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« Remunicipalisation » de l’eau, la privatisation en recul

Véronique Rigot Véronique Rigot
11 décembre 2013

Remunicipalisation : ça sonne comme un néologisme français. Ça se passe près de chez nous, et un peu partout sur la planète. Le secteur public reprend la gestion de l’eau des mains du privé.

La nouvelle est tombée à Berlin début septembre, comme elle était tombée avant à Paris, à Grenoble, mais aussi à Hambourg et à Naples. C’est à chaque fois une victoire en soi. A l’échelle d’une commune ou d’une municipalité, d’une ville, d’une région ou même d’un État. Et partout, c’est le même constat : le secteur privé a fait des promesses d’efficience à moindre coût qu’il n’a pas tenues. Les citoyens demandent alors au secteur public de reprendre la gestion.

Le Sud a montré la voie

Depuis plus d’une décennie, un vent de remunicipalisation souffle sur l’Europe, mais pas uniquement. C’est le Sud qui a montré la voie, payant parfois le prix fort. La Bolivie a ainsi connu une véritable guerre de l’eau à Cochabamba en 2000. En 2006, Buenos Aires mettait fin prématurément à son contrat avec Veolia et Suez, à ses dépens puisque l’Argentine risque aujourd’hui de devoir payer une très lourde amende. [1] En Uruguay, c’est par un vote en faveur d’une modification de la Constitution que l’eau a été reconnue comme un droit fondamental en 2004 et sa gestion publique, participative et durable. Au Mexique aussi, comme dans plusieurs villes des États-Unis, la gestion publique de l’eau a gagné du terrain. Les exemples sont nombreux.

Au cœur de la bataille, aujourd’hui, la capitale indonésienne : Jakarta. Après 15 ans de gestion privée de l’eau, le bilan est négatif : le service aux citoyens et l’accès à l’eau n’ont nullement été améliorés. Seulement 62% de la population a accès à l’eau de distribution, mais dans les faits, ils sont probablement moins à bénéficier de cet accès de façon régulière, sans approvisionnement à d’autres sources (robinets et fontaines publiques).

Bien qu’à l’échelle mondiale, l’eau soit à 80% publique, Veolia et Suez n’en sont pas moins présents dans 69 pays sur les 5 continents

Certains quartiers voient leur distribution d’eau régulièrement interrompue et ont parfois la désagréable surprise de voir une eau sale et impropre à la consommation sortir de leur robinet. Outre la piètre qualité du service, le prix constitue une véritable charge financière pour les plus pauvres : il y est en moyenne trois fois plus élevé que dans les autres villes du pays, où l’eau n’est que partiellement ou pas du tout privatisée.

Dans les années ’90, de nombreux pays avaient privatisé l’eau et les services d’assainissement, résultat de fortes pressions des gouvernements néolibéraux et des institutions financières internationales. Face aux difficultés à étendre et améliorer les réseaux de distribution, les prix ont grimpé. Par ailleurs, la gestion parfois peu transparente a encouragé le secteur public à mettre fin à certains contrats privés.

Revirement stratégique

Ce qui est une victoire pour les citoyens n’est qu’un revirement stratégique pour les multinationales qui ont constaté que les profits ne suivaient pas. Bien qu’à l’échelle mondiale, l’eau soit à 80% publique, Veolia et Suez n’en sont pas moins présents dans 69 pays sur les 5 continents, et en progression continue. La vague de remunicipalisation doit donc être soutenue à force de référendums, de manifestations et de pétitions.

Signe d’un changement qu’il faut encore encourager, mais qui arrivera peut-être plus vite qu’on ne le pense : de plus en plus de politiques participent aux forums alternatifs sur l’eau tandis qu’ils boycottent la déclaration - et même l’enceinte, pour certains - du Forum mondial (officiel) de l’eau. Celui-ci se résume trop souvent à une grande foire commerciale vantant les solutions privées. Les « citoyens de l’eau » demandent quant à eux l’organisation d’un forum international sous l’égide des Nations Unies.

Pour en savoir plus sur la vague de remunicipalisations, rendez-vous sur www.remunicipalisation.org

[1Suez a attaqué l’Argentine devant le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI), un organe dépendant de la Banque mondiale. L’affaire est toujours en cours, mais les décisions préliminaires sont défavorables à l’Argentine.

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