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Colonisation

Palestine : la politique du fait accompli

Rabab Khairy Rabab Khairy
23 août 2011

L’OLP envisage de demander la reconnaissance de l’Etat palestinien en septembre prochain. Si la communauté internationale l’appuie, la viabilité de cet Etat n’est pas pour autant garantie. En cause : la politique de colonisation systématique d’Israël.

« Lorsque nous reviendrons ici l’an prochain nous pourrions avoir un nouveau membre des Nations Unies, une Palestine indépendante vivant en paix avec Israël.  » Formulée en septembre 2010, cette déclaration du président Barack Obama devant l’Assemblée générale des Nations Unies n’est pas tombée dans l’oreille d’un sourd. L’Organisation de libération de la Palestine (OLP) a pris la balle au bond et a annoncé sa volonté de demander la reconnaissance de l’Etat palestinien à la prochaine session de l’Assemblée (septembre 2011). Pour appuyer sa demande, elle a mené un ballet diplomatique à travers le monde qui lui a d’ores et déjà permis de recueillir la reconnaissance de dix pays d’Amérique latine [1], ce qui porte à un peu plus d’une centaine le nombre de pays qui reconnaissent le futur Etat dans les frontières de 1967. Plus de la moitié des 192 membres des Nations Unies !

Toujours plus de colons

C’est en 1948 que l’Etat israélien a déclaré son indépendance. S’est ensuivie une guerre avec les pays arabes. Un an plus tard, des accords entre les parties ont délimité la ligne d’armistice, ou « Ligne verte ». En 1967, la « guerre des six jours » a permis à Israël de s’emparer de l’ensemble des Territoires palestiniens (Jérusalem-Est, Cisjordanie et bande de Gaza). Depuis lors, les gouvernements israéliens successifs mènent une véritable politique d’accaparement et d’appropriation des terres palestiniennes. Une politique du fait accompli sur le terrain qui vise à rendre irréversible le retour aux frontières de 1967.

Dès 1972, quand il n’y avait encore que quelques milliers de colons, le journaliste israélien, Amnon Kapeliouk, écrivait déjà dans Le Monde diplomatique que « l’établissement de colonies sur les terres arabes [2] représente un acte délibéré, rendant ainsi plus difficile une solution au conflit israélo-arabe par compromis » [3]. Depuis les accords d’Oslo en 1993, le nombre de colons en terres palestiniennes a plus que doublé, passant de 230 000 à 490 000 [4]. L’expansion et le peuplement des colonies sont tels que certaines ont même obtenu le statut de ville.

80% des ressources en eau des Territoires palestiniens sont captées par les colonies israéliennes

Du côté de Washington, la déclaration encourageante du président américain fait déjà partie du passé. Il a opéré un revirement en considérant officiellement que la reconnaissance d’un Etat palestinien serait une « erreur » car elle risquerait de compromettre le processus de paix – inexistant depuis des années ! – avec les Israéliens. Quant à ces derniers, ils refusent catégoriquement de geler la colonisation, ce qu’exige l’Autorité palestinienne pour toute reprise des négociations. Pire, les constructions de logements ont repris de plus belle comme si les Israéliens étaient pressés de les agrandir au maximum afin que tout retour en arrière soit impossible.

Coloniser, puis annexer ?

Les colonies sont au centre de l’occupation et du contrôle de la Cisjordanie. Il s’agit d’assurer leur viabilité et leur pérennité, et cela au détriment des droits les plus élémentaires des Palestiniens. Les colonies sont reliées entre elles par un réseau de routes réservées aux colons et interdites aux Palestiniens. L’objectif du Mur construit dans les Territoires palestiniens depuis 2003 est de permettre l’expansion « naturelle » de ces colonies en leur assurant une réserve de terres pour y construire de nouveaux logements et surtout en permettant de les annexer à Israël. Pour assurer leur approvisionnement en eau, l’Etat israélien cherche à contrôler l’accès aux principales nappes aquifères. Selon l’organisation israélienne B’Tselem pour les droits de l’Homme, 80% des ressources en eau des Territoires palestiniens sont captées par les colonies israéliennes, tandis qu’un colon consomme six fois plus d’eau qu’un Palestinien, soumis au rationnement.

Tout reste à négocier

Si, à l’instar de l’Etat israélien en 1949, l’OLP obtient la reconnaissance de l’Etat palestinien par une résolution de l’ONU, celle-ci ne permettra pas à elle seule de créer les conditions de viabilité et d’effectivité de la Palestine. Des négociations entre Palestiniens et Israéliens seront toujours aussi nécessaires pour y parvenir. Les parties devront s’entendre sur leurs frontières respectives. Un échange de territoires sera probablement la solution. Toutefois, sans des pressions fortes de la communauté internationale exercées sur le gouvernement israélien pour le contraindre à s’asseoir à la table des négociations, c’est le projet colonial israélien qui gagnera du terrain au détriment d’une solution à deux Etats vivant côte à côte. Alors, seul un Etat binational deviendra envisageable, ce dont les Israéliens ne semblent pas vouloir non plus.

[1Brésil, Argentine, Pérou, Bolivie, Chili, Equateur, Paraguay, Uruguay, Guyane, Suriname. Le Venezuela, Costa Rica, Nicaragua et Cuba avaient déjà reconnu l’Etat palestinien en plus de 90 autres pays dès 1988, lors de la première proclamation d’indépendance par l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), à Alger. Cette proclamation sera mise entre parenthèse suite à la signature des Accords intérimaires d’Oslo qui lançaient le processus de négociations avec les Israéliens en vue de la création d’un Etat palestinien.

[2A l’époque, il s’agissait en plus des colonies dans le Golan syrien et les Territoires palestiniens, de celles du Sinaï égyptien.

[3Amnon Kapeliouk, « Le désastre des colonies israéliennes dans les territoires occupés », Le Monde diplomatique, juin 1972.

[4Chiffre donné en janvier 2011 par l’organisation israélienne Peace Now : 296.600 colons en Cisjordanie et 190.000 à Jérusalem-Est.

Source : article publié dans dlm, demain le monde, n°8, juillet-août 2011 // www.cncd.be/dlm

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