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Scarlett, les bulles et les colonies …

Frédéric Lévêque Frédéric Lévêque
3 mars 2014

Scarlett Johansson n’avait certainement pas imaginé qu’elle provoquerait autant de remous en prêtant son image à une entreprise qui fait des bulles. Fin janvier, SodaStream, célèbre producteur israélien de machines à gazéifier l’eau, présentait sa nouvelle campagne publicitaire en s’associant à l’actrice de Lost In Translation, par ailleurs ambassadrice d’Oxfam International. A priori, pas de quoi faire de vagues : la vedette américaine est libre de vendre son image. Sauf que la principale usine de SodaStream se trouve à Mishor Adumim, en Cisjordanie.

Mishor Adumim est une zone industrielle qui abrite une production importante dans les secteurs du plastique, du ciment, du tannage du cuir, des détergents et de l’aluminium. Elle est située dans la colonie israélienne de Maale Adumim. Depuis sa création en 1975, cette implantation ne cesse de s’agrandir par l’expropriation et l’expulsion des bédouins Jahalins. Elle est aujourd’hui la troisième plus grande colonie de Cisjordanie avec quelque 40 000 colons. Oxfam ayant fait de la défense des droits des Palestiniens un de ses chevaux de bataille, la rupture avec son ambassadrice était inévitable.

SodaStream renforce la viabilité économique des colonies et contribue donc à saper celle d’un futur Etat palestinien.

Sur la défensive, l’entreprise SodaStream s’est empressée d’affirmer qu’elle ne faisait pas de politique, mais qu’elle avait profité des avantages financiers offerts par le gouvernement israélien pour s’installer dans la colonie. Peu importe ! Dans les faits, l’entreprise renforce la viabilité économique des colonies - illégales selon le droit international - et contribue donc à saper celle d’un futur Etat palestinien.

Depuis l’occupation de Jérusalem-Est, de la Cisjordanie et de Gaza en juin 1967, Israël a développé une politique d’installation de colonies de peuplement dans ces territoires. Une importante activité économique y a été promue parallèlement, au travers de l’établissement de diverses industries, du développement de la production agricole et de l’exploitation des ressources naturelles.

L’Union européenne et ses Etats membres entretiennent des relations économiques et commerciales privilégiées avec l’Etat d’Israël, ce qui s’est matérialisé par la conclusion d’un « accord d’association » octroyant notamment des tarifs douaniers préférentiels aux produits israéliens importés au sein de l’UE. Une portion de ces échanges concerne des produits issus des colonies installées dans les territoires palestiniens occupés. Or, au regard du droit international, l’UE et ses Etat membres ont l’obligation de s’abstenir de tout commerce et de toute relation économique avec des sociétés israéliennes établies en territoire palestinien ou y déployant leurs activités.

C’est cette obligation que rappelle la campagne belge Made in Illegality lancée le 27 février à Bruxelles. Cette initiative, promue entre autres par le CNCD-11.11.11, son homologue flamand et la FIDH (Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme), n’appelle pas au boycott de tous les produits israéliens ou à un étiquetage spécifique. Sa démarche est différente. Elle exige des autorités belges et européennes qu’elles assortissent les condamnations de la colonisation d’actions concrètes comme l’interdiction sur le sol européen de tout produit issu des colonies.

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