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Mobilisation paysanne en Colombie : Les accords de libre-échange sur le grill

Stephane Compère Stephane Compère
5 septembre 2013

Depuis une quinzaine de jours, le secteur paysan est en ébullition en Colombie. Mobilisations, grèves, blocages de routes se sont multipliés dans tout le pays. Partie des campagnes, la contestation a investi les villes et s’est étendue à d’autres secteurs comme celui de la santé, des indigènes et des étudiants, transporteurs…). Le gouvernement du président Santos y a répondu par une répression parfois brutale, une présence policière renforcée dans les villes, et a cherché à criminaliser et diviser les contestataires. Il lui aura fallu plus de 10 jours pour reconnaître l’ampleur du problème. Et si des accords partiels ont été signés avec une partie des manifestants, il sera très compliqué de remédier par des mesures de court terme à plus de 40 ans d’abandon du secteur rural et paysan en Colombie.

Les producteurs de lait, café, fruits et légumes,… sont les secteurs les plus touchés. Ils sont confrontés à une perte de leurs revenus, à une concurrence parfois déloyale et à un manque de réelle politique de développement dans les campagnes au profit des petits producteurs. Là où certains dénoncent un manque d’accès au crédit pour les petits producteurs, un coût du transport élevé, une capture par des intermédiaires des bénéfices issus des améliorations de la production agricole, un coût élevés des fertilisants,… d’autres pointent du doigt des causes plus systémiques : une politique de production agricole en faveur des grands producteurs axée sur l’exportation, une politique d’ouverture commerciale particulièrement néfaste aux petits producteurs, un contrôle des semences agricoles ou encore une expropriation des petits paysans de leurs terres, etc.

Les manifestants dénoncent particulièrement les nombreux accords de libre-échange signés et promus par les derniers gouvernements, notamment l’accord avec le États-Unis en vigueur depuis plus d’un an et celui en cours de ratification (mais qui est déjà entré en application provisoire depuis le 1e août de cette année) avec l’Union européenne (UE). Les organisations paysannes dénoncent l’arrivée massive de produits bon marchés ou subventionnés auxquels ils ne peuvent faire face. Par exemple, en 2011, la Colombie importait 5 000 tonnes de riz des Etats-Unis. Un an après la signature de l’accord, la quantité importée passera à 98 000 tonnes.

Pour entrer pleinement en vigueur, l’accord de libre-échange entre l’UE et la Colombie et le Pérou doit encore être ratifié par les parlements nationaux et régionaux de l’UE, dont les parlements belges. Il est encore temps pour nos parlementaires d’entendre les protestations des victimes de ces accords, d’en mesurer l’impact pour les populations et de prendre en compte les revendications des organisations de la société civile et sociale, en refusant de soutenir cet accord.

En savoir plus

  • 9.70 - L’histoire de la semence privatisée
    Documentaire de Victor Solano montrant l’impact, suite à une obligation inscrite dans le traité de libre-échange entre les Etats-Unis et la Colombie, du décret 9.70 obligeant les producteurs de riz à produire du « riz certifié » au détriment du riz traditionnel.

Lien

  • Site web de campagne contre les les accords de libre-échange entre l’UE et la Colombie/Pérou (et entre l’UE et l’Amérique centrale)
    www.fta-eu-latinamerica.org/fra

Les droits humains d’abord !



Disciplinons les multinationales, refusons une justice qui les privilégie.
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