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Burundi

Lutter contre le sida dans les régions rurales burundaises

Au Burundi comme en de nombreux pays, les régions rurales sont les plus pauvres et les plus défavorisées. C’est dans ces localités où le SIDA ne cessait de gagner du terrain qu’a choisi de s’investir l’ONG Solidarité Protestante pour mener des actions et porter un plaidoyer qui, au fil des ans, permettent un accès progressif des personnes nécessiteuses aux soins de santé.

« Au Burundi, moins d’une personne sur cinq a accès aux soins de santé. » [1] C’est par ce constat catastrophique que démarre notre rencontre avec Pierre Niyonkuru et Charles Karenzo, de la Communauté des Eglises Protestantes du Burundi (CEPBU), association partenaire de Solidarité Protestante pour le programme multilatéral de lutte contre le SIDA.

La grande pauvreté dans les campagnes

Si le Burundi vit depuis le 11 janvier 2007 une période de pluies torrentielles qui ont occasionné plusieurs morts et des milliers de sans-abris, en avril 2006, c’est une grave famine - passée sous silence par les médias européens - qui sévissait dans le Nord-Est du pays. Les pluies attendues pour septembre 2005 ne sont arrivées que fin février 2006. Or le Burundi est un petit pays très peuplé, où 94% de la population vit de l’agriculture.

Le déficit alimentaire est de plus en plus grave, nous explique Charles. Les terres ne sont plus fertiles car cette seule source de revenus pour la population est épuisée et les effets environnementaux sont de plus en plus graves. “Faute de céréales, de fruits, de viande, les gens commencent à consommer des herbes. Les vieux, les enfants et les femmes sont les plus touchés. C’est une des conséquences de la guerre aussi : l’environnement a été saccagé, le petit et le gros bétail détruits. C’est la famine, mais il faut penser à l’avenir, à semer pour que lors des prochaines pluies les pousses lèvent. Mais les gens quittent, et ceux qui restent sont contraints de vendre leurs tôles de toiture, leurs vêtements, leurs ustensiles de cuisine... Ils vendent à bas prix à des petits négociants qui vont aller revendre ces objets dans les pays voisins, à bas prix, pour permettre un approvisionnement minimum en denrées alimentaires.

Le processus de reconstruction est enclenché, non sans difficultés

Le Burundi, petit pays enclavé en Afrique Centrale, sort d’une guerre longue d’une douzaine d’années. Ayant achevé sa période de transition et son processus électoral en été 2005, c’est aujourd’hui un pays en pleine reconstruction, avec à sa tête, de nouveaux dirigeants élus démocratiquement.

La coopération bilatérale et multilatérale a repris, le Burundi se positionnant au niveau international comme un “bon élève” désireux de se reconstruire et de se développer. Même si les cheminements sont à distinguer en bien des aspects, le Burundi affiche une tendance à suivre le modèle rwandais : un régime prônant un changement radical, prônant la mise en oeuvre de politiques sectorielles – notamment de politiques sociales d’éducation et de santé -, impliquant au besoin la mise en oeuvre de mesures drastiques, parfois décriées par les contre-pouvoirs et la presse qui se retrouve en position pour le moins délicate.
Mais malgré cette bonne volonté, il s’avère que l’Etat n’a pas toujours les moyens de ses politiques. Ainsi, alors que les Burundais alphabétisés (âgés de plus de 15 ans et qui savent lire et écrire) dépassent à peine la moitié de la population, lorsque le gouvernement annonce l’éducation primaire gratuite pour tous, ce sont énormément d’enfants qui affluent dans les écoles par rapport aux capacités effectives d’enseignement (nombre d’enseignants, pupitres, tableaux,...).

Par ailleurs, les difficultés pratiques rencontrées restent quotidiennes : manque d’électrification, infrastructures détruites suite à la guerre (une seule route est macadamisée : celle faisant la liaison Kigali-Bujumbura),... Les conditions de vie des Burundais restent alarmantes en bien des endroits, notamment en régions rurales. L’espérance de vie à la naissance en 2006 ne dépassait pas 50 ans et 68% de la population vivait sous le seuil de pauvreté.

