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Quand les pays du sud perçoivent un euro du nord, ils en paient deux

Jean-François Pollet Jean-François Pollet
18 mai 2015

Imagine demain le monde - A l’échelle mondiale, l’argent du développement se déplace des pays pauvres vers les pays riches, dans une proportion qui va du simple au double. En un mot, le Sud enrichit le Nord. Ce constat détonant est dressé par Eurodad, un réseau d’ONG européennes qui dénonce le poids de la dette et les déséquilibres financiers qui écrasent les pays du Sud.

Un euro donné, deux euros reçus. Voilà l’équation Nord-Sud d’aujourd’hui. Avec un rapport de un à deux entre les flux financiers qui entrent et ceux qui sortent des pays en développement.
Aujourd’hui, l’aide publique au développement, les transferts des migrants et les investissements privés vont vers les pays du Sud. Cette manne financière favorise l’activité et génère des revenus. Que deviennent ensuite ces revenus ? Ils repartent vers le Nord. Au final, le développement du Sud enrichit donc surtout les pays industrialisés. « Cette situation est particulièrement choquante, s’indigne Jesse Griffiths, directeur d’Eurodad. Des fonds qui auraient dû être en principe investis dans le développement du Sud sont en réalité rapatriés vers les riches pays du Nord. »

Parcourons l’infographie ci-jointe. En 2012 [1], 1 078 milliards de dollars (954 milliards d’euros) sont entrés dans les pays en développement. La flèche bleue donne le détail de ce flux : chaque euro entrant est composé de 3 centimes d’aide militaire, politique ou financière d’Etat à Etat (« Autres flux »), 3 centimes de dons d’ONG et de fondations, 6 centimes d’achats d’actions et participations dans des entreprises, 10 centimes d’aide au développement, 34 centimes d’envois d’argent par les migrants et 44 centimes d’investissements directs.

Toujours en 2012, 2 242 milliards de dollars (1 984 milliards d’euros) ont pris le chemin inverse. C’est le double des flux entrants : pour un 1 euro qui entre, il en sort 2,08. La flèche rouge détaille la composition de ces 2,08 euros : 14 centimes de payement d’intérêts sur la dette, 42 centimes de versements de dividendes et profits, qui sont le corollaire des investissements, 59 centimes d’achats de dettes du Nord, le plus souvent des titres nord-américains [2], et 93 centimes d’évasion fiscale, blanchiment d’argent et trafics en tous genres.

« On sait depuis longtemps que les politiques fiscales avantageuses pour les multinationales, l’existence de paradis fiscaux, de contrebande, de détournements de fonds touchent très fortement les pays en développement. Et, a contrario, avantage le Nord, car c’est là que se trouvent les banques et le siège de beaucoup de multinationales. La coopération doit prioritairement lutter contre l’évasion fiscale et permettre aux pays du Sud de profiter de leurs ressources domestiques, notamment leurs ressources minérales  », dénonce Rachel De Plaen, chargée de recherche au CNCD-11.11.11.

Avec des flux aussi désavantageux, le Sud est contraint de s’endetter. Toujours en 2012, les pouvoirs publics et les acteurs privés ont contracté une créance de 425 milliards de dollars. La dette du Sud, acteurs publics et privés confondus, n’a jamais été aussi élevée : 4 800 milliards de dollars (4 248 milliards d’euros). Les pays très pauvres en particulier sont pris dans une spirale dont ils ne pourront sortir seuls, leur dette publique augmente chaque année de 1,3 % à 2 % de leur PIB. « L’ONU, conclut Jesse Griffiths, a promis de créer un mécanisme de résolution juste et rapide des crises de la dette à la fin de cette année : il est temps de tenir cette promesse.  »

[1Derniers chiffres disponibles. Eurodad a réalisé cette infographie en 2014.

[2Ces achats de créances servent essentiellement à constituer des réserves de change.

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