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Nigeria : la goutte de Coca qui fait déborder le vase

Romain Gelin Romain Gelin
2 septembre 2014

« Open Happiness », tel est le slogan du premier vendeur de boissons non-alcoolisées au monde, Coca-Cola. Mais ce n’est pas exactement du bonheur que les consommateurs africains ont pu découvrir à l’ouverture de bouteilles de la célèbre boisson...

L’histoire se déroule au Nigeria. Le Conseil de protection des consommateurs (CPC), une association de défense des droits des consommateurs nigérians, reçoit une plainte en septembre 2013 pour la mise en vente de canettes de soda à moitié remplies provenant de Nigeria Bottling Company, une entreprise d’embouteillement, filiale de Coca-Cola HBC [1] et de Coca-Cola Nigeria Ltd. Le CPC lance alors son enquête. Tandis que l’embouteilleur accepte de coopérer, Coca-Cola Nigeria refuse de se plier aux inspections et de fournir les documents nécessaires à l’enquête de l’association.

Il faut rappeler que ce n’était pas la première plainte à l’encontre de la filiale du géant du soda américain. Des doléances concernant la mise sur le marché de cannettes et de bouchons rouillés ainsi que la présence de corps étrangers dans des produits de cette même compagnie avaient déjà été émises par le passé au Nigeria.

Des produits défectueux

Les conclusions du panel mis en place par le CPC pour enquêter entre septembre 2013 et février 2014 sont formelles : des produits défectueux, présentant des risques sanitaires pour le consommateur, ont été mis en vente, ceci en violation du Consumer Protection Council Act nigérian. Le rapport révèle par ailleurs que la filiale de Coca-Cola ne dispose pas de politique sur les dates de péremption, que sa politique de règlement des litiges ne couvre pas les préjudices (blessures, intoxications...) liés à la consommation de ses produits et qu’aucun mode de compensation n’est prévu pour les consommateurs. Les règles d’étiquetage et de traçabilité ne sont pas non plus respectées dans le pays. Des pratiques dont on peine à imaginer qu’elles puissent exister en Europe ou aux États-Unis.

Des produits défectueux, présentant des risques sanitaires pour le consommateur, ont été mis en vente

Le CPC a émis une série de recommandations afin que Coca-Cola Nigeria et sa filiale se plient aux normes légales dans les douze mois. De son côté, une ONG nigériane, le SERAP (Socio-Economic Right and Acountability Project) a annoncé avoir porté l’affaire devant le Comité des droits économiques sociaux et culturels des Nations-unies, lié au Haut-commissariat aux Droits de l’Homme pour « de sérieuses violations de la responsabilité d’entreprise pour le respect des droits à la santé des Nigérians et des manquements quant aux possibilités de recours proposées pour les victimes ». [2]

Coca-Cola est la plus importante entreprise de boissons non-alcoolisées au monde, avec un chiffre d’affaires de 12 milliards de dollars en 2013 (environ 8,7 milliards d’euros). Trois millions de bouteilles de l’enseigne sont annuellement produites et distribuées au Nigéria.

Black-out médiatique

L’histoire n’a pas fait beaucoup de vagues dans les médias africains, et encore moins en Occident, à l’exception de la presse d’affaires spécialisée. [3] Coca-Cola, avec son budget communication faramineux de 2,9 milliards de dollars en 2010, est peut-être un annonceur trop important. La porte-parole de Coca-Cola HBC, interrogée sur les pratiques de la firme, préfère quant à elle botter en touche, ne réfutant pas les accusations portées, mais déclarant qu’elle ne peut commenter une affaire en cours d’examen par la justice. Pour Coca-Cola, au Nigéria, c’est aussi ça, l’esprit d’entreprise.

[1Coca-Cola Hellenic Bottling Company, basé à Zoug en Suisse – un canton apprécié des sociétés transnationales pour son faible taux d’imposition – est un des principaux embouteilleurs et revendeurs des produits Coca-Cola.

[2SERAP drags Coca-Cola, NBC to UN over harmful drinks and abuse of right to health, SERAP, 26 fév. 2014, www.serap-nigeria.org

[3Ben Bouckley, ‘Serious corporate responsibility breach’ Nigeria NFP takes Coke to UN, Beverage Daily, 28 fév. 2014, www.beveragedaily.com

Les droits humains d’abord !



Disciplinons les multinationales, refusons une justice qui les privilégie.
]

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