×

Rio+20 : des négociations à la déception

Véronique Rigot Véronique Rigot
22 juin 2012

Pluie diluvienne cette nuit, sur Rio de Janeiro. La Terre a pleuré toutes ses larmes. Des larmes de déception. Des larmes de colère. La société civile, les négociateurs, et même nos ministres belges se disent déçus du résultat de Rio+20. Explications.

La conférence des Nations Unies pour le développement durable a été clôturée vendredi dernier, 22 juin, à Rio de Janeiro (Brésil). Que retiendra-t-on ? Il y a 20 ans, à l’issue du Sommet de la Terre, trois conventions-cadres avaient été adoptées, et le concept de développement durable promu par les chefs d’Etat. 10 ans plus tard, à la conférence pour le développement durable de Johannesburg, un plan d’implémentation du développement durable avait été approuvé, mais la conférence n’avait pas été perçue comme un succès. Aujourd’hui, à l’issue de Rio+20, c’est un sentiment général de déception qui prévaut.

Chassez l’échec...

Le syndrôme de Copenhague reste dans tous les esprits. Vous vous souviendrez de la conférence des Nations unies pour le climat, en 2009, où les gouvernements avaient échoué à se mettre d’accord sur le texte des négociations et où un texte parallèle avait été rédigé sur un coin de table la dernière nuit par quelques Etats, pour sauver la face. Pour le Brésil, pays hôte de la conférence RIO+20, ne pas aboutir sur le texte en discussion, voire aboutir sur un texte qui ne serait pas la base proposée par les Nations Unies (« The future we want ») aurait été synonyme d’échec. Voyant la lente progression des négociations et l’impossibilité de sortir des points de blocage, la méthode des convergences a été privilégiée par le Brésil qui, à l’issue de la dernière session de négociations, le vendredi 15 juin, a repris le processus en mains.

... il revient au galop !

Dès le 16 juin, il n’a plus été question de négocier l’accord paragraphe par paragraphe, mais bien de continuer les négociations pour identifier les convergences dans quatre groupes de travail, correspondant aux quatre grands chantiers sur lesquels il y avait espoir d’accord : la définition d’objectifs de développement durable, une feuille de route pour l’économie verte, le renforcement de l’architecture institutionnelle pour le développement durable et les océans. Au fil des heures, le texte qui était sur la table s’est alors retrouvé progressivement dilué, tous les points sur lesquels il n’y avait pas directement de consensus se trouvaient simplement retirés ou formulés a minima. Le Brésil, dans sa stratégie de la peur, a imposé de conclure les négociations avant l’arrivée des chefs d’Etat, et dans cette course à l’accord, le texte ne pouvait refléter autre chose que le plus petit commun dénominateur, loin des objectifs concrets des négociateurs et des espoirs de décisions qui se trouvaient dans le texte.

Mardi 19 juin, le texte a donc été adopté ad referendum en plénière. La stratégie du « à prendre ou à laisser » a accentué la pression et alourdi la responsabilité de celui qui allait s’opposer. Si la méthode a le mérite de forcer à obtenir l’accord, on ne peut se féliciter de l’utilisation de ces pratiques peu correctes qui ont pris tout le monde au dépourvu. In fine, ce qui reste est la déception sur le contenu du texte plus que la victoire d’avoir finalisé le texte...

Que reste-t-il de nos « dialogues » ?

Au même moment, du 16 au 19 juin, le Brésil organisait, dans l’enceinte de la conférence officielle, des dialogues thématiques visant à faire émerger des recommandations qui permettraient, selon le président du processus Sha Zukang, d’alimenter les négociations en cas de blocage. Concrètement, ces dialogues concernaient 10 thématiques qui avaient été proposées par un processus participatif ouvert à tous, accessible de partout grâce à internet. Au sein de chacune des 10 thématiques, les 10 recommandations qui recueillaient le plus de votes allaient être examinées, discutées et affinées par des panels réunissant des experts internationaux et ouverts à la participation du public. Une initiative très belle sur le principe mais qui, concrètement, a très peu percolé dans le texte. La rumeur dit qu’ils pourraient être inclus en annexe au texte, mais rien n’est encore officiel.

De façon plus générale, c’est tout le processus de participation à la conférence qui déçoit. Si l’on peut comprendre que le Brésil ait pu être dépassé par le nombre de contributions et la diversité des débats, il était de son devoir de veiller à la synthèse et à la prise en compte de ce foisonnement dans les débats officiels. Nombreux sont les groupes qui ont l’impression d’avoir été instrumentalisés et la société civile, dont certains groupes ont envisagé un boycott de la fin de la conférence, affiche son mécontentement. Plus de 80 000 personnes ont manifesté dans le centre ville le 20 juin, exprimant haut et fort leur déception, et parfois leur colère, face à l’inertie de la conférence face aux grands défis de justice sociale et environnementale. Le Sommet des Peuples a été un véritable succès et il s’est clôturé le samedi 23 juin sur une note positive : les mouvements sociaux du monde entier sont plus que jamais unis dans leurs revendications et pour la promotion d’un autre monde.

