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Priorité au foot ! Les équipes des colonies israéliennes à l’agenda de la FIFA

Nathalie Janne d'Othée Nathalie Janne d’Othée
10 octobre 2016

Les 13 et 14 octobre prochain, le Conseil de la FIFA devra se prononcer sur la situation des clubs de football des colonies israéliennes évoluant dans l’Association israélienne de football, et donc dans la FIFA.

Amis du ballon rond, fans des Diable Rouges, que vous aimiez le foot sur le terrain ou à l’écran, c’est à vous qu’on s’adresse ! Les 13 et 14 octobre prochain, le Conseil de la FIFA devra se prononcer sur la situation des clubs de football des colonies israéliennes évoluant dans l’Association israélienne de football, et donc dans la FIFA. Deux raisons très simples devraient convaincre ses membres d’exclure les équipes des colonies israéliennes : la première se trouve dans les statuts-mêmes de la FIFA, la seconde dans le fait que cela implique économiquement la FIFA dans les colonies, c’est-à-dire dans un crime de guerre.

Les équipes de football d’une fédération ne peuvent être établies sur le territoire d’une autre fédération

Que disent les statuts de la FIFA ? Les articles 11 (1), 72 (2), 73 stipulent que les équipes de football d’une fédération ne peuvent être établies sur le territoire d’une autre fédération, sans l’autorisation de la FIFA ou de cette autre fédération. Or six équipes israéliennes situées dans des colonies installées sur le territoire palestinien occupé se situent sur le territoire de, et contre la volonté de, l’Association palestinienne de football, reconnue par la FIFA en 1998.

Les colonies israéliennes sont des lotissements, allant jusqu’à des villes entières, construites sur le territoire palestinien. Elles privent les Palestiniens de leurs terres, souvent des terres agricoles qui leur assuraient un revenu. Elles entrainent des destructions de maisons palestiniennes et des déplacements de population. Ces colonies sont reliées à Israël par des routes, un réseau électrique et par l’eau courante, que les Palestiniens ne peuvent utiliser. La Banque mondiale estime à 3,4 milliards de dollars le manque à gagner induit par les colonies pour l’économie palestinienne, soit 85% du PIB palestinien. Depuis l’occupation israélienne du territoire palestinien en 1967, quelque 500.000 colons s’y sont installés. Ils y sont protégés par l’armée israélienne ainsi que des barrières. Aucun Palestinien n’a accès aux colonies sans permis spécial. Les clubs des colonies israéliennes ne sont donc accessibles qu’aux jeunes des colonies, et non aux jeunes Palestiniens.

Les clubs des colonies israéliennes ne sont donc accessibles qu’aux jeunes des colonies, et non aux jeunes Palestiniens

Il existe un consensus international sur l’illégalité des colonies israéliennes. Elles constituent un crime de guerre selon l’article 8, 2, b, VIII du Statut de Rome de la Cour pénale internationale (1998). L’organisation Human Rights Watch a récemment publié un article mettant en garde la FIFA : en permettant à l’Association israélienne de football de tenir des matchs dans le territoire palestinien occupé, la FIFA est économiquement impliquée dans les colonies. En juillet 2014, plusieurs gouvernements européens, dont le gouvernement belge, ont mis en garde les entreprises et les citoyens sur les risques qu’ils encourent par une participation à des activités économiques et financières dans les colonies israéliennes. Le Conseil des droits de l’Homme des Nations Unies a par ailleurs annoncé vouloir publier une « liste noire » des entités actives dans les colonies en mars 2017. Si la FIFA ne prend pas de mesures contre les équipes des colonies, elle risque de se retrouver sur cette liste noire.

Pour dépolitiser la question, la meilleure solution est de s’en tenir aux principes du droit international

Les autorités israéliennes poussent la FIFA à rejeter la demande palestinienne et à maintenir le statu quo afin de ne pas mêler le foot et la politique. Or pour dépolitiser la question, la meilleure solution est de s’en tenir aux principes du droit international. La FIFA doit s’appuyer sur une « approche basée sur le droit » et faire primer le droit international, les droits de l’Homme et les statuts de la FIFA. Jouer sur base de ces règles-là est la meilleure manière d’éviter que la politique ne porte préjudice au football.

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