×

Communiqué de presse

Les ministres parlent, le Congo saigne

Les organisations de défense des droits de l’homme et de coopération Nord-Sud ont dénoncé ce lundi par une action à Bruxelles le refus de l’Union européenne d’envoyer des troupes de maintien de la paix en République démocratique du Congo.

Aujourd’hui, un groupe d’ONG de défense des droits de l’homme et de coopération Nord-Sud ont dénoncé l’attitude des ministres des affaires étrangères de l’UE, fuyant leurs responsabilités face à la grave crise humanitaire que traverse la République démocratique du Congo, au moment où ces mêmes ministres discutent une fois de plus de la situation en RDC. Pour les deux coupoles d’ONG belges, le CNCD-11.11.11 et 11.11.11-KVNZB, cette action s’inscrit dans la foulée de la campagne lancée en novembre dernier et rappelant que «  Les Congolais de l’Est ont bien plus à perdre que leur épargne ».

« Certains leaders européens prétendent qu’il n’y a pas de crise urgente dans l’est du Congo, mais rien n’est plus éloigné de la vérité », souligne Lotte Leicht, Directeur UE de Human Rights Watch. « Plus d’un million de personnes ont été forcées de fuir et chaque jour qui passe, ce sont de nouveaux civils qui sont tués, de nouvelles femmes violées, de nouvelles maisons pillées et plus de gens qui sont forcés de quitter leur maison, terrorisés et sans aucune idée de l’endroit où aller pour garantir leur sécurité. Quel que soit le point d’analyse, on est forcé à conclure que ceci est une crise, mais les leaders européens pensent que ce genre d’horreurs dans l’Est du Congo sont acceptables et ne doivent pas amener à une intervention immédiate. »

« La réponse européenne à cette crise était un test de la véritable volonté de l’Europe de répondre aux pires crimes commis dans le monde, de protéger les plus vulnérables, mais tout ce que nous avons pu observer s’est limité à de la rhétorique, plutôt qu’à l’action », dénonce Elise Ford, directrice du bureau l’Oxfam auprès de l’UE.

De nombreux observateurs continuent à être très préoccupés par la menace que le conflit n’empire ou s’étende du Nord Kivu, région qui a deux fois la taille de la Belgique, vers le Sud Kivu voisin. Certains ont suggéré que le déploiement d’une force européenne pourrait ralentir ou même arrêter l’extension du conflit.

« Nous ne pensons pas que 1.500 Européens peuvent obtenir en trois mois ce que 14.000 casques bleus n’ont pas pu atteindre en près de dix ans », note Kris Berwouts, directeur d’Eurac, le Réseau européen pour l’Afrique centrale, « mais nous pensons qu’ils peuvent faire la différence en termes opérationnels, pour autant que leur déploiement soit effectué en coordination avec la MONUC, mais aussi en termes politiques. Ils auront en effet comme effet de rassurer la population congolaise (qui ne fait plus confiance à la MONUC) et auront un effet dissuasif sur les combattants. Si la communauté internationale n’intervient pas, nous risquons une ’somalisation’ du pays.  »

Pendant ce temps, les organisations actives sur le terrain continuent d’exprimer leur préoccupation à propos de la situation humanitaire et de l’absence de protection des civils vulnérable. Le fait que les médias ne se centrent plus sur la crise dans le Nord Kivu ne signifie pas que la crise humanitaire a pris fin. La crise en RDC est terrible et des centaines de milliers de gens sont déplacés à cause de la violence. Les organisations d’aide ont beaucoup de mal à atteindre ceux qui en ont le plus besoin. Les combats continuent entre les différentes factions, un grand nombre d’hommes armés continuent à parcourir la région, terrorisant les populations locales et des milliers de Congolais sont encore obligés, chaque jour, de fuir leur maison. Les gens ici ont absolument besoin d’être mieux protégés. C’est pourquoi il n’est plus temps d’attendre.

Lire aussi

Eurafrique : la menace migratoire imaginaire

Eurafrique : la menace migratoire imaginaire

La menace d’une ruée migratoire africaine vers l’Europe est un mythe. La fermeture des frontières et la fin de l’aide au développement réclamées par les adeptes du repli national-populiste sont des solutions contre-productives. Ce dont l’Europe a besoin (...)


  • Arnaud Zacharie

    4 mars 2019
  • Lire

Inscrivez-vous à notre Newsletter