×

Sénégal : quand cultiver ne suffit pas à se nourrir

Olivier Bailly Olivier Bailly
17 octobre 2014

Une personne sur trois dans le monde souffre de malnutrition. Spéculation, agrocarburants et accaparement des terres menacent la souveraineté alimentaire de plus 2,5 milliards de personnes. Parmi celles-ci, Idrissa et sa famille. Reportage au Sénégal. Photos de Gaël Turine.

Le décor : typique de la vallée du fleuve. Route de poussière et, de part et d’autre, des champs de riz quadrillés par les canaux qui assurent l’irrigation des cultures. L’eau maîtrisée est une donnée essentielle de cette région juchée au nord du Sénégal. Lors des terribles sécheresses des années septante, le fleuve était sec. Les bergers conduisaient le troupeau vers une herbe jamais trouvée. Bêtes et hommes ne revenaient pas. Traumatisé, l’État sénégalais a, depuis, mis sur pied un système de terres irriguées. Et le Fouta, cette bande de terre arrosée par le fleuve, est aujourd’hui un des greniers du Sénégal.

Boucan d’enfer

La bande-son : particulière. Sur des kilomètres et des kilomètres, des oh ! et des ah ! secs. Des bang bang ! de casseroles. Des slaack ! fouettant l’air. C’est ainsi de l’aube au crépuscule. Dix heures par jour pendant un mois, des centaines de personnes sillonnent les champs avec pour consigne de faire du bruit ! Des milliers d’oiseaux dans le ciel n’attendent qu’une chose : piller le riz des paysans. La récolte devient un champ de bataille entre l’homme et le volatile. L’enjeu est crucial pour les deux parties : manger.

« Agriculteur ici, c’est pour mourir  », assure Boubacar. C’est faux. Mais cela pourrait devenir une réalité...

Sans gardiens de champs, les oiseaux auraient tôt fait de ruiner l’effort des agriculteurs. Ces escadrilles peuvent dévorer jusqu’à 20 % du riz. Un sac de riz sur cinq. Or ce sac, la famille d’Aïssata en a besoin. Pour la faire vivre pendant un an, 48 sacs sont nécessaires. Avec les cadeaux à offrir lors de diverses célébrations familiales ou religieuses, la récolte idéale s’élève à 55 sacs. Pas question de laisser des graines aux oiseaux.

Aïssata est la fille d’Idrissa, le propriétaire du champ. Ce grand gaillard de cinquante ans a cinq filles et deux garçons. Le matin, tandis qu’Aïssata file au champ pour pousser des cris, Fatimata arrose les semences dans une des pépinières du village. Un garçon du village emmène paître les six vaches de la famille. Fatoumata termine le repas avant de rejoindre Aïssata ou d’aller à son champ de patates douces. Comme dit Idrissa, « ceux qui sont organisés, on mange vingt-quatre heures sur vingt-quatre, on travaille vingt-quatre sur vingt-quatre, sinon ? On vole et on ment ! »

> Découvrez le suite de ce reportage et les photos qui l’illustrent sur micmag.be

Lire aussi

SOCFIN en Sierra Leone : La Belgique doit agir !

SOCFIN en Sierra Leone : La Belgique doit agir !

Stop à l’accaparement des terres et aux abus de droits humains du groupe SOCFIN en Sierra Leone ! La Belgique doit agir ! Un mois et demi après de nouveaux incidents violents dans les plantations du groupe SOCFIN en Sierra Leone causant la mort (...)


Qui ? Olivier Bailly
Adresse Quai du Commerce, 9 - 1000 Bruxelles
Téléphone +32 250 12 30
Email cncd@cncd.be

Inscrivez-vous à notre Newsletter