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Pour un retrait des troupes belges d’Afghanistan

Rabab Khairy Rabab Khairy
30 juin 2010

Le 19 mars 2010, le gouvernement belge, aujourd’hui démissionnaire, a décidé de façon unilatérale de prolonger l’engagement des troupes belges en Afghanistan jusqu’à la fin de l’année 2011. Cette décision n’a fait l’objet que d’une simple discussion a posteriori en Commissions réunies des Relations extérieures et de la Défense nationale de la Chambre des Représentants, le 29 mars. Comment une décision aussi grave et importante peut-elle être prise uniquement par le Conseil des ministres sans qu’il n’y ait eu au préalable un débat parlementaire ou même public ? Nous, organisations de la société civile belge, souhaitons rompre ce silence et exprimer notre désapprobation et celle d’une grande partie de l’opinion publique belge à un engagement militaire en Afghanistan.

Ailleurs, les débats sont plus vivaces. Au Pays-Bas, le gouvernement est tombé en février faute d’un accord pour le prolongement des forces néerlandaises et la décision du retrait des troupes néerlandaises en août 2010 a été maintenue. En Allemagne les débats font rage entre les formations politiques et dans les médias et plus de 70% de l’opinion publique est opposée à la guerre en Afghanistan. Le Canada a annoncé le retrait de ses troupes en 2011. Et même le président américain a annoncé un début de retrait de ses troupes en juillet 2011. En Belgique, notre gouvernement va contre cette tendance, et sa démarche politique consiste surtout à se faire bien voir de la Maison Blanche et ce malgré le fait que les troupes belges se sont retrouvées ces derniers temps à plusieurs reprises dans de pénibles situations de combat.

Pour motiver cette décision, le ministre des Affaires étrangères, Steven Vanackere, a déclaré qu’une stratégie de sortie ne peut être liée à un calendrier, mais seulement à des résultats. Et le Premier ministre, Yves Leterme d’ajouter que les objectifs à atteindre en Afghanistan sont : sécurité, stabilité, bonne gouvernance, ordre et état de droit. Ces déclarations, prononcées en mars 2010, ne tiennent absolument pas compte du résultat catastrophique de 9 ans de guerre en Afghanistan. Il est paradoxal que les combats n’ont fait que renforcer l’insurrection de groupes armés afghans, y compris ceux des Talibans. Au point que les Etats-Unis envisagent de négocier avec les Talibans « les plus modérés ». Le bilan est aussi très lourd pour la population afghane avec près de 10 000 victimes civiles depuis 2001. La présence de plus de 150 000 militaires de l’OTAN a conduit à une extension du conflit à tout le pays et à la région, notamment au Pakistan. L’occupation militaire massive a permis le maintien au pouvoir d’un régime corrompu et autoritaire. Le président Karzai a été réélu grâce à une vaste fraude électorale et au soutien de criminels de guerre notoires, tels que Abdul Rashid Dostum, Gulbuddin Hekmatyar, Mohammed Fahim et Karim Khalili. Ceci ne pouvant être une bonne alternative au pouvoir taliban !

Avec un tel bilan, n’est-il pas irresponsable de la part du gouvernement belge de décider de maintenir les 626 soldats belges et les 6 avions de combat F-16 ainsi que de faire peser sur le contribuable belge le coût de près de 110 millions d’euros rien que pour l’année 2010 ?

Rappelons également que le dernier rapport du bureau des Droits de l’Homme des Nations Unies, publié en mars 2010, tout en décrivant une situation catastrophique en terme de pauvreté, critique fortement les pays donateurs qui via leur aide au développement cherchent à servir avant tout leurs objectifs militaires et politiques dans le pays. Des fonds très importants sont ainsi versés aux PRT (Equipes de reconstruction provinciale), missions confiées aux militaires pour « sécuriser » les travaux de reconstruction, qui sont au centre de la stratégie de l’OTAN dite de « gagner les cœurs et les esprits » en faisant passer pour de l’aide humanitaire des objectifs militaires. Les demandes et les choix des Afghans sont très peu respectés ou pris en compte. Et les organisations humanitaires refusent d’être « protégées » par les forces militaires car cela crée un amalgame dangereux aux yeux de la population afghane qui les identifie aux forces d’occupation. Là aussi l’échec de cette collaboration civilo-militaire est flagrant !

Des leçons doivent être tirées de ce bilan et un changement de cap qui vise une solution politico-diplomatique au conflit doit être décidé par le gouvernement belge. Il est nécessaire que toutes les parties concernées, afghanes et étrangères, engagent des pourparlers de paix afin de proposer rapidement une alternative stable à la situation actuelle, impliquant le retrait des troupes occidentales. Nous considérons que cette guerre doit prendre fin et que les troupes belges doivent se retirer d’Afghanistan. La population afghane doit pouvoir prendre son avenir en mains pour instaurer un état démocratique qui mènera à une politique de développement au bénéfice de tous. La contribution des pays donateurs, y compris celle de la Belgique, doit viser uniquement le développement du pays et soutenir la société civile afghane seule à même d’identifier les besoins de sa population.

Signataires :

CNCD-11.11.11, 11.11.11 – Koepel van de Vlaamse Noord-Zuidbeweging, Coordination Nationale d’Action pour la Paix et la Démocratie et ses 46 associations membres, La Plate-forme Afghanistan, Aktie Vredesbelasting (VRAK), Artsen voor Vrede, BRussells Tribunal, CODIP , CSOTAN, FOS – Socialistische Solidariteit, Intal, Käthe Kollwitz Vredesloop, KifKif, KP, Leef !, LEF, Mediadoc/De Groene Belg, Vaka / Hand in Hand, Uilekot, Vlaams Palestina Komitee, Vonk, Vrede vzw, Vredesactie, Vredeshuis Aalst, Vrouwen Overleg Komitee (VOK), MIR-Irg.

Tags: Afghanistan

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