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Le commerce mondial à la croisée des chemins

Arnaud Zacharie Arnaud Zacharie
10 janvier 2014

Le 1er janvier 1994, des milliers d’indigènes se soulevaient dans le sud-est du Mexique le jour de l’entrée en vigueur de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA). Ils dénonçaient entre autres les menaces pour l’agriculture mexicaine que faisait peser le traité entre le Mexique, les Etats-Unis et le Canada. Des craintes qui se sont depuis matérialisées. Deux décennies plus tard, le panorama du commerce mondial a sensiblement évolué, mais sans que la polémique relative à l’impact du libre-échange sur le développement ne soit éteinte.

Dans un premier temps, la création en 1995 de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) a donné un nouveau souffle à la libéralisation des échanges. Dotée d’un Organe de règlement des différends (ORD) chargé de juger les cas de concurrence déloyale et d’entrave à la liberté de commercer, l’OMC devenait à la fois le principal lieu de négociation commerciale et de règlement des différends commerciaux internationaux.

Mais dès 1999, lors de la conférence ministérielle de l’OMC organisée à Seattle, célèbre pour ses gigantesques manifestations altermondialistes, les divergences Nord-Sud devinrent telles que les Etats membres furent incapables de s’accorder, ce qui déboucha sur un premier échec retentissant des négociations. Il en découla, en 2001 à Doha, l’adoption d’un « Agenda de Doha » pour le développement, censé répondre aux préoccupations des pays en développement. Toutefois, deux ans plus tard à Cancún, les pays en développement firent le constat amer que les pays riches n’étaient pas passés des paroles aux actes. Nouvel échec !

Au fur et à mesure que les négociations multilatérales s’enlisaient à l’OMC, les pays industrialisés entreprirent de négocier des accords commerciaux bilatéraux et régionaux avec les pays en développement dans l’espoir de faire passer par ce biais les mesures que les pays en développement rejetaient collectivement à l’OMC. Près de 200 accords commerciaux bilatéraux sont ainsi entrés en vigueur. La majorité sont des accords de libre-échange Nord-Sud où la raison du plus fort a généralement fait son œuvre.

Aujourd’hui, le système commercial mondial semble à la croisée des chemins. D’une part, l’OMC éprouve d’énormes difficultés à engendrer des accords : en effet comme l’a encore démontré la conférence ministérielle de Bali de décembre 2013, les Etats membres ont eu toutes les peines du monde à sauver les apparences en accouchant d’un accord a minima sur 10% de l’Agenda de Doha sur lequel on négocie en vain depuis plus de douze ans. D’autre part, de nouvelles négociations sont annoncées en matière d’accords bilatéraux et régionaux (entre l’Union européenne et les Etats-Unis ou entre les Etats-Unis et l’Asie-Pacifique) alors que d’autres restent bloqués par des divergences Nord-Sud tenaces comme la Zone de libre-échange des Amériques ou les accords de partenariat entre l’UE et ses anciennes colonies (les pays ACP). Enfin, des processus d’intégration régionale avancent lentement mais sûrement, comme l’ASEAN+3, le Mercosur ou la récente création d’une union douanière et monétaire par la Communauté des Etats d’Afrique de l’Est.

Derrière ces différents types d’intégration au commerce mondial se cache une question cruciale. La configuration qui finira par prendre le pas sur les autres définira en effet l’impact qu’aura le commerce sur le développement.

Source : article publié dans le magazine du CNCD-11.11.11 dlm, Demain le monde, n°23, janvier - février 2014.

Les droits humains d’abord !



Disciplinons les multinationales, refusons une justice qui les privilégie.
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