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Citoyen, citoyenne

Produire autrement une autre information

Aurélie Mommens Aurélie Mommens
2 septembre 2011

Si la vidéo est depuis longtemps un outil d’information, de sensibilisation et de mobilisation, le développement des réseaux sociaux et des plateformes vidéos sur Internet permet le foisonnement de projets alternatifs aux médias traditionnels.

Le développement de la vidéo sur Internet offre de nouvelles possibilités pour toucher voire mobiliser le public. Associations ou individus, certains ont saisi cette opportunité en développant des outils vidéos avec l’envie d’aborder une multitude de sujets ignorés par les médias de masse. Leur but : faire exister une voix citoyenne en donnant la parole à ceux qui ne sont pas entendus. Qu’ils soient professionnels ou amateurs, ils aspirent à informer le grand public, mais autrement. Parmi les multiples initiatives qui ont vu le jour ces dernières années, retenons-en trois.

Des outils pour sensibiliser

Switch . Switch

Switch est une jeune asbl créée en avril 2010 et dédiée à la conception d’outils d’éducation à la citoyenneté. Elle est née dans l’esprit de cinq jeunes, anciens étudiants en animation socio-culturelle à l’IHECS (Bruxelles), qui ont réalisé ensemble leur premier outil pédagogique « Du riz et des hommes » dans le cadre de leur mémoire de fin d’étude. Le documentaire connaît un succès certain et l’équipe, satisfaite du résultat, décide de retenter l’aventure. Ils mettent sur pied Switch. Leur objectif est clair : participer à «  l’émergence d’une citoyenneté active, responsable et solidaire  » en créant des outils multimédia. Principalement centrés sur les inégalités dans les relations Nord-Sud, les documentaires de Switch sont réalisés en partenariat avec des associations (CNCD-11.11.11, Plan Belgique, SOS Faim …).

Pour Antonella Lacatena, il s’agit de répondre à une double exigence de ces organisations. En effet, si ces dernières ont besoin d’un outil technique de qualité, elles veulent aussi et surtout travailler avec des personnes proches du monde des ONG, et capables d’aborder des sujets délicats avec le vocabulaire approprié. L’équipe de Switch apporte ainsi une plus-value, puisque ses membres sont déjà sensibilisés à des thèmes dont sont friandes les ONG (crise alimentaire, justice climatique, lutte contre la pauvreté, etc.). Les vidéos ont en commun la mise en évidence d’initiatives locales pour combattre les inégalités, que ce soit l’organisation en syndicats des agriculteurs maliens pour faire face à la privatisation des terres, ou la mise en place par les communautés des hauts plateaux boliviens de leurs propres stratégies de développement. Aujourd’hui, le souhait de l’asbl est de développer un projet indépendant, 100% Switch.

Une télévision pour les aveugles

Télébraille . Télébraille

Passons maintenant à Telebraille, la « télévision pour les aveugles ». Un nom accrocheur pour un projet qui dénonce les violations des droits humains, les abus et injustices perpétrés en Amérique latine et particulièrement en Colombie. Bien décidé à faire parler ici de ces problématiques brûlantes, Rafael Abril, colombien résidant en Belgique, débute son action de solidarité par l’organisation de conférences et débats. Mais il se rend rapidement compte qu’il est nécessaire de toucher un public plus large, au-delà des habitués, déjà convaincus, qui se rendent à ce type de rencontres. C’est ainsi qu’est née, il y a quatre ans, cette initiative citoyenne, d’abord au travers de capsules postées sur Youtube, pour ensuite se muer en site web. Le résultat ? De courtes séquences, filmées avec une petite caméra afin de conserver un caractère de télévision mobile, tout en soulignant qu’une telle action est possible, malgré un budget très restreint, pour ne pas dire nul.

Faire exister une voix citoyenne en donnant la parole à ceux qui ne sont pas entendus

Aujourd’hui, ils sont trois, à Bruxelles, Barcelone et Stockholm. Ils tentent de réagir le plus rapidement possible à l’actualité, aux abus qui ont lieu en Colombie, et ce en lien avec les organisations locales. La parole est donnée aux associations sociales, aux syndicats, aux indigènes, aux minorités. En bref, à ceux qui sont souvent ignorés par les médias traditionnels. Leur rêve est d’avoir dans le futur un rôle de plate-forme, de relais pour les images et informations en provenance des ONG colombiennes partenaires. Et petit à petit, ils tentent de donner vie à cette idée, notamment en travaillant avec les radios communautaires colombiennes ou encore avec les associations indigènes, dans le but d’élargir progressivement le réseau et de renforcer le lien de solidarité.

Décloisonner les têtes

Zin Tv . Zin Tv

Enfin, last but not least, présentons ZinTV, un centre de formation qui a la particularité, dans le paysage de la pédagogie audiovisuelle belge, de disposer d’une plate-forme de diffusion. Concrètement, il s’agit d’un double projet : accompagner les jeunes cinéastes dans leur apprentissage, tout en mettant sur pied un média citoyen. Ses créateurs sont partis d’un constat, celui d’avoir l’impression de tourner en rond, de former des cinéastes qui doivent ensuite se conformer aux « standards » des médias de masse. C’est là l’origine de leur volonté d’indépendance. Leur slogan, c’est « décloisonner les têtes », c’est-à-dire dépasser les barrières sociales, culturelles et économiques. C’est rendre le spectateur actif, encourager l’esprit critique. ZinTV se veut donc une télé engagée, un espace de participation et de rencontre pour les citoyens et les organisations populaires. La plupart du temps, les sujets abordés suivent l’actualité sociale belge : le mouvement des indignés, le festival Steenrock devant le centre fermé 127bis,… mais aussi internationale : Fukushima ou l’intervention de l’Otan en Libye,… Selon Ronnie Ramirez, réalisateur professionnel, il s’agit avant tout de s’inscrire dans une ligne historique, de s’inspirer de l’émergence des médias communautaires en Amérique latine, de cet éveil citoyen, cette volonté de s’exprimer. « ZinTV, c’est en quelque sorte la proposition belge ». Aujourd’hui, l’association cherche à s’étendre, notamment en envisageant une traduction néerlandophone.

Ce rapide tour d’horizon montre que des initiatives citoyennes, aussi fragiles soient-elles, peuvent aboutir à un résultat. Qu’il ne s’agit pas (seulement) d’une question de moyens, mais de personnes motivées et convaincues de la nécessité de leur action : produire autrement une autre information.

Source : article publié dans dlm, demaine le monde, n°9, septembre-octobre 2011 // www.cncd.be/dlm

Qui ? Aurélie Mommens
Adresse Quai du Commerce, 9 - 1000 Bruxelles
Téléphone +32 250 12 30

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