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Responsabiliser les investisseurs face à la crise

5 octobre 2012

Les auteurs d’un ouvrage sur la crise financière analysent l’origine des problèmes et proposent des solutions. L’une des pistes consiste à mobiliser les citoyens autour des enjeux de la finance.

Les investisseurs sont nombreux à maudire la crise financière et le monde bancaire. Ils ont pourtant eux-mêmes leur part de responsabilité dans l’enchaînement des événements qui ont conduit aux problèmes actuels mais peuvent aussi être des acteurs des changements nécessaires pour y remédier. C’est l’un des messages véhiculés dans un ouvrage que vient de publier le Réseau financement alternatif, association qui milite pour une finance plus responsable et solidaire.

Riposte à la crise

Ce livre, sobrement intitulé « Crise financière et modèles bancaires » [1], comporte les contributions de plusieurs spécialistes de l’économie, de la finance et des banques. On y retrouve notamment les signatures d’Eric De Keuleneer, professeur à la Solvay Business School, de Christian Arnsperger, professeur à l’UCL, de Philippe Lamberts, député européen Ecolo, d’Arnaud Zacharie, secrétaire général du CNCD-11.11.11 et de Bernard Bayot, directeur du Réseau Financement Alternatif (RFA).

En présentant jeudi cet ouvrage à la presse, ce dernier a souligné que la crise financière avait réveillé les consciences dans l’opinion publique, les citoyens se préoccupant désormais davantage des enjeux de la finance, selon lui. « La crise a montré l’importance des conséquences que la finance a sur la société », précise Bernard Bayot. « Dès 2007, nous avions déjà commencé à développer un mouvement citoyen autour des enjeux financiers. La crise nous a fortement aidés. Avant, il n’était pas toujours évident d’intéresser les gens à ce sujet, parce que c’est compliqué et rébarbatif. Mais depuis la crise, nous peinons à satisfaire la demande. Actuellement, une réflexion est en cours au sein d’une trentaine de groupes locaux. C’est important car il y a aussi une révolution culturelle à mener face à la crise. »

Selon Bernard Bayot, cette réflexion est « la troisième étape de la riposte à la crise ». « Dans un premier temps, on a pris des mesures de sauvegarde à court terme, ce qui a permis aux pouvoirs publics de retrouver leur légitimité comme dernier rempart de la finance. Deuxièmement, à moyen terme, il s’agit d’adopter des mesures régulatoires. Sur ce point, l’Europe est d’une lenteur affligeante. Et enfin, la réponse à la crise passe par une profonde réflexion à plus long terme, qui consiste à s’interroger sur la fonction que l’on veut donner à la finance. Il paraît évident que celle-ci devra d’abord servir l’intérêt général avant que des acteurs de marché puissent en tirer des bénéfices. »

Comment faire en sorte que la finance serve prioritairement l’intérêt général ? Pour répondre à cette question, les auteurs de « Crise financière et modèles bancaires » se sont d’abord interrogés sur les responsabilités de la crise. « Il ne faut pas trop s’attarder sur la responsabilité des banques », estime Bernard Bayot. « Même si elles ont une responsabilité morale, on ne peut pas reprocher à une société commerciale de chercher des profits. Ce serait un réflexe populiste. Les vrais responsables sont les pouvoirs publics qui ont mené la dérégulation, le détricotage des règles adoptées après la crise des années trente. »

Choix financiers

Et en poussant plus loin le raisonnement, le directeur du RFA souligne qu’il « existe une responsabilité de la société civile qui a été très largement absente des questions relatives au secteur financier au cours des trente dernières années ». Les investisseurs ont quant à eux placé leur argent sans se préoccuper des circuits qu’il empruntait ensuite.

Remédier à la crise financière consistera donc, selon le RFA, à « modifier le rapport de force avec le monde financier, ce qui implique qu’un mouvement citoyen axé sur la finance émerge et que chacun accorde ses choix de services financiers avec les valeurs auxquelles il croit. Il faut donc aller vers une finance responsable et solidaire. »

Réguler davantage

Arnaud Zacharie, secrétaire général du CNCD-11.11.11, insiste quant à lui sur l’importance de la régulation du système financier. « Depuis 2008, on s’est contenté d’encadrer la finance et on ne l’a pas réglementée beaucoup plus », estime-t-il. « La réglementation actuelle a laissé des banques devenir encore plus grandes, alors qu’il était question d’éviter à l’avenir d’avoir des acteurs trop grands pour faire faillite. Le commissaire européen aux Services financiers, Michel Barnier, était ambitieux au départ mais a dû faire marche arrière parce que des États freinent. »

Selon lui, le ratio de fonds propres durs de 7% introduit par Bâle III est insuffisant. « Il faudrait aller au-delà et limiter l’effet de levier », affirme-t-il. « D’après les banques, 7%, c’est beaucoup. Mais ce n’est vrai que parce qu’elles veulent garder une marge suffisante pour continuer à spéculer comme auparavant. » Voilà qui alimentera le débat autour de la directive européenne censée donner force de loi aux critères de Bâle III.

Philippe Galloy

[1« Crise financière et modèles bancaires », ouvrage collectif, Réseau Financement Alternatif, 2012, 294 pages, 15 euros. Le livre sera distribué ce samedi 6 octobre à l’occasion des états généraux de la finance responsable et solidaire qui se tiendront à l’Arsenal, à Etterbeek. Il sera ensuite possible de le commander via le site internet www.financite.be

Source : article publié dans L’Echo (www.lecho.be), 5 octobre 2012.

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