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Plus de résilience pour une agriculture familiale et des systèmes alimentaires durables

Benjamin Van Cutsem Benjamin Van Cutsem
11 décembre 2015

Réunis fin octobre 2015 sur le site de l’exposition universelle de Milan, les représentants d’organisations paysannes (OP) ainsi que de la société civile ouest-africaines et européenne ont débattus de la résilience de l’agriculture familiale face aux contextes économique et climatique internationaux. Cet espace de dialogue et d’expression a entre autre permis à la société civile de s’accorder sur une déclaration politique relative à la résilience et à la mise en œuvre de l’Alliance Globale pour l’Initiative Résilience (AGIR).

Le constat est simple et alarmant : le Sahel et l’Afrique de l’Ouest subissent chronologiquement de trop fréquentes crises alimentaires et nutritionnelles, aujourd’hui accentuées par les chocs économiques, politiques et sécuritaires, le changement climatique ou la dégradation des écosystèmes. A tel point que la récurrence de ces crises pousse près de 30 millions de personnes à survivre dans des conditions de précarité alimentaire et nutritionnelle.

Un cadre global de résilience

Lancée en 2012 par la Commission européenne, l’initiative AGIR vise à renforcer la résilience face aux crises alimentaires dans cette région du monde et, endéans un horizon de 20 ans, à mettre définitivement fin au cycle de la faim et de la malnutrition. En tant que cadre de dialogue et de mise en cohérence (entre les politiques régionales et nationales), AGIR réunit décideurs sahéliens, société civile du Sud et partenaires du Nord et se veut représentative de tous les éleveurs, producteurs et transformateurs qui n’ont, jusqu’alors, pas eu droit à la parole. Elle cible plus spécifiquement trois catégories de population, à savoir les producteurs agricoles les plus vulnérables, les agropasteurs et pasteurs, et enfin les travailleurs pauvres en milieu urbain et rural [1].

Mais qu’est-ce que la résilience au juste ?

C’est au cours des années 2000 que la résilience a été promue par les bailleurs dans leurs documents stratégiques et les politiques régionales. Il s’agit alors de « bâtir la résilience des Nations et des communautés face aux désastres  [2] ». Parallèlement, la répétition des crises pousse à penser que ces dernières sont structurelles, ce qui impose de donner aux populations les moyens de résister par elles-mêmes aux chocs. Plus largement, la notion de résilience place les bailleurs devant leurs propres responsabilités dès lors que ces derniers n’ont pu anticiper les grandes crises que le continent africain a connues.

En agriculture, la résilience désigne sa capacité à s’adapter aux conditions de changement de l’environnement, à résister aux chocs et – dans des situations « post-catastrophes » – à retrouver un certain équilibre. Pour rendre l’agriculture familiale résiliente face aux crises naturelles ou issues de l’action humaine, il importe d’améliorer durablement la productivité agricole et alimentaire ainsi que les revenus des plus vulnérables. Ceci induira le renforcement de l’état nutritionnel des ménages les plus fragiles. Cela signifie également l’accès aux soins de santé, aux services sociaux ou à l’éducation. Plus largement, il s’agit d’améliorer la protection sociale des communautés locales et populations vulnérables pour une sécurisation de leurs moyens de subsistance. Enfin, cette résilience ne peut s’envisager autrement que dans le cadre plus global du renforcement de la gouvernance de la sécurité alimentaire et nutritionnelle via le renforcement des capacités d’analyse, de mobilisation des ressources et de prévention des crises alimentaires des Etats nationaux.

L’agriculture familiale durable comme seule solution ?

Face aux défis de la sécurité et de la souveraineté alimentaires, le développement d’une agriculture durable basée sur l’amélioration des capacités de production des exploitations agricoles familiales est fondamental. Le renforcement des organisations de producteurs locaux est donc indispensable pour permettre à ces derniers, tout comme à leur population nationale, de s’engager pleinement dans la voie de l’autosuffisance alimentaire.
De nombreux rapports d’experts [3] rappellent l’importance d’un soutien à une agriculture familiale durable dans une perspective de sécurité alimentaire. Renforcer sa capacité à faire face aux aléas et catastrophes climatiques de demain est essentiel. Conjointement à cet enjeu, une réforme plus globale des systèmes alimentaires est souhaitée pour répondre aux défis économiques et sociaux futurs. Seuls des efforts concentrés sur une agriculture diversifiée et à petite échelle permettra de les relever.

Toutefois, tendre vers une agriculture familiale résiliente est un processus long et semé d’embuches. Parmi les obstacles identifiés figurent notamment l’absence de législations foncières, le landgrabbing et l’accaparement de ressources naturelles, la faiblesse des investissements en termes d’agriculture responsable, le manque de soutien aux petites exploitations ou encore la concurrence déloyale de l’agro-industrie « qui n’internalise pas les coûts sociaux et environnementaux que comporte son mode de production  [4] ».

Dans cette optique, la transition vers des systèmes alimentaires durables et le développement de véritables stratégies nationales semblent une nécessité pour renforcer la résilience des productions agricoles locales et réduire structurellement la vulnérabilité alimentaire et nutritionnelle des populations agropastorales.

La société civile ouest africaine engagée pour la résilience de ses exploitations agricoles

Par une déclaration commune portant sur leur propre perception de la résilience, les participants au séminaire du 28 octobre dernier ont rappelé cette évidence. Ils appellent également à ce que le statut de travailleur agricole soit pleinement reconnu dans les législations nationales afin de valoriser l’emploi dans le secteur agraire et, par là même, de lutter contre l’exode rural. Des stratégies visant à consolider la sécurité foncière, à valoriser les produits agricoles, à pérenniser les savoirs et à adapter les exploitations agricoles aux changements climatiques sont souhaitées. Tout comme la nécessité de renforcer les capacités de négociation des Etats du continent africain dans le cadre des accords de partenariat avec l’Union européenne et de mettre fin aux importations de productions vivrières au profit des productions saines et locales.

Un appui aux partenaires du Sud

L’Opération 11.11.11 soutient des programmes de lutte contre l’insécurité alimentaire et la malnutrition. C’est notamment le cas au Mali où, dans les Cercles de Nioro et Nara, la production locale ne couvre pas les besoins alimentaires de la population. Le projet qui y est développé vise à améliorer les revenus et l’accès aux marchés pour les petits producteurs et groupes vulnérables. Il s’agit également de favoriser leur accès durable à une alimentation équilibrée et saine ainsi qu’à des services de santé de base. Face au faible niveau de productivité agricole et à l’absence de sources de revenus alternatifs, le projet soutenu par l’Opération 11.11.11 – en appui à Solidarité Mondiale – accompagne la mise en place d’un système durable d’approvisionnement en intrants (semences, banque d’aliments pour bétails, etc.), forme sur la gestion de banques de céréales ainsi que sur les techniques de transformation agroalimentaire ou participe à l’ « éducation » nutritionnelle des populations locales. [5]

Le CNCD-11.11.11 s’est donc naturellement engagé au côté des organisations paysannes du Sud en soutenant la déclaration de la société civile sur la résilience en Afrique de l’Ouest, adoptée à Milan le 28 octobre 2015.

[1Commission européenne, Fiche-Info ECHO, AGIR au Sahel et en Afrique de l’Ouest, 2015.

[2Cf. Hyogo Framework for Action (HFA), UNISDR, 2005.

[4Lire à ce sujet : Coalition contre le faim, Objectif 2020. L’agriculture familiale au cœur des politiques belges contre la faim, Policy Brief, octobre 2015, 11 pages.

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