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Quatre « moins » pour ceux qui souffrent du climat

Véronique Rigot Véronique Rigot
25 novembre 2013

La Pologne vient d’accueillir la 19e Conférence des Nations Unies pour le climat (COP-19). Du 11 au 22 novembre, les négociateurs ont eu deux semaines pour progresser dans la définition des contours du futur accord pour le climat. Bilan de la conférence : déception et frustration.

Pour les pays du Sud et la justice climatique, ces négociations internationales de Varsovie étaient plus que jamais cruciales. Repassons en revue les quatre chapitres clefs de la conférence (déjà évoqués dans notre article du 9 novembre) : les financements climat, l’assistance aux victimes des changements climatiques, mais aussi l’ambition et l’équité.

Financements : rien de structurel, quelques sous pour l’adaptation

Le gouvernement polonais avait voulu que Varsovie soit « la conférence des financements ». Sur ce point, c’est l’échec total. Pas d’engagement concret pour la période 2013-2015, ni de la part de la Belgique, ni au niveau international.

Pas de financement à plus long terme non plus et aucune garantie de l’atteinte de l’objectif, annoncé à Copenhague (2009) et validé à Cancún (2010), de mettre 100 milliards de dollars annuels à disposition des pays du Sud dès 2020 et au-delà. En effet, aucun échéancier clair n’a été défini pour suivre, d’année en année, la progression des financements climat. La question des sources innovantes de financement (mise aux enchères des quotas d’émissions, taxe sur les transactions financières, taxe sur le transport international, réallocation progressive des subsides alloués aux énergies fossiles, etc.) n’a pas fait l’objet de décisions officielles. En un mot comme en cent, le texte est absolument décevant, dénué de véritables avancées à ce sujet.

Un petit point positif, cependant, qui concerne le volet de l’adaptation. Le Fonds pour l’adaptation, créé il y a quelques années et déjà opérationnel, était moribond, faute de financements. Les gestionnaires du fonds avaient lancé un cri d’alarme en 2012 et un appel de fonds de 100 millions de dollars d’ici la fin 2013 pour lui permettre de continuer à fonctionner. C’est chose faite grâce à une série de pays, en grande majorité européens, dont la Belgique, qui a contribué à hauteur de 3,25 millions d’EUR.

C’est une bonne nouvelle, mais qui doit être relativisée, tout d’abord parce que ce sont des cacahuètes par rapport à la demande des pays du Sud (qui était d’avoir un engagement financier de 60 milliards de dollars pour 2013-2015 pour l’atténuation et l’adaptation). Ensuite, 90% de cet argent provient de pays européens (les USA, le Royaume Uni, le Japon, l’Australie, entre autres, ont été sourds à cette demande pour l’adaptation). Enfin, on ne connaît pas encore tous les détails des financements pour l’adaptation et on ne sait donc pas si c’est argent est nouveau et additionnel à l’aide publique au développement. C’est en particulier le cas pour la contribution de l’Etat fédéral aux 3,25 millions belges (1,5millions EUR) : nous attendons de savoir si celle-ci n’est pas de l’aide publique au développement recyclée.

Un mécanisme international d’assistance aux victimes , mais transitoire

Autre gros dossier sur la table pour les pays du Sud et qui a fait l’objet d’un bras de fer jusqu’aux dernières heures : la création d’un mécanisme international d’assistance aux victimes des changements climatiques [1]. La reconnaissance des pertes et préjudices climatiques constitue, aux yeux des pays du Sud, un troisième pilier de la lutte contre le réchauffement, à côté de l’atténuation (attaquer la cause du problème) et de l’adaptation (s’adapter aux aléas du climat). Quand il n’est pas ou plus possible de s’adapter, dans le cas de catastrophes aigües et très spectaculaires ou dans le cas de catastrophes plus sournoises (comme par exemple la salinisation des terres et des nappes phréatiques suite à l’élévation du niveau de la mer), les pays du Sud demandent une réponse internationale pour aider les victimes des changements climatiques.

Les pays du Nord, Etats-Unis en tête, y étaient radicalement opposés, en particulier à la question de la compensation qui impliquerait un dédommagement financier. Le mécanisme est finalement créé, mais le compromis est boiteux car il sera temporairement hébergé sous le chapitre adaptation (et ne constituera donc pas un troisième pilier comme demandé par les pays du sud) et devra être renégocié dans deux ans à Paris. L’Union européenne a été très faible sur cette question, elle ne s’est pas prononcée clairement en faveur de la création du mécanisme.

Quand on pense au sort des victimes climatiques, il est difficile d’être satisfait avec ce type de compromis dans le sens où il est conditionné à la bonne volonté future : il ne pourra devenir un vrai mécanisme à part entière qu’en 2015, et on a vu ici combien les négociations peuvent être longues et difficiles.

Moins d’ambition, pas d’équité

Avec si peu de résultats, difficile de maintenir la confiance des parties dans le processus de négociations, pour la préparation du futur accord. Comme les pays du Sud le rappellent, c’est de plus d’ambition pour limiter le réchauffement que la planète a besoin, population comme écosystèmes. Ici aussi, déception. On a vu les pays industrialisés, et en particulier le Japon et l’Australie, réviser à la baisse leurs objectifs de réduction d’émissions alors qu’on attend de tous qu’ils les rehaussent.

Le leitmotiv des ONG internationales est : « Il n’y aura pas d’accord ambitieux sans équité, et pas d’équité sans un accord ambitieux en 2015 ». Les pays du Sud revendiquent en effet l’équité comme condition nécessaire du futur accord. Mais la donne est en train de changer : on a vu à Varsovie de grands pays émergents, l’Inde en particulier, freiner le processus. Cette dernière a demandé de retirer le terme équité du texte alors qu’il y a peu, elle l’exigeait en invoquant son droit au développement. Le terme « équité » a donc disparu du texte. L’étape cruciale que l’on espérait voir franchie à Varsovie, avec l’approbation internationale d’une série de principes et d’indicateurs permettant de préciser ce concept d’équité, n’a donc pas été accomplie. Et c’est toute la suite du processus de préparation du futur accord qui s’en voit affaiblie.

Varsovie, une étape cruciale, un échec total

On le voit, la Conférence de Varsovie était une étape cruciale pour la préparation du futur accord international, elle se résumera à un échec total. Devant cette mascarade, menée de front par un gouvernement polonais trop influencé par les lobbies des industries du pétrole et du charbon, les ONG et les syndicats internationaux ont décidé de quitter l’enceinte de conférence avant la fin.

2014 sera une année charnière avec, notamment, un sommet international convoqué par le Secrétaire général des Nations Unies Ban Ki-moon en septembre 2014 et, probablement, de grandes mobilisations de la société civile pour rappeler à nos gouvernements qu’ils sont mandatés pour prendre des décisions ambitieuses pour la planète et le bien-être de ses 7 milliards d’habitants.

Véronique Rigot, à Varsovie

[1Lire du même auteur Pertes & profits sur le climat. Quelle assistance aux victimes ?, Point Sud, les études du CNCD-11.11.11, novembre 2013

Nous étions 75 000 pour la justice climatique !



Marée humaine ce 2 décembre à Bruxelles.
#ClaimTheClimate
]

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