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R.D. Congo

Le défi d’organiser le secteur informel

Sabine Kakunga Sabine Kakunga
mars 2008

La République Démocratique du Congo (RDC) regorge d’énormes potentialités économiques dans divers domaines. Dans un contexte de conflit et de post-conflit, les autorités nationales ont depuis l’année 2001 pris des mesures visant à la relance de l’économie congolaise, notamment par la réforme des différents textes légaux et réglementaires.

Mais en RDC, les gens prennent leur destin en main par la pratique de la « débrouille » car ils ne reçoivent rien d’en haut, c’est-à-dire de l’État, pour résoudre les problèmes auxquels ils sont confrontés. Les gens se voient obligés d’inventer des solutions aux problèmes que pose la crise de l’État et ce dans tous les domaines de la vie : salaire, santé, éducation, …

À cet effet, le secteur informel, considéré autrefois comme souterrain, est remonté à la surface et a envahi en RDC tous les domaines de la vie socio-économique, publique et privée. Dans un pays où le taux d’emploi est inférieur à 5%, l’économie de la débrouille s’est logiquement généralisée.

Soutenu par l’opération 11.11.11, le projet de la Confédération des Syndicats Chrétiens (CSC) de Belgique avec son partenaire en République Démocratique du Congo à pour objectif de soutenir les travailleurs du secteur informel en les aidant à s’organiser. Ce programme est développé dans le contexte du partenariat entre la CSC-Belgique et la CSC-Congo pour encadrer et protéger les travailleurs de secteurs informels en vue d’améliorer leur condition de vie et de travail tout en renforçant leur représentation au sein de la Confédération syndicale du Congo.

Comment s’organise le soutien et la défense des travailleurs et travailleuses informels ?

Aborder le soutien et la défense des travailleur(e)s informels nécessitent non seulement de remonter aux conditions économiques et objectives de la société congolaise, mais aussi et surtout de saisir les réalités individuelles et collectives vécues par ces acteurs sociaux et les réactions de ces derniers face à leur difficile environnement socio-économique et politico-administratif.

Comme le souligne le vice-président de CSC en RDC : « Dans notre pays, même ceux qui ont un contrat de travail formel sont obligés d’avoir une activité informelle en plus pour nouer les deux bouts. L’informel, c’est la débrouille, la survie, pas de contrat de travail, pas d’horaire, pas de mutuelle de santé » [1].

Interpellé par le dynamisme des travailleurs du secteur informel et par le manque de structures d’encadrement, la CSC-Congo est allée à la rencontre de ces travailleur(es) de l’informel selon les métiers : travailleurs de petits commerces, cordonniers, transporteurs, maraîchères, etc., pour les sensibiliser au syndicalisme. Actuellement la CSC-Congo compte 200.000 membres dans l’informel dont 68 % sont des femmes. L’état des lieux effectué dans les différents secteurs d’activités a permis d’identifier les axes de travail sur lesquels est fondé le partenariat avec la CSC-Belgique. Ces axes sont : la sensibilisation et l’organisation des travailleurs, la formation des cadres et des délégués des différentes provinces, ainsi que des actions politiques et d’encadrement, notamment autour d’un projet de « contrat de travail des travailleurs de l’économie informelle ».

L’appui de la CSC-Belgique consiste également dans le soutien des salaires pour certains « permanents syndicaux », car il est impossible de faire tout le travail syndical de manière bénévole. Il leur faut également des moyens pour faire des échanges Sud-Sud. Les responsables de l’économie informelle sont ainsi allés à la rencontre de l’organisation syndicale CSTT du Togo pour voir comment les syndicalistes ont organisé les travailleurs de l’économie informelle là-bas. Les responsables congolais sont également venus en Belgique non pas pour s’imprégner de la théorie mais de la culture syndicale : comment organiser les réunions, comment rester attentif et disponible pour répondre aux besoins des travailleurs, quels services donner aux membres, quel syndicalisme pour la RDC ?

Le partenariat entre la CSC et son homologue congolaise n’est pas à sens unique. Le syndicalisme du Nord, habitué à s’occuper des travailleurs qui sont dans le cadre structuré comme celui de l’entreprise, peut s’inspirer du syndicalisme du sud où le formel et l’informel s’imbriquent, afin de pouvoir relever les défis d’organiser les travailleurs sans papiers, les nouvelles migrations, le travail au noir, etc.

Pour la CSC-Belgique, l’économie informelle est une vraie économie. Ne pas s’y intéresser, c’est faire une mauvaise analyse de la société dans les pays pauvres.

Le défi du syndicalisme des travailleurs de l’économie informelle

Les travailleurs de l’économie informelle ont déjà relevé une partie du défi.
Ils organisent déjà différents secteurs comme les cordonniers, les maraîchères, les chauffeurs pour le transport, … Ils sont membres de la CSC même s’ils n’en sont pas tous membres cotisants. Ces cotisations servent à différentes choses dont le soutien pour les membres qui n’ont plus les moyens de relancer leurs activités ou la mise en place d’un centre de santé, par exemple.

Le syndicalisme du secteur informel est différent, les négociations se font avec les responsables des villes pour par exemple avoir un lieu protégé pour les marchands, pour des sanitaires sur les marchés, etc.

Le syndicalisme, c’est aussi apprendre à faire des choix collectifs. Par exemple, les maraîchères ont décidé d’acheter des tuyaux d’arrosage en commun plutôt que de continuer à se fatiguer chacune avec son petit arrosoir personnel. Cela améliore au final les conditions de travail de chacune.

En définitive, l’adhésion syndicale a pour but de donner un appui aux travailleurs et de les aider à s’organiser pour améliorer leurs conditions de travail et de vie.

[1Gros plan sur Hilaire Mbuandi Ngoma (CSC-Congo. Propos recueillis par Natacha David, ITUC Press, le 25 janvier 2008.

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