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Territoires palestiniens occupés

Palestine : « Contraindre au respect des droits dans les domaines du développement agricole durable »

La procédure de sélection des projets financés par la récolte de fonds de l’Opération-11.11.11 2008 vient de s’achever.
Parmi les nombreux projets sélectionnés, nous avons choisi de vous présenter ce mois-ci celui d’Oxfam Solidarité, en cours dans les Territoires palestiniens. Ce projet est réalisé en en partenariat avec les ONG palestiniennes UAWC (Union of Agricultural Work Committees) et PMRS (Palestinian Medical Relief Committees).

Présent dans les Territoires palestiniens depuis de nombreuses années et y soutenant de nombreux programmes de développement et d’urgence, Oxfam Solidarité a choisi de présenter à l’Opération-11.11.11 2008 ce nouveau programme qui se déroulera jusqu’en 2011 en Cisjordanie et dans la bande de Gaza. Deux volets composent ce projet. Le premier est consacré à la défense de la population en matière de santé et le deuxième en matière agricole. Nous avons choisi de vous présenter ce programme en deux temps et l’article qui suit sera consacré à son volet agricole.

Une occupation militaire aux conséquences extrêmes

Pendant les 22 jours qu’a duré l’offensive israélienne dans la bande de Gaza, du 27 décembre 2008 au 17 janvier 2009, tous les regards se sont tournés, à juste titre, vers le nombre impressionnant de victimes qu’elle a provoqué. Mais le reste du temps, depuis des dizaines d’années maintenant, la population palestinienne subit une occupation militaire israélienne qui contribue graduellement et inexorablement à la détérioration de ses conditions de vie et à un véritable processus de développement « régressif » tout en faisant aussi son lot de victimes de façon moins impressionnante et donc moins médiatisée.

L’aspect le plus regrettable quand on analyse la situation en cours dans les Territoires palestiniens est que les Palestiniens ont une réelle capacité à pouvoir faire prospérer leur économie notamment à travers un secteur agricole qui, sans l’occupation, pourrait être l’un des plus florissants de la région. Pourtant, on observe une situation où de plus en plus de familles sont dépendantes de l’aide humanitaire et où les ONG palestiniennes, traditionnellement des ONG de développement, ont dû revoir ces dernières années leur stratégie d’intervention en mettant l’accent sur des programmes d’urgence au détriment des programmes de développement.

L’insécurité alimentaire que connaissent les Territoires palestiniens résulte en premier lieu de l’occupation israélienne. Le secteur agricole est même le secteur de l’économie palestinienne qui pâtit le plus de cette occupation. En effet, un ensemble de mesures israéliennes détruit les capacités de production agricole mais aussi les capacités d’importation et d’exportation des Palestiniens. Ces mesures se sont considérablement amplifiées depuis le déclenchement de la deuxième Intifada en 2000 avec les destructions et confiscations de terres, de réserves en eau (accès à des nappes phréatiques, puits, citernes) et de matériels agricoles qui les ont suivies. La construction du Mur en Cisjordanie (condamnée par la Cour internationale de Justice de La Haye en juillet 2004) a aussi permis la confiscation de 10% des terres palestiniennes considérées parmi les plus fertiles de la région. La plupart de ces terres ont été directement accaparées par les colonies israéliennes limitrophes afin de garantir leur expansion. De plus, les mesures consistant à l’instauration d’un réseau de check points fixes ou volants, d’un système de permis délivrés aux Palestiniens par les autorités israéliennes pour se rendre d’une ville palestinienne à une autre empêchent quant à elles la possibilité d’un marché palestinien viable pour écouler la production nationale. Mais, paradoxalement, ces mesures ne constituent pas un obstacle à l’écoulement des produits israéliens qui sont présents sur tous les étals palestiniens et dont les Palestiniens sont devenus totalement dépendants.

Bien entendu, la crise alimentaire mondiale et la hausse des prix des matières premières, notamment des céréales, est venue aggraver davantage encore l’insécurité alimentaire que vit la population palestinienne.

Cependant et malgré tout ce qui vient d’être décrit, un retour à l’agriculture a été observé ces dernières années. Suite justement à l’aggravation des conditions de vie, le secteur agricole a pu absorber une partie des travailleurs inemployés en leur offrant la possibilité de subvenir aux besoins alimentaires de leur famille. L’emploi agricole demeure ainsi une importante source de revenus pour les Palestiniens, qui justifie l’action des ONG en la matière.

Droit à la souveraineté alimentaire

Créée en 1986 par un groupe d’ingénieurs agronomes, l’ONG palestinienne Union of Agricultural Work Committees (UAWC) travaille à offrir une alternative aux conditions socio-économiques des fermiers palestiniens sévèrement touchés par les confiscations de terre et d’eau et par les restrictions de mouvement imposées à la circulation des marchandises par Israël. Ses missions sont dévolues à :

  • protéger les terres palestiniennes contre la colonisation et les expropriations israéliennes ;
  • apporter son soutien aux agriculteurs pour une agriculture plus efficace ;
  • et les assister dans la commercialisation de leur production.

