×

Soudan du Sud : une maladie définitivement éradiquée !

Nicolas Van Nuffel Nicolas Van Nuffel
16 novembre 2011

Au début des années 2000, le Soudan est marqué par la guerre civile. Un autre fléau vient s’ajouter à la guerre : le Sud-Soudan s’avère en effet le dernier refuge au monde de la peste bovine. C’est sans compter la ténacité de la population qui, avec l’appui de Vétérinaires sans frontières et de l’Opération 11.11.11, va réaliser l’inespéré : éradiquer définitivement la maladie !

Tout au long des 30 dernières années, le Soudan a été associé dans l’actualité à la violence. Violence des deux guerres qui s’y sont déroulées, au Darfour et entre le Nord et le Sud du pays. Violence du régime d’Omar el-Béchir, poursuivi par la Cour pénale internationale pour crime contre l’Humanité. Violence enfin des famines qui y ont sévi, en conséquence directe de ce qui précède.

Car si l’environnement désertique joue évidemment un rôle dans ces famines, il n’est pas tout. La guerre, en détruisant les structures de l’État et en déstructurant les communautés, a en effet longtemps empêché de lutter efficacement contre les véritables causes de la faim, dont les épidémies animales. Comme le dit si bien le slogan de Vétérinaires sans frontières (VSF) : « Quand le troupeau est malade, c’est le village qui meurt ».

Améliorer les conditions d’élevage

C’est pourquoi VSF a entamé dès 1995 un programme visant à améliorer les conditions d’élevage dans le sud du pays et, en particulier, à lutter contre la peste bovine. Il faut savoir en effet que cette maladie est depuis toujours la plus redoutée par les éleveurs. « C’est comme le choléra pour les êtres humains  », souligne Rizig Elisama Loma, directeur de l’Institut de formation en élevage Marial Lou. « En deux jours, plus de 20 têtes de bétail peuvent
mourir
 », avec les conséquences que l’on imagine pour des familles qui
dépendent souvent exclusivement de l’élevage pour leur subsistance.

Après une première phase essentiellement consacrée à des campagnes de vaccination, les foyers de la maladie sont pour la plupart éteints au début des années 2000. C’est alors que VSF et son partenaire, la Relief Association Southern Sudan (RASS), lancent la deuxième phase du programme, avec le soutien de l’Opération 11.11.11. L’objectif est ambitieux : éradiquer définitivement la maladie.

Stratégie participative

Pour ce faire, ce sont les ressources des communautés elles-mêmes qui sont
mobilisées. Elles seules sont en effet capables de veiller au quotidien pour détecter tout signe avant-coureur d’une résurgence de la maladie. Le programme se concentre donc sur le renforcement des capacités de ces communautés, au travers de la sensibilisation et, plus particulièrement, de la formation de « travailleurs communautaires de santé animale », maillon essentiel de la chaîne de transmission entre les éleveurs et les autorités. Le tout, bien entendu, avec l’appui de vétérinaires de terrain.

ICI, LE BÉTAIL EST LA RESSOURCE LA PLUS IMPORTANTE POUR VIVRE !

Cette stratégie participative porte assez rapidement ses fruits : en donnant aux communautés un rôle actif, elle permet non seulement d’améliorer l’efficacité du système d’alerte, mais rend à celles-ci une confiance en elles essentielle à la reconstruction du pays. En quelques années, la peste bovine disparaît de la région et, avec elle, une épée de Damoclès qui pesait sur toute perspective de développement. Pour John Chol, inspecteur pour la santé animale, les choses sont claires : « L’éradication de la peste bovine n’aurait pas été possible sans le projet ! J’ai vu les ravages de la peste quand j’étais enfant. Je vivais dans la communauté de mon oncle : la peste y a décimé 70 vaches ! Vous savez, ici, le bétail est la ressource la plus importante pour vivre !  » Un programme qui n’aura pas été mené en vain : plus aucun cas de peste bovine n’ayant été observé depuis 2001, l’Organisation mondiale de la santé animale a officiellement décrété en mai 2011 que la peste bovine était la première maladie animale éradiquée de la surface de la Terre. Et le Soudan du Sud, indépendant depuis l’été 2011, peut désormais envisager de se reconstruire sans craindre le retour de ce fléau.

Source : article publié dans le magazine Demain le monde, novembre-décembre 2011.

Lire aussi

Eurafrique : la menace migratoire imaginaire

Eurafrique : la menace migratoire imaginaire

La menace d’une ruée migratoire africaine vers l’Europe est un mythe. La fermeture des frontières et la fin de l’aide au développement réclamées par les adeptes du repli national-populiste sont des solutions contre-productives. Ce dont l’Europe a besoin (...)


  • Arnaud Zacharie

    4 mars 2019
  • Lire
Sénégal : le développement, c'est nos oignons
Opération 11.11.11

Sénégal : le développement, c’est nos oignons

Au Sénégal, 72% de la population vit de l’agriculture. En réalité, il s’agit surtout de petites exploitations familiales (95% des exploitations), qui bénéficient peu du soutien de l’État. Plusieurs régions sont confrontées à un problème d’insécurité (...)


  • Stéphanie Triest

    29 octobre 2018
  • Lire
Les pénuries d'eau ont déjà fait fuir une partie des touristes qui visitent la ville du Cap. Avec 1,4 million de nuitées en 2016, le tourisme est une activité importante de la ville.

Le Cap bientôt sans eau

Dans les prochains mois, la ville de Cape Town, en Afrique du sud, va devoir affronter une rupture totale d’approvisionnement en eau. En cause : la sécheresse, mais aussi un manque d’infrastructures et d’anticipation des autorités. En attendant ce « (...)


  • Jean-François Pollet

    23 juillet 2018
  • Lire
Qui ? Nicolas Van Nuffel
Adresse Quai du Commerce 9, 1000 Bruxelles
Téléphone +32 250 12 30

Inscrivez-vous à notre Newsletter