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Sur le terrain, paroles de coordinateurs

Sabine Schrader Sabine Schrader
7 novembre 2013

L’Opération 11.11.11, c’est un immense élan de bénévolat. De la sortie des grandes surfaces au porte à porte dans les villages, en passant par quelques sorties d’église où la solidarité n’est pas un vain mot, chaque année, ils sont plusieurs milliers à se mobiliser... Rencontres avec des volontaires, coordinateurs régionaux.

A Gembloux, c’est Elisabeth, qui donne de son temps le week-end de l’Opération 11.11.11 après s’être consacrée toute la semaine à sa garderie d’enfants. « On ne peut pas être bénévole par sympathie, explique-t-elle. Il faut être sensibilisé à la coopération et au développement. Je suis coordinatrice depuis quatre ans maintenant et chaque année, je réunis une équipe de volontaires. Je trouve que les enfants des mouvements de jeunesse sont souvent enthousiastes. Les adultes aussi bien sûr. Par contre, les ados sont difficiles à mobiliser et c’est dommage. Il y a un âge un peu paresseux entre quinze et vingt ans !  »

A Ciney, où Paul a commencé comme bénévole en 1971, une solide équipe est fidèle au rendez-vous. « D’abord, il y a les membres de ma famille, commence-t-il. Ma fille qui a aujourd’hui plus de vingt ans a même créé sa cellule locale. Ma femme travaille dans une école de devoirs. Les jeunes qui la fréquentent viennent aider chaque année ». Du côté d’Etienne à Sprimont, un petit bémol cependant : si l’Opération rencontre toujours autant d’enthousiasme et de sympathie, il semblerait que les moins de quarante ans soient moins au courant qu’avant de sa thématique, malgré des actions de sensibilisation dans les écoles. Problème de communication ? La question est posée.

Le cacao équitable fait l’unanimité

Avec ses 24 ans d’expérience en tant que bénévole, Etienne a le recul pour juger du choix des produits. Et c’est ce choix, précisément qu’il apprécie particulièrement. « Quand je vends à la sortie des magasins, j’aime bien avoir ma table garnie d’un large éventail de produits. C’est plus attirant, les gens ont ainsi l’impression de faire leur marché ». Avec une mention spéciale pour les produits de bouche... « Autant joindre l’utile à l’agréable, plaisante-t-il. Vous dépensez de l’argent pour soutenir une action caritative et vous achetez un produit que vous utiliserez, c’est formidable. En plus, comme les produits sont issus du commerce équitable, ça fait sens. »

Une conception visiblement partagée par les autres coordinateurs de groupes locaux, mais aussi par les consommateurs, puisque chaque année, le cacao rencontre un franc succès. Paul émet quelques réserves sur le thé : « J’ai constaté un phénomène curieux. Dans les villages, le thé a moins de succès. On dirait que les gens n’en boivent pas beaucoup, au contraire des acheteurs des villes... Pourtant je l’ai goûté et il est très bon, mais c’est surtout le cacao qui marche bien... auprès des personnes plus âgées aussi, qui en achètent pour leurs petits enfants. C’est l’occasion, quand elles le préparent d’expliquer où elles ont acheté le cacao et de sensibiliser les plus jeunes au commerce équitable ». Pour Elisabeth, le succès du cacao s’explique aussi par son prix raisonnable : « Je pense que c’est un critère important. Les gens vont plutôt se tourner vers un produit de 5€ euros que de 18€, c’est clair. En plus, des produits alimentaires vont se vendre facilement car il y a un aspect utilitaire. Cela dit, les calendriers ont du succès, mais ce sont les habitués qui les achètent, pour les photos notamment. Mais là, aucun mérite : on vend à des convaincus qui les attendent chaque année !  »

Vente au chalet à Liège . Vente au chaletà Liège

Polémique autour des prix

Le produit le moins cher est vendu à 5€. Un prix plus que raisonnable qui fait néanmoins polémique. Certains le trouvent trop élevé, surtout en ces temps de crise. «  Diminuer ce prix-là aurait pour conséquence de diminuer les recettes de l’Opération 11.11.11 puisque les gens du coup achèteraient le produit à 2 ou 3€, souligne Etienne. Il arrive que des gens aient envie de nous soutenir et n’aient pas d’argent. Ils donnent alors un ou deux euros symboliques et n’achètent rien. Alors, si quelqu’un n’a que 4€, pour une boîte de cacao, quelque part, ça compense. Mais ça reste exceptionnel.  » Même son de cloche du côté de Paul : « C’est important de vendre des produits à 5€. Le thé à 6€, c’est un peu plus difficile, ce n’est pas un chiffre rond, du coup certains n’ont pas la monnaie...  » Mais les coordinateurs restent divisés sur une question cruciale : est-ce le produit ou la thématique de l’action qui attire les gens ?

La conviction de l’engagement

Peu importe serait-on tenté de dire, tant les réactions positives sont légion. « Je trouve que la réaction du public de manière générale est très positive, constate Paul depuis toutes ces années, d’autant plus que l’Opération 11.11.11 a lieu peu de temps après CAP48, qui bénéficie d’une importante couverture médiatique ». Pour lui, l’engagement en faveur de la coopération au développement est l’évidence de toute une vie. Et l’Opération 11.11.11 en est le symbole : « Je me souviens au tout début des années 80, le curé de la paroisse est parti en Bolivie. Il y avait un projet de construction de routes là-bas et on s’est mobilisé pour mettre sur pied l’opération qui permettrait d’acheter du matériel. Après la récolte de fonds, on a eu la copie de toutes les factures d’achat de matériel. Et cette transparence, de la part d’une ONG m’a convaincu. Depuis, je n’ai plus cessé de collaborer !  » Un enthousiasme que partage Etienne. Chaque année, il installe sa table à la sortie des magasins, accompagné de quelques bénévoles qui se relaient. Mais lui, aligne les douze heures sur place le vendredi et le samedi sans faiblir. Avec une obsession : celle de « faire du chiffre » : « Quand un passant vient vers moi et me questionne sur l’Opération, je le dirige vers le site s’il veut plus d’informations. Si je passe une demi-heure à discuter, ce sont d’autres clients que je loupe. Je ne suis jamais parti creuser un puits dans un village, ou ce genre de choses. Mais je récolte chaque année plusieurs centaines d’euros. C’est ma modeste contribution à un monde meilleur.  » Quant à Paul, il reste marqué par un étrange souvenir : il y a longtemps, sa fille se fait renverser par une voiture au bord d’une route. Heureusement, plus de peur que de mal. Mais pendant des années, le chauffeur apportera à la jeune fille mille francs pour l’Opération 11.11.11. Une belle histoire de solidarité...

Source : article publié dans Demain le monde, le magazine du CNCD-11.11.11, n°22, novembre-décembre 2013.

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