Sortir de l’étau de la dette africaine

©AFP / Issouf Sanago

L’Afrique est aux prises avec une crise de la dette qui la prive des marges de manœuvre budgétaires nécessaires pour financer les objectifs de développement durable. Alors que l’ONU organise sa quatrième conférence sur le financement du développement, du 30 juin au 3 juillet 2025 à Séville, les économies africaines ont besoin à court terme d’une restructuration des dettes insoutenables, mais aussi de sortir à moyen terme de la dépendance aux matières premières pour être en mesure de créer suffisamment d’emplois décents pour absorber l’offre de main-d’œuvre croissante de la jeunesse africaine.

1. Introduction

Nombre de pays africains se sont fortement endettés durant la décennie précédant la pandémie de Covid-19 Covid-19
Coronavirus
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– en particulier auprès des créanciers privés et de la Chine. Entre 2009 et 2019, la dette extérieure de l’Afrique subsaharienne a plus que doublé. Dans le même temps, la part des prêts des créanciers privés et de la Chine dans la dette publique totale des pays d’Afrique subsaharienne a presque triplé – la part des créanciers privés passant de 8% à 24% et celle de la Chine de 6% à 16% entre 2010 et 2019 [1]. Nombre de pays africains ont dépensé davantage que leurs moyens en enregistrant des déficits primaires pour financer des dépenses courantes plutôt que des investissements productifs à long terme. Tant que la conjoncture était favorable, les risques étaient masqués, mais les choses ont brutalement changé avec la pandémie, puis avec la guerre en Ukraine. Aujourd’hui, l’augmentation des taux d’intérêt, l’inflation galopante et le ralentissement économique rendent les pays africains extrêmement vulnérables.

En avril 2020, le G20 a annoncé la suspension temporaire du service de la dette des pays à faible revenu durant la pandémie de Covid-19. Cette initiative a été effective jusqu’à fin 2021 et a permis à 48 pays à faible revenu de bénéficier d’une suspension du paiement de 12,9 milliards de dollars de dettes entre mai 2020 et décembre 2021 [2]. Elle n’a toutefois pas suffisamment impliqué les créanciers privés et n’a consisté qu’à reporter la charge de la dette à plus tard. Par conséquent, près de 60% des pays à faible revenu, en majorité africains, étaient surendettés ou en situation de risque élevé de surendettement en 2022 [3].

La suite du papier est structurée comme suit : la section rappelle respectivement ce qu’était la crise de la dette crise de la dette des années quatre-vingt et l’initiative pour les Pays Pauvres Très Endettés (PPTE). La section 3 met en évidence deux caractéristiques récentes de l’endettement africain, à savoir les émissions euro-obligataires et la dette vis-à-vis de la Chine. Ensuite la section 4 décrit ce qu’on peut qualifier de « nouvelle crise de la dette africaine » alors que la section 5 met en évidence la nécessité d’une restructuration des dettes insoutenables pour permettre aux pays africains de disposer de la marge d’action nécessaire pour financer les Objectifs de développement durable Objectifs de Développement Durable
Objectifs de développement durable
ODD
SDG
Les objectifs de développement durable (ODD), adoptés en 2015, constituent le cadre de référence des Nations unies pour le développement international. Ils remplacent les 8 objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), qui se focalisaient sur les seuls symptômes sociaux de la pauvreté dans les pays en développement, sans en interroger les causes structurelles. Principaux changements ? Tous les pays sont concernés et les objectifs, désormais au nombre de 17, sont déclinés en 169 cibles précises. Les ODD sont donc, en bref, l’horizon que s’est fixé l’ONU pour un développement harmonieux.

Ce programme est ambitieux, puisqu’il vise à généraliser à l’ensemble du monde le développement économique et social, tout en réduisant drastiquement les émissions de gaz à effet de serre et l’utilisation des ressources naturelles. Une perspective illusoire sans une transition rapide et radicale vers de nouveaux modèles de développement, à la fois plus pauvres en carbone, moins gourmands en matières premières et plus équitablement répartis.
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Sortir de l’étau de la dette africaine

[1Estevao M. et Essl S., « When the debt crises hit, don’t simply blame the pandemic », Blog de la Banque mondiale, 28 juin 2022.

[3Chabert G., Cerisola M. et Hakura D., « Restructuring Debt of Poorer Nations Requires More Efficient Coordination », Blog du FMI, 7 avril 2022.