A titre d’exemple, UAWC accompagne la production et l’exportation d’huile d’olive extra vierge commercialisée en Belgique par Oxfam Magasins du Monde [1].

Le principal objectif visé par le partenariat entre Oxfam Solidarité et UAWC est de permettre aux familles rurales de protéger leurs moyens d’existence par le maintien et l’amélioration d’une capacité de production soutenable dans le secteur agricole, vital pour la sécurité alimentaire, dans une perspective commerciale et écologique. Ceci passe par l’amélioration de la qualité des terres pour l’optimalisation de leur utilisation et l’amélioration de la production de semences. Le programme vise ensuite la commercialisation à petite échelle et la sensibilisation des petits producteurs aux avantages de la commercialisation collective.
Sur le long terme et dans une visée de développement durable, le programme contribue ainsi à renforcer des familles rurales pour qu’elles soient moins vulnérables à la détérioration de leurs conditions de vie.

Un des autres défis d’UAWC est d’introduire une dimension environnementale dans les pratiques agricoles. L’emploi à bon escient des pesticides est ainsi enseigné en séances de formation et l’accent est aussi mis sur l’apprentissage de méthodes de culture alternatives et organiques. C’est pourquoi les semences locales sont fortement encouragées pour leur haute valeur économique et écologique. Par l’amélioration et la production de variétés locales de semences, les producteurs deviennent moins dépendants des semences hybrides importées qui sont plus chères à l’achat et en frais d’intrants (irrigation, pesticides et engrais) et qui sont dans leur grande majorité génétiquement manipulées. Sur ce dernier point, l’action d’UAWC prévoit une sensibilisation des agriculteurs palestiniens, en général très peu informés sur le sujet, et la mise en place d’un comité national sur l’utilisation des OGM pour le secteur agricole palestinien.

Un volet politique de défense du droit à la souveraineté alimentaire accompagne également ce programme dans les Territoires palestiniens. En effet, l’un des problèmes rencontrés dans le secteur agricole est la très faible implication du ministère palestinien de l’Agriculture. Ce sont surtout les ONG de services agricoles qui soutiennent les petits agriculteurs à répondre aux difficultés qu’ils rencontrent. En dépit de l’importance du secteur agricole pour l’économie et la souveraineté alimentaire, seulement 1% du budget de l’Autorité palestinienne est consacré à l’agriculture. Le partenariat UAWC et Oxfam Solidarité vise donc à renforcer un travail d’influence politique et de collaboration structurelle avec le ministère palestinien de l’Agriculture jusqu’ici très limité. Le programme prévoit ainsi des synergies avec d’autres projets de développement agricole afin d’assurer la promotion de la sécurité et de la souveraineté alimentaires dans la région.

Une seule solution : la fin de l’occupation

Chez nous, en Belgique, Oxfam Solidarité poursuit son travail de sensibilisation des opinions publiques sur la situation vécue par les Palestiniens et de plaidoyer politique pour que des pressions soient exercées par la Belgique et l’Union européenne sur l’Etat israélien pour mettre fin aux 42 ans d’occupation des Territoires palestiniens. Le CNCD-11.11.11 appuie bien entendu toutes ces actions de sensibilisation et d’interpellation politique.

Enfin, sans rien enlever à l’intérêt de ce type de programme mis en place par Oxfam Solidarité et ses partenaires palestiniens, qui a pour principal mérite d’allier dans son action l’aide aux Palestiniens à la défense de leurs droits, nous ne résistons pas à conclure avec ces mots repris de l’excellent article de Caroline Abu-Sada « Insécurité alimentaire, sous-produit de l’occupation » [2] : « La solution à la crise dans les territoires occupés palestiniens reste politique. Les cinq puissances du Conseil de sécurité doivent trouver une issue politique à une situation qui ne fait qu’empirer d’année en année. Tant que ceci ne sera pas résolu, l’insécurité alimentaire ne fera qu’augmenter, au risque de voir apparaître la malnutrition ».

Rabab Khairy
Coordinatrice des programmes et chargée des programmes Moyen Orient et Afrique du Nord, CNCD-11.11.11
Bruxelles, mars 2009.

[1Ce sont les bouteilles d’huile d’olive de 50cl

[2Article paru dans « Etat des Résistances dans le Sud – 2009. Face à la crise alimentaire » publication du Centre Tricontinental (CETRI) – www.cetri.be.

Le second volet du projet, consacré à la santé sera publié postérieurement sur ce site Web.

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