Mali : la santé pour tous
Association de veuves mutualistes
© Didier Cornet

Mali : la santé pour tous

Noués en 2002, les liens de partenariat qui unissent la Mutualité chrétienne du Hainaut oriental et l’Union technique de la mutualité malienne ne cessent de se renforcer, grâce à la qualité et la vigueur du partenaire malien, et au soutien de nombreux mutualistes belges et de l’Opération 11.11.11.

Formation de mutualistes
Formation de mutualistes

Au Mali, un des pays les plus pauvres d’Afrique de l’Ouest, la situation en matière de santé est très précaire. Secteurs public, privé, traditionnel et communautaire coexistent et proposent une offre de soins très inégale à la population. Malgré le développement d’un vaste réseau de centres de santé, l’utilisation des services de santé demeure très faible. La moyenne nationale de fréquentation équivaut à une visite au centre de santé moins d’une fois tous les trois ans. « Quand le Belge consulte pour la 35e fois, le Malien se rendra pour la première fois chez le médecin », expliquait il y a quelques années Babassa Djikiné, président de l’Union technique de la mutualité malienne (UTM). Les malades consultent tardivement par peur du coût, mais le diagnostic se révèle souvent d’autant plus grave et les frais plus élevés.

Quand le Belge consulte pour la 35e fois, le Malien se rendra pour la première fois chez le médecin

Dans ce contexte difficile d’accès aux soins, le gouvernement est en train de mettre en place un système d’assurance soins de santé obligatoire pour les employés de l’Etat et du secteur privé et un régime d’assistance médicale pour les indigents. Mais, même avec ces deux systèmes, près de 80% des Maliens – travaillant dans le secteur informel - seront encore privés de couverture santé. C’est là qu’interviennent les mutuelles [1].

Développement mutualiste

« L’essor de la mutualité est un phénomène très récent  », nous explique Seydou Ouattara, responsable de l’UTM pour la région de Ségou. « Il s’inscrit dans un vaste programme de développement socio-sanitaire. Avec toute son expertise, l’UTM est devenue une structure de référence nationale. »

L’UTM est née en 1998, avec comme objectif de favoriser la création de mutuelles de santé dans tout le Mali, pour permettre à la population d’accéder aux soins de santé devenus payants suite aux plans d’ajustement structurel imposés par le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale. Pour y parvenir, elle a privilégié deux axes de travail : la promotion des mutuelles en milieu rural et la mise en place d’une plate-forme commune de gestion pour les prestations santé des mutuelles urbaines.

Malgré une expansion importante, les mutuelles couvrent à peine 1,7% de la population, soit environ 215 000 bénéficiaires sur plus de 14 millions d’habitants. Si les raisons sont multiples, notons toutefois que bon nombre de personnes ont plus spontanément recours à des remèdes traditionnels moins coûteux. La cotisation régulière demandée aux mutualistes – la base du système - n’a évidemment pas de contrepartie immédiate. Il s’agit donc d’une petite révolution, un acte de confiance et de prévoyance auquel peu sont habitués.

Partenariat

Située entre Tombouctou et Bamako, la région de Ségou couvre un territoire vaste comme deux fois la Belgique. On y compte un médecin pour 20 000 habitants et une sage-femme pour 40 000 habitants, dans un contexte où le nombre d’enfants par femme est en moyenne de sept.

L’UTM a créé dans cette région une antenne administrative. Pour diversifier ses partenaires, elle est venue frapper à la porte des Mutualités chrétiennes. Celles-ci ont mis l’UTM en contact avec Solidarité mondiale, l’ONG du Mouvement ouvrier chrétien (MOC), pour obtenir le financement de cette représentation régionale, et la Mutualité chrétienne du Hainaut oriental (MCHO) a établi un partenariat direct et stratégique avec l’UTM Ségou. Celui-ci a pour objectif prioritaire d’appuyer la création et le fonctionnement de mutuelles de santé. Les actions sont de plusieurs ordres : aide au financement de mobilier et d’équipement, organisation de formations en matière de gestion et de recouvrement des cotisations, campagnes de sensibilisation grâce à l’embauche d’animateurs. Pour mener à bien le programme, la MCHO a mis sur pied un comité de partenariat international composé de volontaires, essentiellement des membres de son personnel. Le programme est piloté à partir de 3 axes : le suivi du projet au Mali, la sensibilisation en Belgique et la récolte de fonds. Notons que sur ce dernier axe, près de 400 personnes ont souscrit une adhésion de soutien à la mutualité malienne (10€/an).

Formation de mutualistes
Formation de mutualistes

Aujourd’hui, après plusieurs années de programme, « Ségou dégage une bonne image et se classe troisième en dynamique mutualiste après Bamako et Sikasso même si elle n’y a été lancée qu’en 2002 », nous explique le directeur général de l’UTM, Issa Sissouma. « Cette dynamique prouve à suffisance que les Ségoviens ont cru et approuvé la mission des mutuelles de santé. Le mouvement mutualiste est une œuvre de longue haleine à laquelle les partenaires belges se sont inscrits. Et aujourd’hui, la stratégie globale de l’UTM a changé avec l’expérience de Ségou. »

M. Sissouma n’est pas le seul à dresser un bilan positif du partenariat. Didier Cornet, de la mutualité d’Anderlues, affirme avec enthousiasme que «  nous assistons ici à la genèse du mouvement mutualiste malien, un retour aux sources interpellant pour ceux qui ont toujours baigné dans l’Etat providence et les mutualités institutionnalisées  ». Il conclut par un message aux membres de sa mutualité : « N’oubliez pas que ce que vous avez aujourd’hui, vos ancêtres se sont battus pour l’avoir. Il y a un esprit de fondation et de solidarité à retrouver chez nous. C’est un combat de tous les jours pour éviter le repli sur soi ».

[1Une mutuelle de santé est une association à but non lucratif, basée sur les principes de solidarité et d’entraide entre des personnes qui y adhèrent de façon libre et volontaire. Son objectif principal est de mener, au moyen des cotisations des membres et à leur profit, des actions de prévoyance dans le domaine de la santé. Les membres versent des cotisations qui ne sont pas liées à leur risque personnel de tomber malade. Grâce aux cotisations, la mutuelle garantit à ses membres le paiement (ou le remboursement) de tout ou partie du coût de leurs soins de santé.

Source : article publié dans dlm // demain le monde, n°6, mars-avril 2011 // www.cncd.be/dlm

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