Nationalisme contre solidarités

Sommet citoyen européen : une autre Europe est possible

Des organisations de la société civile européenne font entendre une autre voix
© Shannon Rowies

Les 21 et 22 mars, des organisations de la société civile européenne se sont rassemblées à Bruxelles dans le cadre du Sommet citoyen européen avec un double objectif : échanger sur leurs propositions et stratégies et parler d’une seule voix pour une Europe ouverte, juste et durable. De cet exercice est né la Déclaration de Bruxelles, adoptée à l’issue du Sommet par plus d’une centaine d’organisations.

Le Sommet citoyen européen, organisé par le CNCD-11.11.11 en collaboration avec la coupole des ONG flamandes 11.11.11 et une série de réseaux européens de la société civile, a été pensé comme un « lieu privilégié de rencontre et d’échange » pour toutes les organisations et mouvements qui défendent une Europe ouverte, juste et durable. En rassemblant plus de 227 organisations de la société civile (OSC) à Bruxelles pour deux jours de débats autour des grands enjeux européens, le Sommet a accompli sa mission haut la main.

Les participant·es souhaitaient également envoyer un message contre les nationalismes et pour une Europe solidaire à la veille des élections européennes. Si les domaines d’expertises des nombreuses OSC rassemblées étaient très variés, elles ont rapidement établi un bilan commun permettant d’avancer dans cette direction.

Toutes les personnes qui ont pris la parole lors de la plénière d’ouverture ont partagé le constat d’une Europe qui s’est éloignée de ses valeurs, qui manque de courage politique, ou qui revient sur ses engagements. La politique migratoire de l’UE, de plus en plus répressives et contraires aux droits humains, le manque d’Europe sociale et le détricotage des mesures climatiques et environnementales européennes ont notamment été citées pour illustrer la situation.

Mais au-delà de ce constat d’une Europe en pleine crise existentielle, les participants se sont aussi entendus sur la méthode pour y remédier, car comme souligné par Tanya Cox, directrice de CONCORD, lors de son intervention : « Plus de la même chose ne fonctionnera pas. Nous avons besoin d’une approche radicalement différente. »

Changeons de paradigme, unissons nos voix

Pour les participant·es au Sommet citoyen européen, la solution réside dans un changement de paradigme. Si la période électorale y est particulièrement propice, le rassemblement des mouvements sociaux et OSC qui défendent une vision d’une Europe ouverte, juste et durable jouera un rôle essentiel dans ce but.

En effet, leur capacité à obtenir de réelles avancées, bien qu’imparfaites - telles que le Green Deal Green Deal
Pacte vert européen
, le plan de relance financé par l’emprunt collectif Next Generation EU, le devoir de vigilance devoir de vigilance des entreprises ou l’interdiction du travail forcé -, a déjà été démontrée lors de la dernière législature. En d’autres termes, lorsqu’elles s’unissent et parlent d’une seule voix, les OSC parviennent à créer un rapport de force qui transforme leurs mobilisations en un levier pour obtenir des politiques publiques plus ambitieuses. C’est pourquoi Arnaud Zacharie Arnaud Zacharie , Secrétaire général du CNCD-11.11.11, a appelé à continuer sur cette voie, et à construire un narratif commun pour une Europe juste et durable. Les représentant·es d’OSC présentes ont abondé en ce sens, en appelant à davantage de partage d’expertises et à sortir des silos.

Une Europe solidaire des pays du Sud

Sommet citoyen européen
Sommet citoyen européen
© Shannon Rowies

Si comme son nom l’indique, le sommet était focalisé sur les enjeux européens, les participants ont rappelé que l’avenir des Européens est directement lié aux peuples du monde entier. Ce fut notamment le cas de Jean-Matthieu Thévenot de la Via Campesina : « Lorsque nous disons ’protégeons les agriculteurs’, nous ne le disons pas avec une logique nationaliste ou d’extrême droite. Ce que nous disons, c’est que les fermiers d’autres pays doivent aussi être protégés. Nous voulons un meilleur système pour tout le monde. » Des voix du Sud, telles que celle de Dinamam Tuxá, coordinateur de l’Articulation des Peuples Indigènes du Brésil (APIB) et de Soeur Espérance Bufole Musimwa, de la Commission Justice & Paix en RDC, étaient également présentes, amenant ainsi des témoignages de première ligne sur les répercussions des politiques européennes sur les populations des pays tiers.

Après deux journées d’échanges et de débats, ce grand rendez-vous de la société civile s’est conclu avec l’adoption de la Déclaration de Bruxelles, dans laquelle les OSC valident leur vision commune pour une Europe juste et durable. En la signant, elles s’engagent à diffuser ce récit pour que la législature 2024-2029 soit « celle des promesses tenues ».