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Rencontre avec Joseph Bobia

R.D. Congo : des ressources naturelles pour la reconstruction

Le CNCD-11.11.11 a rencontré Joseph Bobia, coordinateur du Réseau ressources naturelles en République démocratique du Congo à l’occasion de son passage en Belgique. Il nous explique brièvement le travail du réseau et la problématique des ressources naturelles.

S’il y a bien une image que l’on peut coller à la République démocratique du Congo, c’est celle d’être un pays riche avec une population très pauvre.
En effet, ce pays d’Afrique centrale regorge de ressources naturelles, de richesses minières (coltan, cobalt, cuivre, etc.), de gigantesques surfaces de terre arables très fertiles, du quart des réserves africaines d’eau et du deuxième plus grand massif de forêts tropicales du monde. Malgré cela, l’écrasante majorité de sa population vit dans le dénuement le plus complet, la RDC étant classée parmi les dix pays les plus pauvres de la planète.

Si cela ne suffisait, le pays est traversé quasi en permanence, depuis la fin de la dictature de Mobutu (1965-1997), par des conflits qui ont déjà provoqué plusieurs millions de morts et de déplacés. Derrière ces conflits à répétition mettant aux prises forces gouvernementales, milices armées et pays étrangers, il y a la volonté de ces acteurs de mettre la main sur les richesses du pays.

Depuis 2002, tout en essayant de pacifier le pays et tout en menant un difficile processus de transition à la démocratie, le gouvernement tente de remettre de l’ordre dans ce domaine, c’est pourquoi il a adopté de nouveaux codes minier et forestier pour promouvoir l’exploitation durable des ressources naturelles congolaises au profit d’une reconstruction du pays et de son économie. Car il y a urgence. Les ressources forestières et minières de la RDC risquent de s’épuiser. La faiblesse de l’Etat de droit, incapable de mettre en application les lois régissant l’exploitation des ressources naturelles, ainsi que l’ampleur du phénomène de la corruption, permettent à un grand nombre de compagnies qui exploitent ces ressources de ne respecter ni la législation, ni leurs responsabilités sociales.

Dans ce contexte, le CNCD-11.11.11 soutient plusieurs initiatives de la société civile locale comme celle du Réseau ressources naturelles (RRN-RDC) [1].
De passage en Belgique, son coordinateur, Joseph Bobia, a répondu à nos questions.

Quel est l’objectif du Réseau Ressources Naturelles au Congo ? Sa stratégie d’action ?

Joseph Bobia : le RRN s’assigne une panoplie d’objectifs, notamment la lutte pour une gestion rationnelle et durable des ressources naturelles.

Pour le cas spécifique de la forêt, cette lutte rationnelle et durable est axée sur la reconnaissance des droits et pratiques traditionnelles des communautés locales et autochtones (40 millions de Congolais dépendent directement ou indirectement des forêts). Ces luttes s’organisent autour d’actions de sensibilisation des populations locales et de plaidoyer envers les décideurs politiques.

Quelle est l’importance de la forêt congolaise pour le développement du Congo ? Comment assurer que la gestion de la forêt bénéficie au développement des populations ?

J.B. : Le potentiel forestier congolais représente environ 145 millions d’hectares. Sa gestion durable peut rapporter énormément à l’État. Notamment en monnayant une indemnisation de la communauté internationale en contrepartie de la gestion durable de ce poumon planétaire, dans le cadre de le REDD (Réduction des émissions dues à la déforestation et à la dégradation) [2]. Ce serait une source de financement considérable pour la lutte contre la pauvreté.

Mais la gestion durable de la forêt congolaise nécessite une série de préalables pour lesquels le réseau se mobilise. Il s’agit notamment de la nécessité de la mise sur pied d’un arsenal juridique se rapportant au secteur forestier (loi cadre sur l’environnement, loi sur la conservation de la nature, code agricole), de l’élaboration et la mise en place d’un plan national d’utilisation des sols, de la réalisation d’un zonage national participatif, de l’harmonisation de certaines lois intervenant dans le secteur forestier, etc.

Quelles sont les victoires enregistrées par le RRN ces derniers mois ?

J.B. : Le RRN, qui a toujours milité pour une gestion durable des ressources naturelles au profit des communautés locales et autochtones, a contribué aux efforts pour instaurer une meilleure gouvernance du secteur forestier, notamment en participant aux travaux de la Commission interministérielle chargée de formuler les recommandations pour la convertibilité ou non de 156 titres forestiers en contrats des concessions forestières [3].

Depuis janvier 2009, le RRN a été désigné par la société civile comme point focal du groupe de travail sur le REDD. Le RRN est à la fois membre du comité de pilotage chargé de l’élaboration des mesures d’application du code forestier, du comité de pilotage chargé de la mise sur pied du fonds fiduciaire pour le financement durable des aires protégées et du comité chargé de finaliser les préparatifs du programme de zonage forestier.

Quelle est l’importance pour le RRN d’avoir des partenaires au Nord comme le CNCD-11.11.11 ? Quel message voudriez-vous envoyer aux milliers de volontaires qui collectent de l’argent chaque année pour financer des partenaires comme le RRN en RDC ?

J.B. : La problématique du réchauffement climatique force aujourd’hui l’humanité toute entière à se mobiliser pour désamorcer la bombe climatique qui, si rien n’est fait, n’épargnera personne. Nous pensons que la pertinence et l’efficacité du travail du RRN-RDC sont tributaires des apports de diverses natures de ses partenaires du Nord comme le CNCD-11.11.11.

Aux milliers de volontaires 11.11.11, je voudrais dire ceci : votre mobilisation contribue à la mise en œuvre d’un monde plus juste, dans lequel le mieux être constituera le principe et la misère l’exception.

[1Ce projet est financé dans le cadre du programme ’Citoyenneté et démocratie’. Voir en ligne : www.cncd.be/programme-citoyennete-democratie.

[2Le principe de la REDD est d’octroyer une compensation financière pour la réduction des émissions des gaz à effet de serre (GES) issues de la déforestation et de la dégradation tropicale.

[3Un nouveau code forestier a été adopté en 2002. Un moratoire a été imposé pour empêcher l’exploitation des forêts, le temps de réviser tous les contrats forestiers et un plan de zonage. Mais ce moratoire a été contourné et des concessions ont été octroyées au profit de sociétés industrielles. En janvier 2009, une commission lancée par le gouvernement congolais, a recommandé, sur 156 titres forestiers, que 65 soient convertis en concessions. Cette commission a reproché aux 91 autres d’avoir entre autres exploité le bois sans prendre en compte les normes environnementales.

Le texte d’introduction a été rédigé par Frédéric Lévêque et les propos de J. Bobia recueillis par Arnaud Zacharie.

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