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Introspectus

Les partenariats dans la coopération au développement

Stéphane Boulc’h Stéphane Boulc’h
12 novembre 2010

Le partenariat est une notion centrale de la coopération Nord-Sud. Pourtant, les conditions de ce que doit être un partenariat de qualité font
constamment débat, le concept ne cessant de se renouveler au gré des évolutions du secteur.

Le partenariat recouvre des pratiques très diverses. En fonction
des contextes et des acteurs en présence, de leur sensibilité,
des objectifs de leur collaboration, il pourra être conçu,
expliqué et utilisé de maintes façons. D’autant qu’il se
construit à plusieurs, qu’il est le résultat d’interactions et de
négociations constantes. C’est une relation par essence
vivante et complexe.

Qu’est-ce que le partenariat ?

En simplifiant, on pourra le décrire comme une association
entre différents acteurs pour concevoir et réaliser ensemble
des activités de coopération.
Dans le langage courant, le terme fait implicitement référence
à une relation construite entre des intervenants des
deux hémisphères, mais on verra plus loin, que dans la pratique,
ce n’est plus uniquement le cas. Cela variera en fonction
du domaine d’intervention concerné, mais le partenariat
peut se justifier par le fait que les acteurs cherchent à compléter
leurs capacités ou leurs compétences sociales, professionnelles
ou techniques. Ce renforcement peut être entendu comme réciproque mais le partenariat est souvent encore conçu comme une opportunité de transférer des aptitudes d’un partenaire à l’autre.

Le partenariat est souvent motivé par l’accès qu’il procure à
des services d’appui et de financement (parfois à des réseaux
de relations). Car nombre de pourvoyeurs d’aide ne l’accordent
plus qu’à des initiatives impliquant un partenariat. De nombreux acteurs de la solidarité internationale ne peuvent directement bénéficier de ces opportunités qu’en s’associant à un tiers.

Dans les années 50 et 60, « l’expertise » des donateurs du Nord étaient inculquée à des « bénéficiaires » du Sud censés progresser vers les modèles socio-économiques occidentaux.

Réaliser un projet à plusieurs implique au préalable de parvenir
à s’entendre sur un socle de motivations et des règles
de travail et de comportement qui concilient équitablement
les intérêts et priorités de chacun. Ce qui suppose idéalement
d’être en mesure de créer et de cultiver un climat de
collaboration basé sur la confiance, le respect et la reconnaissance
de l’identité et des valeurs de l’autre. Cela requiert
bien sûr des dispositions à l’écoute. Mais la bonne volonté et
l’ouverture d’esprit des parties doivent bien sûr composer
avec une multitude de contraintes liées aux contextes politiques,
sociaux et économiques ou découlant des conceptions
de l’aide qui régentent la coopération.

De l’assisté au partenaire

Dans les années 50 et 60, « l’expertise » des donateurs du
Nord étaient inculquée à des « bénéficiaires » du Sud censés
progresser vers les modèles socio-économiques occidentaux.
À partir de la décennie suivante, l’idée d’une collaboration
et d’un apprentissage mutuel s’installe peu à peu.

L’expérience a montré que les projets ne peuvent engendrer
d’améliorations profondes et durables que si les populations
peuvent se les approprier, y projeter leurs propres aspirations.
On ne se départ pas tout à fait de l’idée d’une prééminence
du savoir du Nord, mais les connaissances traditionnelles
et les compétences locales commencent à être
reconnues et mises à profit. Néanmoins, les coopérants
volontaires du Nord continuent à piloter les projets et les
collaborateurs locaux restent pour la plupart confinés à des
rôles subordonnés.

Ce n’est qu’à partir des années 90 que les organisations du
Sud sont promues au rang de « partenaires ». Ceux-ci demeurent « accompagnés », mais sont davantage impliqués dans
la définition des priorités à rencontrer, la conception et la
mise en oeuvre des programmes de développement. La mondialisation
impose la création de relations plus stratégiques.
Les projets sont pensés sur de plus
longs termes, comme des processus.

Les coopérants sont moins nombreux
et leurs fonctions évoluent vers celles
d’agents de liaison. Davantage viennent
du Sud.

L’intention des partenariats n’est plus de transférer des savoir-faire techniques, mais également de renforcer les capacités organisationnelles et stratégiques d’organisations de sociétés civiles

L’intention des partenariats n’est plus de transférer des savoir-faire techniques, mais également de renforcer les capacités organisationnelles et stratégiques d’organisations de sociétés civiles qui sont amenées à endosser de plus en
plus de responsabilités au service de leurs bases.

