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Société civile congolaise : « Tous les signaux sont au rouge »

Eric Walravens Eric Walravens
25 octobre 2016

L’accord conclu mi-octobre entre la majorité présidentielle et l’opposition est-il suffisant pour déminer la grave crise politique congolaise ? Pour la société civile, « tous les signaux sont au rouge ». Le président Joseph Kabila, au pouvoir depuis 2001, doit lever les ambiguïtés sur ses intentions, sous peine de voir la situation dégénérer.

L’accord conclu le 17 octobre entre la majorité présidentielle et une frange de l’opposition congolaise conduite par Vital Kamerhe est censé ouvrir la voie à une « gestion consensuelle du pays ». Il prévoit notamment un report de l’élection présidentielle à avril 2018 et la désignation d’un Premier ministre de transition issu de l’opposition. Quid de Joseph Kabila ? L’accord ne dit pas formellement qu’il n’a pas le droit de se représenter, ou de changer la Constitution pour faire lever la limitation du nombre de mandats. Le texte évoque simplement le respect strict de la Constitution, qui limite à deux le nombre de mandats consécutifs.

Interrogé récemment sur TV5, Lambert Mende, porte-parole de la majorité présidentielle congolaise, n’a semblé laisser aucun doute. « La Constitution dit que le président ne peut pas se présenter plus de deux fois consécutivement, et le président dit qu’il va respecter la Constitution. Je ne sais pas ce qu’il faut de plus pour que ces messieurs (de l’opposition) soient satisfaits. Le président Kabila respectera la Constitution et la Constitution ne lui permet pas de se présenter pour un troisième mandat », affirmait-il.

Pourtant, une large partie de l’opposition doute des intentions réelles du chef de l’Etat, observant qu’il pourrait tenter de modifier la Constitution. L’article 12 (alinéa 4) de l’Accord fait état en effet de la probabilité d’un changement de système électoral afin de réduire les coûts des élections. Les observateurs y voient l’intention, dans le chef de la majorité, d’initier un référendum constitutionnel.

Ce n’est pas le seul grief de la société civile : le flou est total quant à la durée réelle de la période de transition, et le calendrier électoral est imprécis. Des doutes pèsent sur les moyens qui seront accordés à la Commission électorale nationale indépendante (CENI) pour organiser le scrutin.

Le manque d’inclusivité du dialogue politique, en raison du boycott de forces politiques et sociales très importantes dans l’opinion nationale, est également problématique. Ce manque de légitimité ne cessera d’accompagner l’équipe qui doit être mise en place dans les prochains jours.

Dans ce contexte clivé, le risque est grand de voir dégénérer la situation. Alors que les chefs d’Etat de la région se retrouvent mercredi 26 octobre à Luanda (Angola) pour évoquer la crise congolaise, une large frange de la société civile appelle à manifester ces mercredi et jeudi dans l’ensemble du pays, notamment devant le siège de l’Union africaine à Kinshasa. Avec une revendication claire : que Joseph Kabila quitte le pouvoir au plus tard le 19 décembre, et que l’intérim soit assuré par le président du Sénat jusqu’à la tenue des élections.

Alors que des précédentes manifestations ont été réprimées dans le sang, « tous les signaux sont au rouge », constatent les organisations de la société civile. « Mais si c’est l’unique choix qu’on laisse à ce peuple martyrisé, appauvri et méprisé, pour obtenir le changement qu’il désire ardemment, qui aura l’audace de le juger ? Chacun doit assumer ses responsabilités. Personne ne pourra prétendre n’avoir rien vu venir  ».



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