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Palestine : se construire une vie décente malgré l’occupation

Frédéric Lévêque Frédéric Lévêque
11 juin 2010

La Palestine, territoire occupé et morcelé. La Palestine, une économie sous le contrôle d’Israël. La Palestine, une population qui tente de survivre vaille que vaille et de s’organiser pour aller de l’avant. Zoom sur un projet de soutien à des centres communautaires en Cisjordanie.

Depuis la « guerre des Six jours » (1967) avec les pays arabes, l’Etat d’Israël a entamé un processus de colonisation de la Cisjordanie et de la bande de Gaza et a cherché systématiquement à exercer un contrôle sur la Palestine et ses habitants. Comment ? En occupant sporadiquement ses territoires, en limitant la circulation des personnes et des marchandises et en imposant des restrictions aux entreprises et travailleurs palestiniens. Aujourd’hui, l’« archipel » palestinien est morcelé par les routes de contournement réservées aux colons, les check-points et le tristement célèbre « mur de séparation », en construction depuis 2002. Érigé sous un prétexte sécuritaire, ce dernier enferme la Cisjordanie, en y pénétrant toutefois profondément pour intégrer les colonies juives, annexer des nappes phréatiques et priver les agriculteurs d’accès à leurs champs.

Dans ce contexte, celui d’une économie d’occupation dépendante d’Israël pour 90% de ses échanges, il est difficile pour la population de trouver un emploi et de se construire une vie décente. Pourtant, les Palestiniens sont un peuple éduqué : plus de 95% des jeunes en âge d’aller à l’école étant scolarisés. Mais, affirme Riad Dissi sur un ton accusateur, « les mesures israéliennes nous empêchent d’aller de l’avant  ».

Riad Dissi est palestinien. Il vit à Jérusalem-Est, la partie « arabe » et occupée de la ville sainte, là où l’Autorité palestinienne aimerait installer la capitale de son futur Etat. Riad travaille à Ramallah, 15 km plus au nord. Son organisation, le Bisan Center for Research and Development, est partenaire, ici en Belgique, de l’ONG Solidarité socialiste [1] et, avec le soutien de l’Opération 11.11.11, mène un projet de renforcement des capacités des centres communautaires dans des villes et villages de la région ; ceux qui, justement, souffrent de l’isolement dû à la politique d’occupation de l’Etat d’Israël.

Les jeunes en ligne de mire

Le Bisan Center travaille avec 18 centres communautaires. Chacun regroupe environ 200 membres actifs. « Ces centres, c’est le seul endroit du village où le jeune peut avoir une vie sociale », nous dit Riad. Ils ne sont affiliés à aucune organisation politique et sont ouverts à tous, mais l’accent est mis sur la jeunesse. Plus de 65% de la population palestinienne a d’ailleurs moins de 24 ans et ils sont la principale cible des incursions israéliennes. Leurs déplacements sont encore plus restreints car ils sont considérés comme potentiellement plus violents. Leurs opportunités d’études ont diminué. En cause : la situation économique des familles et les bouclages récurrents des Territoires palestiniens, qui empêchent souvent les déplacements vers les écoles et universités. L’histoire de Radisha n’est qu’un exemple parmi d’autres. Diplômée en éducation physique à l’université de Tulkarem, elle a été forcée de quitter son travail. « J’ai travaillé à Ramallah pendant un an. Mais je n’ai pas continué. Je devais rester parfois un mois ou un mois et demi sans pouvoir revenir dans mon village à cause des incursions et des check-points ». Depuis la seconde Intifada (2000), la plupart des jeunes se trouvent confinés dans leur village sans possibilité de penser et d’envisager l’avenir. Entre 35 et 40% d’entre eux sont sans emploi. Les centres communautaires les incitent à prendre part à la vie communautaire, à penser en tant que groupe et à améliorer ainsi leur estime de soi.

Ouvrir des opportunités

A travers des activités concrètes comme la rénovation et la dynamisation de clubs de jeunes, l’organisation d’activités sportives, la mise en place d’activités culturelles (danse, chant, etc.) ou encore des formations en gestion, le Bisan Center tente de donner de l’espoir et du dynamisme dans une société en manque d’opportunités à moyen et long terme. Exemple très concret et couronné de succès : la production de savon sans colorants ni produits chimiques à partir d’huile d’olive que Khorlovo Rayan a lancé à Naplouse. « Nous l’avons accompagnée pour louer un emplacement, acheter de l’huile et la former en gestion et en marketing  », nous dit fièrement Riad.

L’occupation a retardé l’égalité entre hommes et femmes

Le projet met aussi l’accent sur la population féminine. Car « l’occupation a retardé l’égalité entre hommes et femmes », nous confie Riad. « Il est difficile de travailler dans les villages éloignés car il faut attendre plusieurs heures à chaque check-point. C’est encore plus difficile pour les femmes d’être dehors toute la nuit, car elles sont mères. Les traditions et les mesures israéliennes rendent plus difficile leur accès à l’emploi. Elles ne sont que 16% à travailler. »

Résistance pacifique

Comme en témoigne l’actualité, la tragédie de l’occupation débouche régulièrement sur des épisodes de grande violence. Le Bisan Center tente d’offrir une alternative à cette violence. Exemple : dans la ville de Beit Ur, les soldats israéliens ont détruit de nombreux arbres pour construire le Mur : « on a alors développé le projet de planter 10 oliviers pour chaque arbre abattu. De nombreux jeunes ont participé. Un grand succès !  », nous raconte Riad. « Nous pensons avoir de bons résultats. Certains directs comme l’usine de savon, d’autres plus indirects, car nous donnons aux jeunes un autre choix, celui d’être actifs et pacifiques, plutôt que de traîner à la maison ou dans la rue.  » En effet, « certains imitent les soldats et les martyrs », explique Iman, du centre populaire de El Bireh, « notre approche est différente. Nous ne disons pas aux jeunes ce qu’ils doivent penser, nous leur offrons d’autres modèles que celui du martyr. Celui de l’artiste, par exemple  ».

[1En Palestine, Solidarité socialiste travaille également avec les organisations MA’AN et Popular Art Center.

Source : dlm, Demain le monde, n°2, juillet-août 2010.

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