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Montée en puissance du Brésil sur la scène internationale

Laurent Delcourt Laurent Delcourt
4 octobre 2010

C’est sans doute en matière de politique extérieure que Lula a le mieux concrétisé ses promesses et engagements. L’ex-syndicaliste avait toujours fait part publiquement de son souhait de « changer la géographie politique et économique du monde » en donnant au Brésil la place censée lui revenir de droit dans le concert des nations. Un pari à l’évidence en partie tenu.

Aux antipodes des stratégies d’insertion passive du Brésil dans la mondialisation promues par Cardoso, l’activisme diplomatique tous azimuts de Lula sur de grands dossiers internationaux (Haïti, sommet de Copenhague, conflit israélo-palestinien, question du nucléaire iranien etc.) ont permis au pays, soucieux d’obtenir une place au Conseil de sécurité des Nations Unies, de se profiler comme un acteur incontournable sur la scène internationale, aujourd’hui respecté et écouté. En prenant la tête d’une coalition d’Etats du Sud – le G20 – qui sonnera le glas des négociations de l’Organisation mondiale du commerce à Cancún en 2003, et en contestant, en 2005, le projet de Zone de libre-échange des Amériques (ALCA, sigle en portugais), qui mettra fin aux ambitions des Etats-Unis sur la région, le gouvernement Lula a d’emblée montré qu’il n’entendait pas brader les intérêts du Brésil dans des accords commerciaux inégaux tout en affirmant l’indépendance de sa politique extérieure. En initiant, enfin, de nouvelles solidarités Sud-Sud et en multipliant les accords et les alliances stratégiques, en particulier avec les autres pays émergents, il se ménagera de nouvelles marges de manoeuvre diplomatique, politique et commerciale face aux puissances traditionnelles, en cohérence avec sa vision d’une monde multipolaire.

Fort de son leadership en Amérique latine, qu’il considère comme « naturel », le Brésil de Lula se posera enfin en garant de l’unité régionale, de l’intégrité territoriale et de la démocratie. Aussi, relancera-t-il le processus d’intégration régionale (Mercosur, Unasur, etc.), jouera-t-il le rôle d’arbitre dans plusieurs pays de la région (Venezuela, Bolivie, etc.) en proie à d’importants conflits internes, et condamnera-t-il de manière virulente le coup d’Etat du 28 juin 2009 au Honduras, quitte à entamer un bras de fer avec Washington, tout ceci en dépit du sacro-saint principe de non intervention de sa politique extérieure. En définitive, sur la plan régional, malgré d’inévitables tensions et la défiance persistante de ses voisins, lesquels soupçonnent le Brésil de poursuivre un dessein expansionniste, le gouvernement Lula s’est révélé être un allié de poids pour les autres régimes de gauche latino-américains.

Ceci dit, si le Brésil ambitionne de se positionner comme la cheville ouvrière d’un nouvel ordre international, il ne plaide pas pour autant en faveur d’un modèle de développement alternatif à l’échelle de la planète. Ainsi, tout en en cultivant une diplomatie progressiste sur le plan politique, le Brésil de Lula est apparu comme l’un des plus ardents défenseurs de la libéralisation du commerce agricole et un soutien indéfectible à ses multinationales (Petrobras, Embraer, Odebrecht, Vale, etc.), lesquelles ont connu un impressionnant décollage ces 8 dernières années, ce qui n’a pas été sans renforcer la crainte des pays latino-américains de voir émerger dans la région un nouvel impérialisme « jaune-vert ». De fait, entre le discours du gouvernement, ses positions et ses stratégies sur le plan économique, l’écart est souvent manifeste, comme l’illustre le dernier sommet du G20 au cours duquel le Brésil s’est ouvertement opposé aux projets de taxation de ses banques alors même que Lula n’avait cessé de plaider depuis le déclenchement de la crise pour une réforme en profondeur du système financier international.

Source : encadré paru en guise de complément à l’article « Montée en puissance du Brésil sur la scène internationale », paru dans dlm // demain le monde, n°3, septembre-octobre 2010 // www.cncd.be/dlm

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