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Nkurunziza, Kabila : « il faut qu’ils partent… Mais après ? »

Stéphanie Triest Stéphanie Triest
5 juin 2015

Au Burundi et en RDC, la population s’oppose à la volonté des présidents Pierre Nkurunziza et Joseph Kabila de briguer un troisième mandat, au mépris de leur Constitution et des accords d’Arusha. Des mouvements réprimés dans la violence. Dernier bilan : une quarantaine de morts depuis avril au Burundi, tandis que les arrestations se poursuivent en RDC, après la répression meurtrière des manifestations de janvier. Une conséquence : le débat se focalise sur ces figures présidentielles, déplorent les représentants de la société civile et de la diaspora. Plusieurs d’entre eux étaient réunis à Bruxelles cette semaine. Ils ont participé à un débat organisé par le CNCD-11.11.11.

« Il faut qu’il parte, peu importe le reste », la sentence revient inlassablement, depuis 1960 jusqu’à aujourd’hui, visant successivement le colonisateur belge, Mobutu et désormais Joseph Kabila. « Mais il est temps de penser à l’après. On ne peut pas continuer sur ce même schéma : un pouvoir bâti sur un modèle charismatique, au détriment d’un véritable projet politique ». Un constat qu’assène Yangu Kiakwama du mouvement citoyen Filimbi. Un constat partagé par les représentants de la société civile et de la diaspora congolaise réunis le 3 juin à Bruxelles au siège du CNCD-11.11.11. Pour tirer les conclusions des processus électoraux en cours au Burundi et en RDC. Et surtout, identifier des leviers d’actions utiles à la société civile.

Yangu Kiakwama, du mouvement citoyen Filimbi . Yangu Kiakwama, du mouvement citoyen Filimbi (Crédit : © Stéphanie Triest )

« La personnalisation du pouvoir est un phénomène à l’œuvre en RDC comme au Burundi, souligne Emmanuel Klimis, chercheur à l’Université Saint Louis et spécialiste de ce pays. A un moment, la priorité de la communauté internationale n’était pas de s’opposer à un troisième mandat, mais d’obtenir des avancées. Mais aujourd’hui, c’est l’obsession, comme c’était le cas en 2005 et en 2010 avec Karel De Gucht (ex-ministre belge des Affaires étrangères). C’est l’arbre qui cache la forêt et la réelle capacité de l’opposition à faire son boulot. Très peu de critiques portent sur l’entourage du président, or certaines personnes y ont même plus d’intérêt que Nkurunziza à le maintenir en place. »

Gérard Bisambu, Secrétaire général de la coupole AETA . Gérard Bisambu, Secrétaire général de la coupole AETA (Crédit : © Stéphanie Triest )

« Quel leader voulons-nous ? » interroge à son tour Gérard Bisambu, secrétaire général de la coupole Agir pour des élections transparentes et apaisées (AETA), partenaire du CNCD-11.11.11 en RDC. « D’autres candidatures vont émerger si Kabila recule ». Mais pour faire apparaître quelle fracture ? Car Gérard Bisambu attire l’attention sur un autre danger à l’œuvre aujourd’hui : le morcellement de l’opposition. 479 partis sont officiellement enregistrés en RDC. C’est une stratégie du pouvoir en place : faire diversion en créant des partis satellites et jouer sur la carte ethnique dans telle ou telle localité. Pour finalement aboutir au même résultat : occulter l’absence de débat sur un programme.

Une stratégie dont l’unique but est le maintien au pouvoir du régime Kabila, décode Gérard Bisambu, « comme le redécoupage des provinces, favorable au parti présidentiel ou le fait de gagner du temps, en lançant un dialogue avec les partis d’opposition, l’Eglise et maintenant, la société civile. Au contraire, il faut faire émerger l’exigence d’élections organisées dans des délais constitutionnels au sein de la population. »

Danny Singoma, Cenadep . Danny Singoma, Cenadep (Crédit : © Stéphanie Triest )

Une volonté qui passe par la société civile, selon Gérard Bisambu. « Il y a la volonté de se consolider, de créer des synergies ». Là aussi, il s’agit d’éviter le morcellement. En créant, par exemple, un vaste réseau d’observateurs dans chaque province en RDC. Actuellement, dit-il, « ces réseaux sont divisés, les observateurs sont liés à tel ou tel partenaires, l’Eglise, les Etats-Unis, aux intérêts divergents. » Danny Singoma renchérit ; avec son association, le Centre national d’appui au développement et à la participation populaire (Cenadep), partenaire du CNCD-11.11.11 et de Solidarité socialiste, il sensibilise les Congolais et les Congolaises à l’enjeu électoral. « Aujourd’hui, il y a trop de systèmes de monitoring. Chacun va ensuite dans son coin trouver son partenaire. Le Cenadep déploie un réseau d’une centaine d’observateurs via les organisations de quartier en ville et les organisations paysannes.  » Paul Nsatu, de la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH), insiste également sur le rôle des observateurs : «  Il y a des jeunes, des femmes au Burundi, comme au Burkina Faso, des mouvements comme Y’en a marre, Filimbi, Mon vote doit compter, Tournons la page, Balai Citoyen, qui veulent jouer un rôle. Il faut leur donner un espace, sinon, ils vont être récupérés par des forces négatives  ».

Table-ronde . Table-ronde (Crédit : © Stéphanie Triest )

Cette mobilisation de la population passe aussi par les médias. Un véritable enjeu alors que la plupart des médias privés sont muselés, leurs émetteurs détruits, en RDC comme au Burundi. Selon Gérad Bisambu, les réseaux sociaux offrent une alternative. Les jeunes y recourent de plus en plus en ville. D’où aussi, l’importance de la diaspora, rappelle Emmanuel Klimis, qui doit jouer un rôle de « chien de garde » pour maintenir ici l’attention politique et médiatique sur ce qui se passe là-bas. » « Oui, conclut Sabine Kakunga du CNCD-11.11.11, la société civile est décidée à se faire entendre. Mais nous devons mieux nous parler, mieux nous soutenir, pour ne pas être récupérés. Il faut avancer ensemble.  »

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