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Migrations / Europe, réveille-toi !

Arnaud Zacharie Arnaud Zacharie Malou Gay Malou Gay
8 septembre 2015

Les chiffres sont là, implacables : de plus en plus de réfugiés arrivent en Europe ces dernières semaines. Rien que pour le mois de juillet, au moins 107 500 personnes sont parvenues aux frontières de l’Union européenne, dont près de 50 000 personnes sont arrivées en Grèce par la mer, la plupart après avoir fui le conflit en Syrie. En Belgique aussi, l’augmentation s’est faite ressentir et près de 3 000 demandes d’asile ont été enregistrées en juillet.

Et cela risque de ne pas cesser de sitôt. Pourquoi ? Parce que la plupart de ces personnes viennent de pays en guerre : la Syrie, l’Irak, l’Afghanistan, la Somalie, l’Erythrée. Ce sont des femmes, des hommes et des enfants qui fuient les conflits et les persécutions. Ils viennent en Europe, le plus souvent au péril de leur vie, pour chercher une protection. En vertu de la Convention de Genève et de la réglementation européenne, ces personnes doivent être accueillies dignement, elles doivent pouvoir déposer une demande d’asile et être protégées si elles remplissent les critères pour obtenir le statut de réfugié ou de protection subsidiaire. Donc, la toute grande majorité des personnes qui arrivent en Europe actuellement sont des personnes qui doivent être accueillies et protégées par les pays européens, conformément à leurs engagements internationaux.

Les réfugiés qui arrivent en Europe sont nombreux, oui. Mais, contrairement à une idée fausse, la plupart ne viennent pas en Europe : 86% des 19,5 millions de réfugiés dans le monde en 2014 ont été accueillis par des pays en développement. Le Liban et la Turquie accueillent par exemple chacun plus de 1,5 millions de réfugiés. Or, face aux réfugiés qui arrivent à ses portes, que fait l’Europe ? Elle peine à s’accorder sur la relocalisation de 40 000 réfugiés sur deux ans dans les différents États membres pour soulager la Grèce et l’Italie, qui voient la toute grande partie des migrants arriver sur leurs côtes. Un chiffre de surcroît devenu dérisoire quand on sait qu’ils sont 70.000 à avoir atteint ces côtes en juillet et que la Commission propose désormais un plan pour accueillir 120.000 réfugiés.Certains pays d’Europe de l’Est ont, eux, carrément décidé de refuser d’accueillir les réfugiés ou d’ériger des murs. Les populismes et les attitudes xénophobes ressurgissent, ici et là, quand il s’agit d’héberger les demandeurs d’asile dans les villes et villages.

Europe, réveille-toi ! L’heure n’est plus à la discussion sur la relocalisation non-obligatoire de quelques milliers de réfugiés. Et ériger des murs pour tenter d’empêcher les flux migratoires est un leurre. Les migrants, forcés de fuir des situations insoutenables, trouveront toujours d’autres routes, même plus dangereuses, pour rejoindre l’Europe.

La situation appelle une réponse forte de tous les pays européens. L’Europe a le devoir légal et moral d’accueillir ces réfugiés. Il en va de sa légitimité en tant qu’acteur sur la scène internationale, il en va des droits humains et des valeurs de dignité humaine, de liberté, d’égalité et de solidarité sur lesquels elle s’est fondée et qu’elle prétend défendre. À l’instar de l’Allemagne, les États membres gagneraient à voir les migrations comme une opportunité et non comme une menace.

Des solutions immédiates existent. L’une d’elles serait l’activation de la Directive européenne sur la protection temporaire.

Des solutions immédiates existent. L’une d’elles serait l’activation de la Directive européenne sur la protection temporaire. Cette directive met en place un dispositif exceptionnel dans les cas d’arrivée massive dans l’Union européenne de ressortissants étrangers qui ne peuvent pas rentrer dans leur pays, notamment en raison d’une guerre, de violences ou de violations des droits humains. Elle permettrait de répartir de manière équitable l’ensemble des demandeurs d’asile sur tout le territoire de l’Union européenne et de leur donner rapidement et temporairement un statut de protection. Une directive qui n’a jamais été activée par manque de volonté politique.

Parallèlement, il s’agirait pour l’Union européenne de se prononcer pour la fin de la répartition des demandeurs d’asile selon les critères du Règlement Dublin (prévoyant que le premier pays d’entrée en Europe est responsable d’examiner la demande d’asile) qui a fait la preuve de son inefficacité et de son inutilité.

Enfin, plutôt que de couper dans les budgets d’aide au développement et de se barricader derrière des forteresses sans cesse plus coûteuses, l’Europe ferait mieux de mobiliser les moyens nécessaires pour garantir la paix et le développement dans les pays en développement.

Aujourd’hui, l’Europe ne peut plus faire semblant de ne pas voir ce qui se passe à ses portes et sur son territoire. Il est urgent que les États membre réagissent collectivement et prennent enfin leurs responsabilités.

Source : carte blanche publiée sur RTBF.be le 7 septembre 2015.

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