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Ressources naturelles : la Commission européenne enfonce le clou

Fabienne Thore Fabienne Thore Fanny Simon Fanny Simon
3 février 2011

La Commission européenne publie ce mercredi 2 février un document qui révise sa stratégie commerciale sur les matières premières. Une coalition d’ONG dénonce une politique d’accaparement pure et simple des ressources naturelles des pays du Sud et qui renforce la mainmise des entreprises européennes sur ces ressources. Il est grand temps que l’Europe sorte de l’impasse écologique et sociale dans laquelle l’a conduite un modèle économique basé sur la surexploitation des ressources.

Un communiqué de l’AITEC (Association Internationale des Techniciens, Experts et Chercheurs) et du réseau « Une seule planète », dont est membre le CNCD-11.11.11.

En 2011, la Commission maintient le cap de la surexploitation des ressources naturelles en brandissant le spectre d’une perte de compétitivité des multinationales européennes : elle publie aujourd’hui un document qui fait le bilan et révise la première version de la Raw Material Initiative [1] adoptée en 2008. Trois ans plus tard et malgré les crises financière, économique, sociale et environnementale, la Commission martèle à nouveau son objectif unique : garantir aux entreprises européennes un accès sans précédent et bon marché aux matières premières, quel qu’en soit le prix social et écologique pour les populations du Sud.
Face à la nouvelle concurrence des pays émergents et consciente de sa forte dépendance envers l’importation de matières premières « d’importance stratégique pour la compétitivité de l’UE », notamment les métaux de hautes technologies, l’UE promeut de manière très offensive cette politique visant à assurer « un accès fiable et sans distorsion aux matières premières  » pour ses entreprises. Dans le cadre de négociations bilatérales, l’UE impose aux gouvernements du Sud une plus grande libéralisation de leurs marchés, tout en exigeant toujours plus de droits pour les entreprises européennes au nom de la « protection des investissements ».
Dans un rapport indépendant « Le nouvel accaparement des ressources : comment la politique commerciale de l’Union européenne sur les matières premières sape le développement », l’Aitec [2] et ses partenaires européens [3] démontrent que le bilan déjà lourd des politiques commerciales et d’investissement menées par l’Union européenne en Asie, en Afrique et en Amérique latine ne pourra que s’aggraver. De nombreuses études de cas bien documentées [4] ont déjà montré l’impact négatif qu’ont pu avoir les politiques de libéralisation des marchés et d’investissement sur les droits sociaux des travailleurs, la destruction de l’environnement et des agricultures locales, le creusement des inégalités, etc. dans les pays du Sud.
Or, à travers cette stratégie, l’UE promeut une libéralisation encore plus poussée des marchés des matières premières en forçant les pays du Sud à abandonner toutes mesures de restriction aux exportations, telles que les taxes à l’exportation, et de régulation des investissements étrangers. Elle prive ainsi les pays du Sud des instruments de régulation nécessaires pour diversifier leurs économies, s’émanciper de leur dépendance à l’exportation des matières premières, promouvoir leur développement local ou encore protéger leurs ressources au service de leurs populations. Elle enferme les pays du Sud dans un rôle de pourvoyeurs de matières premières, et leur dénie le droit souverain à contrôler l’accès à leurs ressources.
Fortement encouragée par les lobbies industriels, cette stratégie creuse le sillon de l’impasse écologique et sociale, au mépris des appels répétés des mouvements sociaux et citoyens, d’Europe comme du Sud, à enclencher une transition vers de nouveaux modèles socialement justes et écologiquement soutenables, réduisant la consommation de ressources naturelles en Europe, et par là-même sa dépendance.
Cette stratégie fait elle-même controverse au sein des gouvernements de l’UE qui, enfermés dans la défense de leurs intérêts, n’arrivent pas à s’entendre sur la portée de cette stratégie. Ainsi les tensions sont fortes entre l’Allemagne qui défend l’intérêt de ses entreprises fortement dépendantes des matières premières, et la France qui voudrait utiliser cette stratégie pour promouvoir ses « mesurettes » visant à lutter contre la volatilité des cours des matières premières, dont elle a fait son cheval de bataille du G20.

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Les mouvements sociaux et citoyens se réuniront à Dakar pour le Forum Social Mondial du 6 au 11 février pour discuter des formes de mobilisation à construire et des propositions à porter pour un système commercial socialement juste et soutenable sur le plan écologique.

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