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Pour l’amélioration des conditions matérielles et sociales de vie des paysans

Le secteur agricole est, avec l’industrie textile, l’un des secteurs où le travail indécent est le plus répandu. Ce phénomène est la conséquence de la concentration des terres entre les mains d’une poignée de grands propriétaires et entreprises transnationales, de la concurrence entre agriculture industrialisée et familiale et des pratiques de dumping des pays du Nord.
Le déficit de travail décent dans le secteur de l’agriculture se traduit par un profond déni des droits au travail, une mauvaise qualité de l’emploi, des taux de chômage élevés, des conditions de travail peu sûres, l’absence de sécurité des revenus et une représentation insuffisante des travailleurs agricoles dans le dialogue social et l’absence même de toute dialogue social. Pratiques esclavagistes (absence de contrats, horaires extrêmement longs, vaporisation de pesticides dans les champs où travaillent encore des ouvriers agricoles…) et assassinat de syndicalistes (plus de 600 membres de syndicats agricoles assassinés en Colombie depuis 1980) représentent la partie visible de l’iceberg des mauvaises conditions de travail.

Différentes initiatives ont été lancées afin de remédier à cette situation. Il s’agit notamment d’aider les organisations rurales à se structurer en réseau afin de maîtriser l’ensemble d’une filière (de la production à la commercialisation) et d’être suffisamment représentatives pour influencer les politiques publiques en matière de législation sociale et de réforme agraire. Le but ultime de l’opération étant de lutter contre la paupérisation, l’exode rural, la dégradation de l’environnement, la surexploitation des ressources naturelles et de promouvoir un modèle de production agricole soucieux des consommateurs, de l’autonomie des paysans et de la préservation de la biodiversité.

Financé dans le cadre de l’Opération 11.11.11 2007, le Centre d’éducation populaire André Genot (CEPAG), appuie les actions de différentes organisations dans leur lutte pour la souveraineté alimentaire, la préservation de l’environnement et des techniques de culture traditionnelles et pour leur reconnaissance en tant qu’interlocuteur public. Il est présent dans sept pays sur trois continents, et en partenariat avec seize associations.

En Guinée Bissau, l’ONG Acção para o Desenvolvimento (AD - Action pour le développement) vise, entre autre, à développer les organisations de base et les systèmes alternatifs de financement du développement local et à y intégrer pleinement les populations, notamment via des radios communautaires. Différents programmes de radios communautaires, informent les groupes cibles (femmes et jeunes principalement) sur les activités génératrices de revenus rentables. AD offre ensuite des formations, des crédits et un appui tout au long de la réalisation de l’activité.
C’est ainsi qu’Ermelinda Augusto, commerçante de fruits et légumes, activité lui permettant à peine de survivre, a entendu parler de la filière de l’huile de palme en écoutant Radio Kasumaï. Comme il s’agit d’un produit plus prisé et moins périssable que les fruits et légumes, elle commence alors à acheter l’huile aux producteurs pour la revendre sur les marchés. Très vite, elle se rend compte qu’il faut acheter en gros et revendre sur des marchés plus importants, où sont présents les commerçants. Elle persuade alors huit autres femmes de se joindre à elle et va vendre l’huile jusqu’àu Sénégal où le produit a une valeur ajoutée plus élevée. Aujourd’hui, elles produisent elles-mêmes leur huile avec les presses achetées à crédit au CENFOR, le centre de formation d’ AD.
« La radio Kasumaï a raconté notre histoire. Avec d’autres groupes de femmes, nous sommes organisés en filières. Aujourd’hui, nous imposons notre prix aux commerçants, nous savons réguler les marchés en fonction de l’offre et de la demande pour maintenir les prix et nous offrons une qualité imbattable dans la région : notre huile est la plus prisée ! »

Au Nicaragua, dans la région de Jinotega, la Cuculmeca [1] est une association d’Education et de Communication. Elle est active dans les domaines de l’agroécologie, de l’environnement, de l’éducation et de la participation citoyenne. Via un appui technique (moyens de communication), pédagogique et méthodologique (processus participatif) le CEPAG soutient un projet d’autosuffisance alimentaire au bénéfice de 210 familles de la région de Jinotega. Il s’agit de mettre l’accent sur l’agriculture (cultures de base) et l’élevage (poules, poulets). Dans cette région, la majorité des exploitants agricoles étaient des femmes célibataires avec enfants à charge qui devaient travailler à l’extérieur en plus de travailler leur propre ferme, notamment parce que leur manque de formation (en technique administrative et en gestion) les empêchait d’avoir une ferme rentable. Suite à l’appui de la Cuculmeca, les bénéficiaires du projet ont une meilleure alimentation et ont atteint l’autosuffisance alimentaire. Ils ont créé des emplois et généré des revenus. Les femmes sont pleinement intégrées au projet et tiennent notamment la comptabilité de la coopérative. Elles témoignent de leur succès : « Nous nous sommes formées au fonctionnement de la coopérative, à la comptabilité, (…) à l’usage des plantes médicinales et alimentaires et nous faisons nous-même les remèdes chez nous. Nous faisons nous-même la comptabilité et ne payons plus de comptable. Toutes ces réussites que nous avons atteintes sont des bénéfices pour nos familles et pour la communauté. »

Dans la province du Bandundu, en République démocratie du Congo (RDC), l’ONG BUACO (Bureau d’appui à l’auto promotion des communautés de base) a pour objectif de contribuer à l’auto promotion durable des communautés rurales. Dans le territoire de Bolobo, de nombreux paysans ont acquis des terres pour y installer des fermes agropastorales. Très souvent, les investissements sont limités à deux ou trois cases et un nombre identique de vaches. Afin de démarrer leur activité, ces nouveaux fermiers recrutent des paysans qui exercent comme travailleurs agricoles et bouviers en échange d’un bout de terre, d’un toit et de la promesse de devenir propriétaire d’une vache au bout de trois à cinq ans. Cet arrangement équivaut à un salaire de 0,20$ par jour. C’était le cas de Norbert jusqu’à ce qu’il rencontre l’ONG BUACO. Très vite, il s’inscrit au syndicat des producteurs vivriers qui lui permet d’avoir accès à un fond rotatif pour acquérir des semences de bonne qualité, puis un meilleur équipement et enfin une vache et un étang piscicole. Grâce aux différentes formations mises en place dans les domaines des taxes, des lois foncières ou du code forestier, Norbert est en mesure de refuser les taxes illégales. Depuis ses enfants sont également scolarisés.

Si les méthodes de soutien diffèrent d’un pays à l’autre et d’un groupe de bénéficiaires à l’autre, c’est qu’elles s’adaptent à la fois aux besoins et aux potentiels sur place. Par le renforcement des organisations locales,c’est l’ensemble d’un réseau, déjà intégré dans la communauté, qui est soutenu. Des conditions de travail et des revenus décents sont plus facilement exigibles lorsque qu’on a la possibilité, comme Ermelinda, de s’imposer face aux autres, d’être informé et défendu comme Norbert en RDC ou de vivre de sa propre production comme c’est le cas au Nicaragua.

[1La Cuculmeca tire son nom d’une racine poussant dans les forêts humides du Nicaragua et traditionnellement utilisée pour soigner l’anémie et les problèmes de menstruations

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