Le pays est très peuplé et a absorbé des mouvements de population du Rwanda et de Tanzanie. La densité de population y est donc très élevée, ce qui n’aide en rien à résoudre les problèmes alimentaires et sanitaires.

L’accès à la santé et la lutte contre le SIDA

C’est dans ce contexte de misère que se propage la pandémie du SIDA. Le taux de prévalence atteignait 6% de la population adulte en 2006 (pour comparaison, en Belgique il est de 0.2%).

La pauvreté oblige les situations de débrouille quotidienne, la promiscuité due à la densité de population et l’analphabétisme favorisent la propagation.

C’est pour pallier au manque d’information et de compréhension sur les modes de contamination que la CEPBU, qui touche plus de 10% de la population, travaille depuis 1983 le volet prévention (éducation, information, communication, organisation de formations de leaders des différentes communautés qui vont faire de la sensibilisation sur les modes de contamination, colline par colline).

Une stratégie d’action a ensuite été développée avec Solidarité Protestante, qui voit certainement dans l’ampleur de l’association et son implication sur tout le territoire un atout de partenariat. Le programme d’actions s’articule en trois volets : la sensibilisation, la prise en charge et le renforcement des capacités.

Aujourd’hui au Burundi, “plus personne ne peut vraiment affirmer qu’il ne sait pas ce qu’est le SIDA, partout le long des routes, ce sont des panneaux, la question n’est plus vraiment tabou, il y a des émissions radio,...” m’explique Charles. “Mais la sensibilisation doit continuer, surtout parmi les 15 à 49 ans, et pour des groupes spécifiques jugés à haut risque : les élèves, les enfants non scolarisés, les professionnelles du sexe, les chauffeurs et les militaires.

Le volet prise en charge concerne principalement les personnes dont le test HIV est positif et leur famille : dépistage HIV volontaire et anonyme, propositions de traitement, traitement des maladies opportunistes, soutien socio-économique et psychologique. “Le SIDA étant encore perçu comme un mal “honteux” m’explique Charles. Les promoteurs du projet incitent les malades à constituer de petites associations de solidarité et d’entraide, impliquées dans diverses activités générant des revenus (élevage de petit bétail, petits crédits pour mettre en œuvre une activité, cultiver,...). Les objectifs sont de les aider à “retrouver l’intégrité et le bien-être et réduire le stigmate grâce à l’activité”.

Enfin, le volet renforcement des capacités consiste en un appui et un encadrement des associations de personnes infectées, mais surtout en la formation de personnel médical (infirmiers et laborantins) et en formations en soins de base à domicile.

De l’espoir

En synergie avec d’autres ONG locales et internationales, Solidarité Protestante et ses partenaires ont développé un plaidoyer pour l’accès aux médicaments.

La grande avancée est la mise à disposition des ARV (traitement anti-rétro-viral) en collaboration avec les autorités sanitaires locales et d’autres bailleurs de fonds, notamment la Banque Mondiale. Une avancée notoire puisque les thérapies coûtent cher pour les populations qui peinent à se nourrir au quotidien.

Avec la création du fonds mondial pour la lutte contre le SIDA de la Banque Mondiale, les Anti Rétro-Viraux doivent en principe être disponibles pour 12.500 personnes au Burundi. En 2006, seul un tiers des personnes les recevaient. La vigilance reste donc de mise afin d’assurer une avancée dans la lutte contre le SIDA.

Le bilan de Solidarité Protestante, à presque mi parcours du programme, est encourageant : “Le soutien aux associations de personnes affectées par le VIH-SIDA tant sur le plan économique que social est de plus en plus significatif. L’appui permet de financer des activités génératrices de revenus, la scolarisation des enfants, ... Les campagnes de sensibilisation portent également leurs fruits ; les personnes infectées participent activement dans les activités, le dépistage peut se faire de manière plus ouverte et les groupes de paroles se multiplient.

D’une manière générale, la lutte contre le SIDA s’organise et se structure, les sources de financement se multiplient et permettent une intensification des activités dans les différents volets. Reste alors l’assurance d’un accès à un traitement par ARV pour tous les malades, notamment les plus démunis, ce qui passe par des mesures plus ambitieuses.

[1Propos recueillis à Bruxelles en avril 2006.

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