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Chronique Geostratego

Les leçons de la famine en Afrique de l’Est

Arnaud Zacharie Arnaud Zacharie
23 octobre 2011

Outre le conflit armé qui règne dans la région, la crise alimentaire en Afrique de l’Est comporte une série de causes globales, qui reflètent plusieurs défis de notre temps. Ce sont : la spéculation financière, les changements climatiques, les agrocarburants, la vente de terre et les grandes cultures d’exportation.

La crise alimentaire, qui a rendu 10 millions de personnes dépendantes de l’aide d’urgence pour survivre dans la Corne de l’Afrique, comporte clairement des causes locales. C’est en effet dans le sud de la Somalie, dans les zones contrôlées par les rebelles islamistes d’Al-Shabab, que la famine a atteint son paroxysme durant l’été 2011. Ainsi, le conflit armé en Somalie a non seulement exacerbé la famine, mais il a également rendu difficile l’acheminement de l’aide humanitaire d’urgence vers les populations locales. Toutefois, la crise alimentaire en Afrique de l’Est comporte une série de causes globales qui reflètent plusieurs défis actuels.

Spéculation financière et changements climatiques

D’une part, la spéculation financière a exacerbé la hausse des prix alimentaires, qui a atteint des sommets aussi bien sur les marchés internationaux que sur les marchés locaux d’Afrique de l’Est. Les marchés de matières premières, dont les marchés agricoles, sont en effet de plus en plus financiarisés. Les fonds d’investissement spéculent sur la base d’index rassemblant plusieurs types de matières premières et dont les volumes échangés sont passés de 13 à 320 milliards de dollars entre 2003 et 2010 [1]. La crise financière mondiale et la déprime des bourses ont incité les fonds spéculatifs à se ruer sur les « valeurs refuges » que sont devenues les matières premières agricoles, entraînant une hausse excessive des prix [2]. Le prix de la tonne de blé meunier a ainsi doublé entre l’été 2010 et l’été 2011, tout comme la tonne de riz, tandis que le prix du maïs a augmenté de 63 %. Sur les marchés locaux d’Afrique de l’Est, où les stocks alimentaires ont été réduits à néant par la sécheresse, l’impact a été d’autant plus marqué : en Somalie, les prix du sorgho et du maïs ont respectivement augmenté de 150 % et 200 % entre l’été 2010 et l’été 2011, au Kenya, le prix du maïs a doublé en un an, en Ethiopie, l’augmentation du prix du blé a augmenté de 76 % durant la même période [3].

D’autre part, les changements climatiques exacerbent les sécheresses et les problèmes d’accès à l’eau pour irriguer les sols. Ainsi, seul 1 % des terres sont irriguées en Afrique de l’Est, contre 10 % en moyenne en Afrique, ...

[1Capital flows to developing countries in a historical perspective : will the current boom end with a bust ?, Y. Akyüz, Research Paper 37, South Center, mars 2011, p. 14.

[2« El hambre cotiza en Bolsa », El País, 4 septembre 2011.

[3« UN : high food prices exacerbate crisis in drought-hit Horn of Africa », www.bernama.com, 11 août 2011.

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