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Parc des Virunga : société civile contre société pétrolière

Véronique Rigot Véronique Rigot
16 avril 2014

Tout s’achète, même les parcs nationaux congolais ! A fortiori s’ils sont gorgés de pétrole. Face à une opposition massive, deux compagnies pétrolières qui étaient sur le coup, TOTAL et ENI, ont annoncé qu’ils n’exploiteraient pas le pétrole. Reste une troisième compagnie, la SOCO, qui dispose du permis d’exploration et pourrait être intéressée à l’exploitation sous peu.

« La guerre, elle, terminera un jour. La véritable menace, c’est le pétrole, parce que les dégâts pourraient être irréversibles  ». Ces mots sont ceux de Philippe Lamair, journaliste, à l’occasion d’une projection d’Exploration du Monde. Le documentaire qu’il a réalisé sur les grands parcs de l’Est du Congo révèle toute la splendeur du plus ancien parc national d’Afrique, le Parc national des Virunga (classé en 1925 et reconnu patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO en 1979). Sur ses 800.000 hectares, le parc abrite une multitude de biotopes (différents types de forêts, savane, zones humides, volcans encore en activités, zones d’altitude avec des neiges éternelles, etc.) avec des faunes et des flores tout aussi diversifiées.

Malgré le classement du parc, les éléphants et les gorilles sont des proies faciles pour les braconniers, en particulier en période de conflits, de telle sorte que dès 1994, l’UNESCO a considéré le parc comme « patrimoine mondial en danger ». Mais la plus grave menace qui pèse actuellement sur le parc, c’est le pétrole.

Concessions illégales

En principe, la loi congolaise interdit la présence d’industries extractives dans les parcs nationaux. L’exploitation du pétrole dans le Parc des Virunga pourrait aussi constituer une violation du code de conduite que l’OCDE recommande aux multinationales. Il n’empêche, en 2007, des parcelles ont été octroyées à plusieurs compagnies, dont TOTAL (française), ENI (italienne) et la SOCO (anglaise). Ces concessions représentent 85% du parc.

En août 2010, la SOCO publie son étude d’impact environnemental préalable à l’entame des phases d’exploration et d’exploitation. Le ministère congolais de l’Environnement la refuse et suspend toutes les activités dans le parc. L’UNESCO s’est en effet manifesté, la directrice venant en personne à Kinshasa pour convaincre le gouvernement congolais de protéger ses joyaux. A l’issue de cette visite, une déclaration conjointe est publiée : le gouvernement congolais ne touchera pas au Parc des Virunga.

En dépit de cette déclaration, un permis d’exploration sera néanmoins accordé à SOCO en octobre 2011, puis annulé, pour être à nouveau autorisé grâce à une autorisation sismique fin 2013. Entre-temps, TOTAL et ENI ont promis de ne pas exploiter de pétrole dans la portion de sa concession correspondant au parc national. Une petite victoire dans la bataille pour la préservation de la biodiversité du parc ! Mais la SOCO, elle, continue l’exploration du parc dans l’espoir de pouvoir en extraire à terme les richesses pétrolières…

La malédiction des ressources

L’exemple de l’Equateur, en Amérique latine, et des dégâts irréversibles causés par la compagnie pétrolière Chevron Texaco sont parlants : déboisement, mais surtout de multiples contaminations des sols et des cours d’eau, avec tous les dégâts sur la vie humaine, animale et végétale que cela peut comporter (intoxications, cancers, obligation d’abandonner ses terres de culture,…). Il a fallu près de vingt ans de procédures judiciaires pour que la population obtienne finalement gain de cause, en 2012. Mais les dédommagements financiers ne rendront pas la santé, et encore moins la vie.

Les pêcheurs et les communautés locales congolaises disent « non » à l’exploitation pétrolière dans le parc des Virunga.

Les pêcheurs et les communautés locales congolaises disent « non » à l’exploitation, tout en dénonçant les menaces et les intimidations dont ils font l’objet de la part de la SOCO. Le Réseau Ressources Naturelles (RRN), soutenu par le CNCD-11.11.11, les encadre et organise les interpellations des autorités congolaises et de la communauté internationale. Les réprobations officielles de l’exploitation n’ont pas tardé (du Premier ministre britannique Cameron au président de la Commission européenne Barroso, en passant par les ministres belges Reynders et Labille), mais à ce stade, elles ne sont pas suffisantes. La société civile congolaise constitue le dernier rempart pour la préservation du parc. Elle milite entre autres pour l’adoption d’un code pétrolier qui apportera davantage de transparence et de garanties, en phase avec les normes internationales, dans le respect de l’environnement et des populations locales.

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La Running Team 11.11.11 soutient le parc des Virunga

La Running Team 11.11.11 court les 20Km de Bruxelles le 18 mai pour soutenir nos partenaires congolais, le Réseau Ressources Naturelles (RRN), dans la bataille pour la préservation du parc des Virunga. Parrainez nos coureurs !

Source : article paru dans le magazine du CNCD-11.11.11 dlm, Demain le monde, n°25, mai-juin 2014.

Les droits humains d’abord !



Disciplinons les multinationales, refusons une justice qui les privilégie.
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