Cela les incite à acquérir davantage de capacités pour monter
et mettre en oeuvre des programmes à l’échelle régionale
en reliant différentes actions et différentes catégories d’acteurs.
Le secteur associatif du Sud revendique davantage
d’autonomie dans la gestion de ses initiatives et la possibilité
de cultiver des relations moins exclusives, plus diversifiées
et plus ouvertes aux opportunités offertes à diverses échelles
par les réseaux. Elles s’efforcent de devenir moins dépendantes
des aides financières extérieures, diversifient leurs
partenariats et leurs bailleurs de fonds. Ce faisant, elles
se structurent rapidement, et certaines parviennent à concurrencer
leurs anciens « mentors » du Nord sur le plan de
l’influence ou de la maîtrise des méthodes et techniques
de développement.

Vers le multi-partenariat

Le rôle des ONG du Nord est donc remis en question…
D’autant que d’autres acteurs affirment plus ouvertement
leur engagement dans la solidarité internationale : les syndicats,
les villes, les migrants, les écoles et universités, les
entreprises privées, etc.

Des organisations du Sud commencent à diriger leurs stratégies
de recherche de soutien et d’influence elles-mêmes vers
le Nord et les instances internationales, sans recourir à l’intercession
d’un partenaire.

En outre, les chantiers investis (les processus de décentralisation
de l’État, la gestion des ressources naturelles…)
appellent des logiques d’intervention plus partagées et la
mise en place de dispositifs complexes de concertation impliquant
acteurs associatifs, publics et économiques. Les
approches multi-acteurs apparaissant de plus en plus comme
une nécessité… [1]

L’ensemble de ces tendances appelle le développement de
réseaux capables de construire des analyses et des positions
communes, d’adopter des stratégies d’actions concertées
fondées sur le partage d’expériences et d’opinions émanant
du monde entier. Tendance que l’expansion des technologies
Internet amplifie.

Le partenariat comme un moyen

de cultiver la complémentarité
Fondamentalement, sur tous les plans de la géopolitique
contemporaine, les rapports de pouvoir entre les deux hémisphères
restent déséquilibrés. Les rapports de partenariat
s’en ressentent forcément ; ce qui ajoute aux difficultés que
la conciliation d’intérêts et de perceptions hétéroclites
autour d’une seule initiative entraîne inévitablement. Les rapports
de forces sont inéluctables du seul fait que l’accès aux
ressources et aux outils d’émancipation est inéquitable.
Aussi, il n’est pas étonnant que les principes de bénéfices
mutuels équitables ne soient pas toujours aussi prégnants en
pratique que l’ont pourrait l’espérer.

Néanmoins, le recours au partenariat est devenu incontournable
et le partenaire a gagné en respect, en intégrité et ne
cesse de fortifier son influence. La qualité d’une relation
entre partenaires d’une initiative de développement est jugée
déterminante pour sa réussite. À tel point qu’avant d’accorder
des subventions, la plupart des bailleurs de fonds exigent
des garanties sur ce plan.

Ce n’est pas parce qu’on est plusieurs qu’on est forcément
meilleur et plus efficace, mais cinq décennies de coopération
auront tout de même démontré que cela stimule la créativité,
aiguise l’acuité des analyses, améliore la compréhension
entre cultures. Ainsi, c’est aussi un instrument de sensibilisation
et d’ouverture d’esprit. Au Nord, on s’appuie sur les
partenariats pour mobiliser l’opinion autour d’enjeux du
développement. Parce qu’il contribue à la valorisation des
compétences des intervenants, le simple fait
de conclure un partenariat est un acte qui
contribue au développement d’un pays.

Chaque partenaire y puise un argument de
reconnaissance et de légitimité supplémentaire
vis-à-vis de ses interlocuteurs ; cela le
fortifie institutionnellement et politiquement,
mais cela le protège aussi dans une certaine mesure.
La pratique du partenariat a amené des changements dans
les mentalités des acteurs de la solidarité internationale.
Désormais, plus qu’auparavant, le renforcement des capacités
induit la création mutuelle de connaissances, au point
que le partenaire du Sud apparaît même comme devant être
impliqué dans la gestion des connaissances des ONG du
Nord. On admet plus volontiers que c’est par l’interaction
que le renforcement s’acquiert.

Ces progrès sont fragiles et constamment remis en cause et
il ne faut pas oublier qu’on ne part pas tous avec les mêmes
avantages et que les besoins des plus pauvres doivent passer
en priorité, mais il est encore permis de rêver que si
la tendance se renforce les deux hémisphères tireront
enfin véritablement un bénéfice réciproque de la coopération
au développement.

[1Le dernier numéro de la revue « Les Échos du COTA » (n°128, sept. 2010) est justement consacré à la gestion des programmes multi-acteurs.

Source : article publié dans dlm // demain le monde, n°4, novembre-décembre 2010 // www.cncd.be/dlm

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