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Quand solidarité et gestion environnementale se rencontrent

Les femmes « éco-solidaires »

David Gabriel David Gabriel Yaneth Fernandez Collado Yaneth Fernandez Collado
16 décembre 2010

Au Pérou, des femmes issues de milieux populaires s’organisent pour recycler les déchets et générer ainsi une nouvelle source de revenus. Le tout, selon les principes de l’économie solidaire.

Située dans les Andes, à près de 2 500 mètres d’altitude, Arequipa est la deuxième ville la plus peuplée du Pérou. Semblable à Bruxelles en termes de population, elle connaît de sérieux problèmes de gestion et traitement de ses déchets. Elle produit quelque 623 tonnes de résidus solides par jour. Ceux-ci, très souvent mélangés avec des résidus dangereux, s’accumulent dans des tas d’ordures « informels », des décharges à ciel ouvert polluant l’air, le sol et le sous-sol. En outre, elles attirent des personnes de faibles ressources économiques qui, dans des conditions de complète insalubrité et d’insécurité, se consacrent à la récupération.

Revenus complémentaires

Dans ce contexte, un groupe de femmes issu de Hunter, un quartier de la banlieue d’Arequipa, a pris l’initiative de mettre en place une petite unité de collecte, tri et vente de résidus solides [1]. Ces femmes gèrent un « comedor popular  » – une cantine – offrant chaque jour un repas équilibré à un prix modique. Comme les donations d’ingrédients sont parfois aléatoires, elles ont eu l’idée de générer une source de revenus complémentaires afin que leur cantine soit plus autonome.

L’ONG Autre Terre, invitée à soutenir et à développer au projet, est partie à la recherche d’un partenaire local pour appuyer ce groupe pilote ainsi que plusieurs autres de la région. C’est Cecycap, une ONG avec beaucoup d’expérience en termes d’organisation de groupes de base, qui a accepté de s’associer pour réaliser ce projet.

Sensibilisation, collecte, tri et vente

La collecte des déchets est une activité qui requiert un travail coordonné pour identifier et investir les bonnes zones d’intervention. Ce seront souvent des quartiers riches. Avant tout, un travail de sensibilisation au porte-à-porte est nécessaire. Pour ce faire, les travailleurs de Cecycap ont trouvé opportun d’associer de jeunes universitaires volontaires –issus d’une université locale –afin d’accompagner les groupes de femmes « éco-solidaires » dans ces quartiers plus riches, gardés (voire sécurisés par des grilles) et dont la population se compose de personnes de classes nettement supérieures. L’objectif est d’y expliquer l’importance de prendre l’habitude de séparer à domicile les déchets en deux catégories (organique et non organique) et le bénéfice qu’en retirent ces femmes, leur famille, leur organisation mais aussi l’environnement en général.

Une fois la sensibilisation réalisée, les femmes travaillent alors sans les jeunes volontaires et reviennent semaine après semaine collecter à domicile les résidus solides. Elles les entassent dans de petits camions qu’elles louent pour les conduire ensuite vers le lieu où elles les retrient collectivement. Pour cela, elles travaillent selon une classification rigoureuse (les papiers selon leur type, les plastiques selon leur qualité et leurs propriétés, les verres selon leurs couleurs, leurs tailles, etc.) permettant de retirer la plus grande valeur ajoutée possible lors de la vente. Ce processus de classification a fait l’objet de formations diverses et a permis de dresser un registre mensuel des produits triés, prêts pour la vente.

Pérou : Femmes « éco-soldiaires » en action . Pérou : Femmes « éco-soldiaires » en action (Crédit : © Autre Terre )

La vente des résidus triés est l’activité qui concentre le plus grand intérêt des membres des groupes. Elle passe d’abord par une identification des entreprises qui les recyclent ou les commercialisent. C’est avec celles qui offrent les meilleures conditions que se fait la vente collective.

Une des grandes richesses de cette initiative et de tout ce travail réalisé en commun est la répartition équitable des bénéfices entre les membres du groupe au prorata des jours travaillés et l’alimentation d’un fonds de solidarité destiné à des fins sociales. Cette répartition se fait lors de réunions mensuelles qui permettent aussi de mesurer le résultat des efforts fournis par le groupe.

Perspectives

L’objectif – prévu et quasiment atteint au bout de trois années de programme — est la formation de 12 groupes de collecte et de recyclage composés de 5-6 femmes, issus d’associations populaires et fonctionnant selon les principes de base de l’économie solidaire (coopération, autonomie de gestion, participation des membres aux décisions, élection des responsables à la majorité). Toutefois, pour les rendre plus fortes face aux municipalités et aux entreprises, Cecycap et Autre Terre ont accompagné la fédération de tous les groupes de femmes « éco-solidaires ». L’idée est qu’ils puissent s’organiser ensemble et que le cadre de la nouvelles association de second niveau qu’ils viennent de créer en ce mois de décembre 2010 puisse permettre à toutes ces femmes d’enclencher la vitesse supérieure.

Une des grandes richesses de cette initiative est la répartition équitable des bénéfices entre les membres du groupe

En effet, regroupées, elles seront plus solides pour se confronter aux municipalités et aux entreprises. Elles pourront également avancer dans la mise en place d’une unité de tri (voire de première transformation) et de vente commune qui leur permettra de valoriser au mieux et en plus grande quantité leurs marchandises.

Ces partenariats en cascade allant des acteurs et ONG d’appuis du Sud et du Nord jusqu’aux femmes gérant leurs micro-entreprises sociales sont les garants de la bonne marche de ce projet. C’est cette dynamique qui permet l’atteinte de résultats à des fins sociales, économiques et environnementales.

[1Ce sont les HEC de Liège (et en particulier l’OIC Horizon, composé d’étudiants) ainsi qu’un petit groupe d’enseignants d’une université d’Arequipa qui ont permis la mise en place de ce projet pilote avec ce premier groupe de femmes.

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