Il faut financer le développement pour répondre aux enjeux mondiaux #Seville #FFD4
Adopté avant même que le sommet ait lieu, le document final de la quatrième Conférence de l’Onu sur le financement du développement, qui se tient du 30 juin au 3 juillet, manque cruellement d’ambition en regard des enjeux mondiaux.
La quatrième Conférence de l’Onu sur le financement du développement (FFD4) a lieu à Séville du 30 juin au 3 juillet 2025. Elle fait suite aux conférences de Monterrey (2002), de Doha (2008) et de Addis-Abeba (2015) qui avaient défini le cadre mondial du financement des Objectifs du millénaire pour le développement (adoptés en 2000), puis des Objectifs de développement durable
Objectifs de Développement Durable
Objectifs de développement durable
ODD
SDG
Les objectifs de développement durable (ODD), adoptés en 2015, constituent le cadre de référence des Nations unies pour le développement international. Ils remplacent les 8 objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), qui se focalisaient sur les seuls symptômes sociaux de la pauvreté dans les pays en développement, sans en interroger les causes structurelles. Principaux changements ? Tous les pays sont concernés et les objectifs, désormais au nombre de 17, sont déclinés en 169 cibles précises. Les ODD sont donc, en bref, l’horizon que s’est fixé l’ONU pour un développement harmonieux.
Ce programme est ambitieux, puisqu’il vise à généraliser à l’ensemble du monde le développement économique et social, tout en réduisant drastiquement les émissions de gaz à effet de serre et l’utilisation des ressources naturelles. Une perspective illusoire sans une transition rapide et radicale vers de nouveaux modèles de développement, à la fois plus pauvres en carbone, moins gourmands en matières premières et plus équitablement répartis.
(adoptés en 2015 et censés être atteints en 2030).
Cette conférence devrait attirer l’attention politique et médiatique, puisque son objectif est d’accélérer la réalisation de l’Agenda 2030 Agenda 2030 des Objectifs de développement de développement durable de l’Onu, en abordant des enjeux essentiels tels que l’aide publique au développement, la fiscalité internationale, la dette extérieure, le commerce international ou le financement climatique. Pourtant, la majorité des responsables politiques semblent avoir la tête ailleurs et l’actualité internationale est monopolisée par la multiplication des conflits.
Manque de financement
Le 17 juin, le document final de la quatrième Conférence sur le financement du développement (FFD4) a été adopté à New York, sous le nom de Compromiso de Sevilla [1], et ce, avant même que le sommet ait lieu. Bien qu’il ait été adopté par consensus, il n’a pas été approuvé par les États-Unis, qui ont déposé pas moins de 400 amendements dans le but de le vider de sa substance. Au final, la déclaration de 38 pages comporte une série d’engagements qui vont dans le bon sens, mais qui manquent cruellement d’ambition et qui ne sont pas à la hauteur des enjeux mondiaux.
Certes, dans un contexte mondial de polarisation croissante et de conflits, le fait d’avoir pu conclure un accord multilatéral sur le financement du développement durable mérite en soi d’être salué. Toutefois, dans leur tentative de sauver le multilatéralisme, les gouvernements ont échoué à sauver les Objectifs de développement durable. La déclaration reconnaît dès la première page qu’il manque chaque année 4 000 milliards de dollars d’investissements publics et privés pour atteindre les Objectifs de développement durable. Or les mesures qui sont envisagées sont loin de combler ce manque de financement.
Selon les Nations Unies, 3,3 milliards de personnes dans le monde dépensent plus en intérêts sur leur dette publique qu’en soins de santé ou en éducation. Pas moins de 60% des pays à faible revenu sont surendettés ou en situation de risque élevé de surendettement.
Les négociations avaient pourtant démarré avec des propositions prometteuses en matière de restructuration des dettes insoutenables, de transparence fiscale internationale et de financement du développement durable. Malheureusement, cette ambition a été systématiquement réduite sous la pression de plusieurs pays riches. Les États-Unis sont pointés du doigt à juste titre, mais d’autres pays – dont l’Union européenne, le Royaume-Uni, le Canada, l’Australie et le Japon – ont activement contribué à affaiblir le texte dans les derniers jours.
Une fiscalité qui ne s’applique pas aux entreprises américaines
L’un des exemples les plus évidents du manque d’ambition et de l’affaiblissement du texte par les pays riches concerne la question de la dette extérieure. Malgré la demande, entre autres, de l’Union africaine et des petits États insulaires en développement pour une convention onusienne sur la dette souveraine, seule une formulation non contraignante subsiste dans le texte final. Le mandat donné par le texte est faible, alors même qu’une crise de la dette crise de la dette étrangle les budgets publics et met en péril l’ensemble de l’agenda du développement durable. Selon les Nations Unies, 3,3 milliards de personnes dans le monde dépensent plus en intérêts sur leur dette publique qu’en soins de santé ou en éducation. Pas moins de 60 % des pays à faible revenu sont surendettés ou en situation de risque élevé de surendettement.
En matière de fiscalité, le document final promeut l’instauration de systèmes fiscaux progressifs, appelle à renforcer les efforts en matière de transparence fiscale internationale et plaide pour une imposition plus juste des multinationales et des plus riches, mais la mise en œuvre concrète des réformes se fait attendre et est combattue par l’Administration Trump, qui a obtenu des six autres pays du G7 que le taux minimum mondial de 15 % sur les profits des multinationales, adopté en 2021 par le cadre inclusif de l’OCDE, ne s’applique pas aux entreprises américaines.
En matière d’aide publique au développement, le document se contente de rappeler le processus d’évaluation dirigé par le Comité d’Aide au Développement de l’OCDE, un forum dominé par les pays industrialisés. Le texte final réitère l’objectif international qui consiste à mobiliser 0,7 % des richesses des pays développés en aide au développement. Pourtant, les pays donateurs opèrent des coupes sombres dans les budgets de coopération au développement. En 2024, l’aide mondiale a diminué de 7 % après cinq années consécutives d’augmentation et ne représente plus que 212 milliards de dollars en 2024, soit 0,33 % du revenu national brut cumulé des pays donateurs. Bien qu’on soit déjà très loin de l’objectif de 0,7 %, le pire est à venir, vu les coupes sombres annoncées à partir de 2025 aux États-Unis et en Europe : 25 % en Belgique et en Finlande, plus du tiers en France, en Angleterre et aux Pays-Bas, 83 % aux États-Unis – où l’USAID a été brutalement fermée.
Point de départ
Le contraste est grand avec l’engagement des pays de l’Otan à mobiliser 5 % de leur PIB en dépenses militaires et de sécurité. Pourtant, la pauvreté est reconnue depuis des décennies comme un facteur majeur d’insécurité dans le monde. C’est pourquoi le développement est un des trois piliers de l’approche globale en politique étrangère : diplomatie, défense et développement. Financer le réarmement des pays de l’Otan en sacrifiant les budgets d’aide au développement ou de sécurité sociale mènerait à une dangereuse impasse. La coopération au développement a un rôle majeur à jouer en matière de prévention des conflits, de reconstruction et de développement des pays en situation de post-conflit et, plus généralement, en matière de développement durable – car s’il n’y a pas de développement sans paix, il n’y a pas non plus de paix durable sans développement durable.
La Conférence de Séville ne doit pas rester dans l’histoire comme une occasion manquée. Ce Compromiso doit servir de point de départ à de nouvelles réformes à la hauteur des défis mondiaux de notre temps.
Tribune publiée sur LaLibre.be le mardi 1er juillet 2025.



