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Nicolas Van Nuffel : « Le Forum social mondial garde tout son sens aujourd’hui »

Frédéric Lévêque Frédéric Lévêque Nicolas Van Nuffel Nicolas Van Nuffel
12 mars 2013

La Tunisie, berceau du printemps arabe, accueillera le prochain Forum Social Mondial (FSM), du 26 au 30 mars prochain. Le CNCD-11.11.11 et plusieurs partenaires participeront à cette nouvelle édition du grand rendez-vous altermondialiste. Nicolas Van Nuffel, responsable du plaidoyer politique au CNCD-11.11.11, nous explique pourquoi cette rencontre reste incontournable.

Le Forum social mondial, ça existe encore ? Ça un peu perdu de sa superbe, non ?

Nicolas Van Nuffel . Nicolas Van Nuffel

Nicolas Van Nuffel : C’est vrai qu’on entend un peu moins parler du Forum qu’au moment de son lancement, en 2001. Et il faut reconnaître que la crise des dernières années entraîne le danger d’un certain repli sur soi, qui se voit tant au niveau individuel que dans les mouvements collectifs. Aujourd’hui, les initiatives locales pullulent partout dans le monde, et on y retrouve souvent les « anciens » du FSM. Mais le FSM garde tout son sens aujourd’hui, car même si l’action locale est sans aucun doute une première étape pour créer un « autre monde possible », nous voulons réaffirmer la nécessité de la solidarité internationale dans la lutte pour la justice !

Le FSM a été créé comme contre-forum de celui de Davos, celui du pouvoir économique, et organisé en même temps. Ce n’est plus le cas. Pourquoi ?

Oui, c’est le résultat d’une évolution du Forum, qui, de force d’opposition, s’est progressivement voulu une force de proposition. Aujourd’hui, plus que de chercher à s’affirmer face au diktat des puissants qui se réunissent chaque année à Davos, le Forum est avant tout un vaste espace de rencontre où des dizaines de milliers de militants du monde entier se réunissent pour échanger des idées, partager leurs luttes, alimenter leur travail, créer de nouveaux partenariats… et aussi pour recharger leurs batteries ! Pour moi, la marche d’ouverture est toujours un grand moment, l’occasion de me rappeler que je ne suis pas seul à vouloir « changer le monde »…

Le FSM aura lieu en Tunisie. Un hasard ?

Non, bien sûr. Le Conseil international, qui organise le FSM, a choisi Tunis comme un symbole du Printemps arabe. Pour rendre hommage aux révolutionnaires qui ont renversé Ben Ali, Moubarak, Kadhafi et donné espoir à nos luttes depuis deux ans. Mais aussi pour affirmer sa solidarité avec ceux qui essayent de préserver les acquis de ces révolutions, deux ans après l’enthousiasme de la Révolution de Jasmin.

Qui sont les hôtes du Forum ? La situation dans le pays permet-elle l’organisation d’un tel événement ?

Outre le Conseil international, le Forum est organisé par un Comité national où l’on retrouve des organisations qui luttent depuis des années pour les droits humains dans ce pays, comme la Ligue tunisienne des droits de l’Homme ou l’Association tunisienne des femmes démocrates, qui étaient parmi les principaux opposants au régime Ben Ali, en dehors des partis politiques. Nul doute que ces organisations ont les reins suffisamment solides pour organiser un tel événement. Quant à la situation du pays, c’est vrai qu’elle est tendue ces derniers mois, mais cela n’empêchera pas la tenue du Forum. Et puis, raison de plus pour aller y soutenir nos partenaires tunisiens, qui luttent chaque jour pour la démocratie et les droits de l’Homme !

Les mouvements sociaux d’autres pays du Sud ont-ils les moyens de participer à un tel forum ou n’y voit-on surtout que des organisations du Nord ?

C’est justement l’une des richesses du Forum : c’est un processus qui est piloté par des personnes et des organisations du monde entier, et notamment pas mal de mouvements sociaux du Sud. Maintenant, c’est clair qu’il y a un problème de moyens, qui rend plus facile pour nous que pour nos partenaires d’y participer. C’est l’une des raisons pour lesquelles le CNCD-11.11.11 soutient financièrement le Forum et finance aussi la venue de quelques partenaires, surtout africains.

Que va faire la délégation du CNCD-11.11.11 sur place ? Très concrètement, à quoi servent toutes ces rencontres et ateliers ?

Nous serons sept à y participer. Pour nous, c’est avant tout une bonne occasion d’alimenter notre travail en rencontrant nos partenaires du monde entier et en participant à des réunions des réseaux internationaux que nous cherchons à rendre plus fort pour lutter contre les politiques actuelles. Ça peut paraître beaucoup, sept personnes, mais je peux vous assurer qu’on ne chômera pas ! On s’y battra en même temps pour la justice fiscale, pour le climat, contre les agrocarburants ou encore contre la manière dont on traite les migrants en Europe et ailleurs… Concrètement, le but, c’est d’en ressortir plus forts pour mener notre combat de pleins droits ! Pour ne citer qu’un exemple, notre campagne pour le travail décent (2008-2010) était issue d’une campagne internationale née au FSM de Nairobi, en 2007. Qui sait quelles surprises nous réserve cette édition-ci ?

Certaines personnes vont certainement vous dire qu’en tant qu’ONG de développement, vous pourriez mieux utiliser l’argent consacré à ce voyage ?

La question est pertinente, on comprend que les gens se la posent… Précisons d’abord que ce n’est pas l’argent récolté lors de l’Opération 11.11.11 qui sert à financer notre présence à cette rencontre. Mais, bien sûr, avec le prix de mon billet, on pourrait guérir cinq ou six personnes de la lèpre. Mais combien d’autres mourraient de faim ? Et ce n’est pas en distribuant à manger qu’on résoudra les problèmes de la faim et de la pauvreté. C’est en se mobilisant contre les injustices et pour la solidarité. Aujourd’hui, avec des outils comme Avaaz, il est possible de monter des campagnes internationales par Internet. Mais rien ne remplacera jamais le fait de se rencontrer pour imaginer ensemble de nouveaux combats. On ne change pas le monde par e-mail, j’en suis convaincu !

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