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Marion Cotillard au Congo, ou le pillage des forêts congolaises

Véronique Rigot Véronique Rigot
20 juin 2011

En juin dernier, Marion Cotillard livrait son carnet de voyage en République démocratique du Congo. De ce voyage, elle est rentrée avec le même constat que celui dressé par le Réseau ressources naturelles congolais : les forêts sont pillées par les grandes entreprises étrangères qui nient les populations locales et les lois.

Le CNCD-11.11.11 publie une étude qui fait le point.

« Une nouvelle journée au Congo commence, et comme d’habitude les enfants nous accompagnent. Nous nous dirigeons maintenant vers un chantier qui appartient à une compagnie industrielle européenne, la Sodefor. En chemin, nous rencontrons Roger, représentant de la société civile.  » Roger explique à Marion Cotillard, la célèbre actrice française qui a accompagné Greenpeace sur place, que les entreprises ne respectent pas les règlementations, elles offrent un peu de sel, du savon, et quelques bières en échange d’une exploitation pendant plusieurs années de leurs forêts. Lorsque la population locale conteste, la police intervient, parfois durement. « Raoul me confirme que suite à une manifestation, des villageois ont été emmenés à 400km de là et emprisonnés plusieurs jours. L’un d’eux est mort à sa sortie de prison, suite aux mauvais traitements et au manque de soins. »

En République démocratique du Congo, les forêts couvrent une grande partie du territoire. Plus de 2/3 de la population congolaise y vivent. « Pour manger, pour se soigner, pour leur vie de tous les jours, les Congolais dépendent étroitement de la biodiversité de la forêt  », explique Marion Cotillard. Tous les jours, les Congolais y récoltent en effet le nécessaire pour leur alimentation (fruits, racines,…), pour leur énergie (bois de chauffe), pour leur santé (plantes médicinales), ou encore pour leur matériel de construction.

Si les forêts sont une ressource pour la population congolaise, elles le sont aussi pour l’Etat congolais qui, depuis des décennies, a attribué des titres d’exploitation à de grandes entreprises étrangères. Quel bilan tirer de cette exploitation industrielle ? « C’est un arbre centenaire, qui a été abattu en dix minutes, qui va être découpé pour n’en garder qu’un dixième, qui sera vendu. Et mes impressions ne sont vraiment pas bonnes…  », explique Marion Cotillard, juste après un abattage . Les grandes entreprises coupent en effet les espèces les plus précieuses. Elles les exportent ensuite directement vers l’Europe –et l’Asie, dans une moindre mesure—, en négligeant de payer les redevances dues. Elles n’engagent que très peu de Congolais, et in fine, l’exploitation ne contribue que très peu au développement local.

Mais le tableau est encore plus sombre : acquisitions de nouveaux titres d’exploitation en période de moratoire, infractions au Code forestier, contrats léonins avec les communautés locales, promesses à la population non honorées, intimidations, arrestations et mauvais traitements réservés aux communautés locales qui dénoncent le non-respect des engagements… Plusieurs grandes entreprises européennes, dont la Sodefor et la Siforco, entretiennent des conflits sociaux et profitent depuis des années des faiblesses de l’Etat, dans le déni total du bien-être de la population et des normes en vigueur.

Le Réseau ressources naturelles (RRN – RDC) est un réseau actif dans le plaidoyer et la sensibilisation pour une gestion raisonnable et durable des ressources minières, forestières et énergétiques. Ce partenaire du CNCD-11.11.11 dénonce les comportements de ces entreprises européennes qui, sur leur site internet, se vantent pourtant de mener des politiques sociales et environnementales exemplaires. « Il faudrait vivre les réalités du terrain ! », s’exclame Joseph Bobia, coordinateur national du RRN - RDC.

En cette année 2011, année internationale des forêts, et en particulier dans le cadre du réseau européen pour une gestion durable des ressources naturelles « Une seule planète » (www.uneseuleplanete.org), le CNCD-11.11.11 publie une étude qui fait le point sur les enjeux d’une gestion raisonnable et durable des forêts et porte les recommandations des sociétés civiles congolaise et européenne à nos responsables politiques. « Nous sommes tous concernés par le pillage des forêts du Congo, conclut Marion Cotillard, nous devons aider financièrement les Congolais à protéger leurs forêts naturelles pour garantir à ces populations un vrai développement, et aussi pour lutter contre les changements climatiques ».

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Qui ? Véronique Rigot
Adresse Quai du Commerce 9, 1000 Bruxelles
Téléphone +32 (0)2 250 12 50

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