Un texte faible...

Concrètement, ce qui restera de la conférence Rio+20, c’est d’abord la conclusion d’un accord qui est le résultat d’un compromis minimaliste. Déjà dénué de vision et d’ambition dans sa première version, le texte a progressivement été dilué, y compris dans sa réaffirmation d’engagements précédents. C’est le cas notamment d’engagements relatifs au Comité pour la sécurité alimentaire mondiale de l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) ou à des résolutions de l’Organisation internationale pour le travail (OIT), alors que ce sont les mêmes Etats qui sont autour de la table.
Dans cette déclaration politique, nos dirigeants s’engagent à ne pas s’engager, promouvant un plan d’action - volontaire uniquement - pour une consommation et des modes de production plus durables, et l’entame de nouveaux processus de négociations multilatérales pour la définition d’objectifs de développement durable à l’horizon 2015 et la question des financements après la remise d’un premier rapport d’ici 2014. On connaît toute la lourdeur, la lenteur et la complexité de ces processus qui laissent peu d’espoirs si l’on remet ces négociations en perspectives et que l’on réalise que des engagements pris antérieurement y sont remis en question, affaiblis.

... dénué d’engagements concrets

Le texte comporte par ailleurs des références importantes (notamment aux droits de l’homme, à la protection sociale ou encore aux emplois décents et verts), mais la référence à la liberté d’association et de rassemblement et la reconnaissance des droits reproductifs a disparu du texte dans sa dernière version ! Alors que les discours officiels -et notamment du secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki Moon- se veulent forts et insistent sur les engagements réaffirmés en faveur du développement durable, ce qui marque le plus à la lecture du texte est l’absence de décisions concrètes. C’est le cas notamment de la création d’un conseil du développement durable que de nombreux pays appelaient de leurs voeux, de la création d’une organisation mondiale de l’environnement, projet particulièrement soutenu par la France et l’Union européenne, ou encore de la définition d’un agenda clair et transparent pour la définition des objectifs de développement durable.

Symptomatique, le texte parle du renforcement non pas des institutions des Nations Unies pour le développement durable mais des trois dimensions du développement durable : le rôle de l’AG des Nations Unies est imprécis, l’ECOSOC est renforcé et non un conseil de développement durable constitué, et la Commission pour le développement durable est appelée à être remplacée à terme par un forum politique de haut niveau. Regrettable également, la question des nouvelles sources de financement publics, pour lesquelles aucune piste concrète ne figure dans le texte alors qu’une taxe sur les transactions financières est défendue par de plus en plus de pays, et que la question de la réforme des subsides aux énergies fossiles (qui permettrait de dégager 1 000 milliards de dollars annuellement) fait l’objet d’un consensus international de la société civile.

Il faut réformer le cadre multilatéral

Derrière ces blocages et l’incapacité d’obtenir des engagements au niveau multilatéral, il y a inévitablement une question que nos politiques auront à se poser. Les rapports de forces changent et la fracture n’est plus tant celle entre le Nord et le Sud qu’entre les pays émergents et les USA et le reste du monde. Le multilatéralisme est lui aussi en crise. Les organisations des Nations Unies sous l’emprise de leur cheval de Troie (les grands lobbys industriels et financiers) et les contradictions internes à l’enceinte sont maintenant à questionner. Nos dirigeants devront avoir le courage de se poser les bonnes questions pour aller au-delà des déclarations d’intention et des engagements vides.

La Belgique, depuis 60 ans, a joué le jeu du multilatéralisme, comme le ministre Magnette l’a rappelé dans son discours. Elle s’est illustrée à plusieurs reprises, notamment par la voix de Paul-Henri Spaak et récemment dans le cadre de la Présidence belge de l’Union européenne aux négociations de Cancun.

Nous savons l’avenir que nous voulons !

En conclusion, le bilan de Rio+20 est présenté comme positif par les Brésiliens et les organisateurs : « Le Brésil est arrivé à ses fins, il y a un texte  » et « le processus multilatéral continue d’être sauvé car les Etats restent autour de la table  », tandis que le message général des dirigeants politiques est « c’est insuffisant, mais on s’en satisfera…  ». Du côté de la société civile, le constat est évident : Rio+20 ne répond pas aux défis de notre temps, et met en péril le sort des générations futures.

Le titre du texte est l’« Avenir que nous voulons ». Si ce que nos dirigeants politiques veulent est si peu clair, gageons qu’ils écoutent un peu plus la société civile qui, elle, voit très bien ce qu’il faut prendre comme décisions pour inscrire la transition écologique et sociale dans le contexte politique international. Il faut du courage pour reconnaître qu’un échec est un échec, et pour en tirer les leçons. Là-dessus, tout le monde est d’accord...

Parlons climat à l’école



Découvrez notre mallette d'outils pédagogiques
]

Lire aussi

Qui ? Véronique Rigot
Adresse Quai du Commerce 9, 1000 Bruxelles
Téléphone +32 (0)2 250 12 50

Inscrivez-vous à notre Newsletter