocarburants ne doivent pas être inclus.
  • Un accord entre l’État fédéral et les entités fédérées doit être pris, cet accord aura lieu avec la réforme de l’État.

Cela doit être géré par un fonds des Nations Unies :

  • Un fonds d’adaptation par le biais des NAPA (plans d’adaptation nationaux)
  • L’atténuation, le REDD et les transferts de technologie par le fonds du climat vert de Copenhague par le biais des NAMA.

Questions - Réponses

Un chercheur de la KUL à Brigitte Gloire d’Oxfam : Nous travaillons sur l’amélioration des MDP, vous ne pouvez pas ne pas en tenir compte. Il est en outre périlleux de devoir dépendre à long terme de fonds publics.

Brigitte Gloire : Je dis seulement que nous pouvons utiliser d’autres fonds que les MDP, des fonds nouveaux et additionnels destinés à l’adaptation et l’atténuation. Nous pourrions aussi utiliser des fonds privés, mais cela dépend toujours de quels acteurs privés il s’agira.

Marc Spiegelaar : Nous parlons du Nord et du Sud, mais ce n’est pas pertinent. Il y a de nombreux suds et nous devons considérer les pays émergents comme une catégorie à part entière.

Consultant : Remarque sur l’importance de la manière de calculer les émissions de gaz à effet de serre pour comparer les responsabilités et déterminer les contributions.

Euracme : Je réalise que nous n’avons pas parlé du tout de la décroissance pendant ce séminaire.

Conclusions liées à la Présidence belge de l’UE et les négociations internationales autour du changement climatique

Hannes Descamps, collaborateur du
ministre flamand de l’Environnement Schauvliege

// Hannes Descamps, collaborateur du ministre flamand de l’Environnement Schauvliege //

Durant la Présidence belge, nous ferons certainement des demandes d’expertise sur les changements climatiques.

L’UNFCCC est l’endroit où auront lieu les futures négociations autour du climat.

L’accord de Copenhague est le fil rouge politique avec lequel nous devons travailler. La Belgique et l’Union européenne ont souhaité un accord contraignant et ont partagé les responsabilités de toutes les parties ; à la place d’avoir des pays engagés en commun, mais des engagements différenciés.

Pour préparer la Présidence belge de l’UE, le ministre a eu de nombreuses réunions bilatérales après Copenhague afin d’assurer que l’UE parle d’une seule voix. Il est important de restaurer une relation de confiance pour les négociations afin d’atteindre un accord international commun. C’est un grand défi : nous devons fixer des objectifs communs qui soient réalistes, etc. Mais le plus important est que nous nous soyons rencontrés !

Afin de répondre à l’objectif de maintenir le réchauffement global en dessous de 2 °C par rapport à la période préindustrielle, la charge liée aux changements climatiques a été divisée en différents acteurs par l’intermédiaire du paquet énergie-climat :

  • Les émissions de gaz à effet de serre auront diminué de 20 % en 2020, et de 30 % s’il y a un accord international
  • L’efficacité énergétique aura augmenté de 20 % en 2020
  • 20 % de l’énergie européenne viendra des énergies renouvelables d’ici 2020 (aujourd’hui, ce n’est le cas que pour seulement 8,5 %)

L’UE est prête à réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 30 %, mais il faut être attentifs aux engagements des États membres. C’est très important et ce point doit être clarifié lors de la Conférence COP 16 à Cancún afin de donner un message fort aux autres pays concernant l’engagement de l’Union dans la lutte contre les changements climatiques !

Présentation

A la veille de la Présidence belge de l’Union européenne, les organisations de la société civile belge ont souhaité rappeler leurs demandes d’une gestion plus durable les ressources naturelles

L’exploitation massive des énergies fossiles est la principale responsable du réchauffement global étudié depuis plus de 20 ans par les experts. Ce réchauffement perturbe le fonctionnement des écosystèmes et a des impacts divers sur les ressources naturelles de tous types (eau, air, terre, vivant). Les premières victimes sont au Sud, et comme le reconnaît le PNUD, les perturbations climatiques freinent la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement dans de nombreuses régions.
La crise climatique n’est que le symptôme d’une crise plus globale : pendant trop longtemps, le modèle de développement occidental n’a absolument pas pris en compte la dimension environnementale.

Aussi, à la veille de la Présidence belge de l’Union européenne, les organisations de la société civile belge ont souhaité rappeler leurs demandes d’une gestion plus durable les ressources naturelles. Celle-ci passe par la prise de conscience d’enjeux très concrets concernant la raréfaction de l’eau douce, la gestion des forêts ou des terres. Celle-ci passe aussi par des revendications très précises en regard des négociations internationales sur le climat pour définir une suite au Protocole de Kyoto. Réduire les émissions de gaz à effet de serre et contribuer au financement à long terme de la lutte contre les changements climatiques sont deux dossiers sur lesquels la Belgique peut pousser l’Union européenne à plus d’ambitions.

Démarche

Interpellation politique à la veille de la Présidence belge de l’UE, et préparation de la prochaine campagne du CNCD-11.11.11

Le séminaire s’inscrivait dans une double démarche (1) d’interpellation politique à la veille de la Présidence belge de l’UE, et (2) de préparation de la prochaine campagne du CNCD-11.11.11 sur le climat et les ressources naturelles. C’est dans un souci d’information et d’appropriation des thématiques et des enjeux que sont rendus disponibles ce compte-rendu et les interventions des orateurs.
La matinée fut donc de type formatif sur les ressources naturelles et les enjeux pour les pays du Sud grâce aux interventions d’académiques tandis que l’après-midi fut plus technique pour développer les revendications portées dans le cadre de la Présidence belge.





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