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Rio+20, encore une grand-messe pour rien ?

21 juin 2012

Une centaine de chefs d’Etat et de gouvernement ont entamé mercredi à Rio de Janeiro (Brésil) un sommet de trois jours censé ouvrir un nouveau chemin plus écologique et social au développement de la planète. Il survient 20 ans après le Sommet de la Terre à Rio qui, pour la première fois, avait imposé l’environnement à l’agenda mondial. Mais ce genre de grands rassemblements initiés par l’ONU débouchent rarement sur des décisions concrètes et contraignantes pour tous. Alors, utile ou inutile ?

Des sommets mondiaux comme celui de Rio ont-ils encore un sens ?

Arnaud Zacharie : En partant du constat que l’on vit dans un monde de plus en plus interdépendant du fait de la globalisation et que les crises internationales (financières, environnementales, etc.) se multiplient, il est indispensable que des organisations internationales règlent les grandes problématiques globales. Le problème, c’est qu’on est dans un système de gouvernance mondiale molle. Il donne la primauté aux déclarations d’intentions plutôt qu’aux engagements concrets et contraignants.

C’est un système de gouvernance mondiale molle

Or, nous sommes face à des défis financiers et environnementaux impliquant
un renforcement de la coopération internationale et des engagements qui débouchent sur des prises de décisions concrètes. Si on se limite à faire des déclarations finales qui sont en fait un consensus mou pour avoir un accord plutôt que de ne pas en avoir, on sauve la face mais pas du tout la planète.

Comment faudrait-il procéder alors ?

Pour arriver à une gouvernance mondiale plus efficace, il faudrait d’abord avoir des organisations internationales adaptées aux enjeux contemporains. Or c’est le vide, comme on a encore pu le constater avec ce G20 au Mexique. Il n’y a pas vraiment de suivi entre les sommets et c’est la conjoncture internationale
qui influence l’agenda. Cette fois-ci, c’était la crise de l’euro. On a le même cas
cette semaine avec le sommet sur le développement durable à Rio. Les objectifs de départ vont se retrouver dans la déclaration finale mais de manière vague et conditionnelle. Elle ne liera personne et ne débouchera sur
aucune prise de décision politique suffisamment ambitieuse à l’échelle internationale.

Concrètement ?

Il faudrait créer une Organisation mondiale de l’environnement. Il y a aussi des propositions visant à créer un conseil de sécurité économique et social… On parle également de refondre le Fonds monétaire international (FMI) pour qu’il devienne vraiment une organisation en charge de la stabilité financière
et des taux de change. Mais on voit bien, qu’on en est très loin… Au contraire, on est plutôt dans un retour de l’affirmation des Etats qui deviennent des puissances régionales. On est aussi dans des contextes électoraux
avec des changements de pouvoir en vue qui déterminent l’agenda. Le seul modèle contraignant qui existe est celui de l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

Un « bon » modèle celui-là ?

Oui, sauf que l’OMC est paralysée depuis 2003 du fait de la difficulté de mettre d’accord différentes puissances dans un monde multipolaire. Cela dit, les accords qui ont été adoptés lors de la création de l’OMC restent d’application. Ce qui est d’ailleurs un problème pour les pays pauvres et en développement
qui ont réussi à bloquer les négociations, mais qui continuent de devoir appliquer des règles qu’ils considèrent comme déloyales. A contrario, ce n’est pas un modèle de gouvernance molle puisque basé sur le droit international contraignant.

En résumé, inutiles ces grands-messes ?

C’est important quand même. Parce qu’il vaut mieux un petit quelque chose que rien du tout ; ne fût-ce que parce que cela permet de sensibiliser les populations.

Propos recueillis par PHILIPPE DE BOECK

Source : article publié dans la rubrique « Polémiques » du Soir, 21 juin 2012.

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